« L'accompagnement des clients tel que nous l’avons connu n’est plus ce qu’attend le marché » – Xavier Cimino et Lise Malbernard, Publicis Sapient
Articulation entre stratégie et data/tech, impact de l’IA : Publicis Sapient Strategy entend jouer sa propre partition sur le marché du conseil.
- Quand les boîtes du numérique se lancent en strat’ : une fausse bonne stratégie ?
- « Je n’ai pas construit un cabinet pour le vendre » – Paul-André Rabate, fondateur de CVA
- Vincent Desportes, data-IA et défense, un nouveau partner dans l’actu
- De McKinsey à Talan : le pari du nouveau CEO Group François Soubien
- « On a toujours faux au début » : la trajectoire d’Eric Ballu-Samuel, d’une start-up au partnership de Bain
- « On ne vendra plus de TJM » : la grande bascule du conseil, sous pression de l’IA
- IA : la pyramide du conseil en strat attaquée à la base
- Nouveaux horizons de conseil au Maroc : Roland Berger Casablanca recrute
L’un, Xavier Cimino, senior managing director, fait partie des cinq responsables de la practice stratégie de Publicis Sapient au niveau mondial. Il est arrivé en provenance de McKinsey (Quantum Black) fin 2024.
L’autre, Lise Malbernard, est devenue présidente de Publicis Sapient France en 2020, après avoir été managing director d'Accenture Stratégie. Elle dirige le cabinet « cross fonctions » – stratégie, produit, expérience, engineering, Data & IA.
Consultor les a rencontrés. Quelle vision portent-ils pour Publicis Sapient Strategy ?
En 2025, le conseil en strat enregistre plusieurs arrivées chez Publicis Sapient France, déjà annoncées ou en passe de l’être. En 2023, il rimait avec départs. Qu’est-ce qui a changé ?
Xavier Cimino : Cela s’explique par les dynamiques de marché et par le positionnement de Publicis Sapient.
Actuellement, on observe une accélération des sujets data strategy, pour accompagner les transformations IT indispensables au développement des plateformes ou à l’évolution des infrastructures. En parallèle, la tech strategy est fortement poussée par les investissements autour de l’IA ou des agents. Or, il s’agit de deux de nos grands segments [le troisième étant la business strategy, ndlr]. Cela dote notre organisation d’un net avantage concurrentiel.
La stratégie est par ailleurs une practice globale chez Publicis Sapient. Si le leadership a été moins visible récemment en France, les activités de stratégie ont continué à tirer la croissance au niveau mondial.
Lise Malbernard : J’ajoute que l’équipe basée au siège à Paris avait historiquement beaucoup recruté en management consulting. Aujourd’hui, tout en conservant cette compétence décisive, les managing directors qui nous rejoignent depuis 2024 ont un profil plus teinté Data & AI ou Tech Strategy. Cela renforce nos offres, fluidifie les interactions avec l’ensemble de nos autres expertises et nous permet de développer une réflexion commune sur les enjeux stratégiques de nos clients.
XC : C'est dans cette optique que nous recrutons des consultants disposant généralement d'une double compétence/double expérience. Et nous investissons significativement dans la formation, voire la réinvention de nos métiers, notamment en stratégie. Pour moi, rejoindre Publicis Sapient au moment de la transformation « CoreAI » du groupe, et la vivre de l’intérieur, est une belle opportunité. Cela s'inscrit dans le prolongement de mes expériences de partner chez McKinsey avec Quantum Black.
Comment la practice stratégie du cabinet se distingue-t-elle sur le marché ?
XC : Pour avoir évolué à l’intersection des univers Agence, IT services et Stratégie, je peux dire que les organisations silotées et les difficultés de collaboration y sont presque systématiques. Or, cela peut être frustrant pour un stratégiste de ne pas avoir l’opportunité de rester au contact des équipes techniques qui mettent en œuvre. Chez Publicis Sapient, le modèle est très différent puisque la stratégie est totalement intégrée dans un modèle que nous appelons le « SPEED » avec des équipes combinées Stratégie, Produit, Experience, Engineering et Data/IA. Concrètement, mes équipes travaillent de façon coordonnée avec nos collègues engineering, designers, product managers ou data scientists.Cela rejoint ce que disait Lise sur la fluidité et l’interconnexion de nos expertises.
LM : Le marché du conseil vit un pivot assez inédit, et structurel, qui s’est accéléré ces derniers mois. Il s’agit d’apporter de plus en plus de solutions concrètes "prêtes à l'emploi", de construire des produits pertinents sur-mesure, en s’appuyant sur nos expertises métiers. Et il faut aller très vite vers la mise à l'échelle, tout en délivrant la qualité attendue. Publicis Sapient est reconnu à cet égard. Nous nous engageons aussi, parfois, sur les résultats business que nous livrons – en co-construction complète ou en partage de gains avec nos clients.
Ce qui différencie notre practice stratégie par rapport à une partie de nos concurrents, c’est aussi cela et la capacité à livrer de l’impact tech à une échelle globale. Nous pouvons servir des géants mondiaux, tout en accordant une attention particulière à nos clients au niveau local.
XC : Pour rebondir sur ce changement de paradigme qui s’accélère avec l’IA, l’accompagnement de nos clients tel que nous l’avons connu ne correspond plus aux attentes du marché. À l’inverse du modèle actuel Build/Operate/Transfer (BOD) », que nous pratiquons et qui permet d’opérer la transformation « de l’intérieur » pour créer un impact durable – une autre forte attente des entreprises.
Notre spécificité, c’est aussi d’avoir pris un chemin différent de nos confrères. Nombre d’entre eux ont fait des acquisitions ou des partenariats pour se doter de savoir-faire technologiques, qui viennent se greffer à une activité de stratégie. Chez Publicis Sapient, nous avons la chance de pouvoir développer nos propres solutions et d’y avoir investi depuis des années. Avec nos plateformes « Slingshot » et « Core AI » permettant d’outiller par exemple la transformation IT et le marketing, nous avons de la profondeur et du recul sur la mise à l’échelle des programmes technologiques. Cela nous permet de passer à l’action chez nos clients – Sonepar, Pfizer ou la Deutsche Bank.
à lire aussi
La révolution de l’IA générative aura bientôt 3 ans. Concrètement, les cabinets de conseil en stratégie commencent-ils à constater des impacts tangibles sur les investissements, l’activité et les résultats de leurs clients ? Passe-t-on à l’échelle ou amorce-t-on un plateau, voire un recul ? Les signaux sont contradictoires, y compris parmi les partners que nous avons interrogés.
Le fait d’être adossé au géant Publicis constitue-t-il un atout pour une activité de conseil en stratégie ?
XC : Tout d’abord, sur le marché intérieur, notre position de groupe français leader mondial nous ouvre les portes des comités exécutifs du CAC 40. Ceux-ci sont inspirés par notre parcours et nos investissements réitérés depuis 10 ans dans la tech et la data. Cette transformation réussie, et nos 35 années d’expérience, confortent les clients dans le potentiel de Publicis Sapient à les accompagner dans des stratégies de rupture pour leur propre compte.
Ensuite, Publicis gagne régulièrement de très gros contrats à l’échelle mondiale qui sont associés au concept dit « Power of One ». Celui-ci consiste à intégrer les différentes composantes du groupe au service du client – dans ces cas précis, la technologie et la transformation business sont généralement au cœur de l’offre de Publicis. D'où de très belles opportunités de développement pour les équipes de Publicis Sapient Strategy.
Un tuyau intéressant à partager ?
Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !
commentaire (0)
Soyez le premier à réagir à cette information
France
10/04/26Après s’être rapproché du cabinet néerlandais Vintura en 2022, Cepton Stratégies entame un nouveau chapitre avec une équipe dirigeante renouvelée.
08/04/26Les deux heureux élus, Frédéric Duclos et Clément Samson, font partie des sept nouveaux associés du cabinet au niveau mondial.
07/04/26Le fonds Azulis Capital prend une participation minoritaire au capital de Mews Partners « afin d'accélérer la transmission et le plan de développement du cabinet pour doubler de taille à horizon 2030 », comme l’annonce le cabinet.
02/04/26Figure historique du cabinet, Marc-André Kamel succède à Ada Di Marzo, qui pilotait le bureau parisien depuis 2019.
27/03/26Anne Moore, depuis 3 ans chez Roland Berger en Sciences de la vie/santé, arrive au sein du pôle stratégie d’Eight Advisory.
26/03/26En 15 mois, près de la moitié du partnership de Kearney a quitté le cabinet. Consultor a recueilli les témoignages de plusieurs anciens associés.
24/03/26Bertrand Semaille nous a quittés dans la semaine du 16 mars 2026.
24/03/26« 40 ans… l’âge où l’on devient ce que l’on est ! » Le cabinet CMI fête en ces mots ses 40 années d’existence.
20/03/26Afin de répondre à un marché qui ne connaît pas la crise, l’aéro-défense, Roland Berger vient de recruter un nouveau partner dédié : Antoine Kimmel.