« Pourquoi j’ai voulu écrire sur l’IA dans le conseil » : Stéphane Rémy, ex-partner de Kearney
Que devient le métier de consultant à l’ère de l’IA ? C’est la question au cœur de Slide Zero, la série de Stéphane Rémy dont Consultor publie le premier épisode aujourd’hui. Rencontre.
- « Slide Zero », épisode 1 : Sauce piquante – la fiction IA
- CVA : la greffe d’un transfert de Kearney spécialiste de la banque n’a pas pris
- Pour accélérer en Europe, OpenAI recrute chez Airbnb le responsable de cette zone, formé chez Roland Berger
- Exclusif - Oliver Wyman : départ du leader Énergie
- La direction d’une filiale et une chaise au comex d’un grossiste alimentaire pour l’ex d’Oliver Wyman
- Conçu par trois « ex » McKinsey, un robot fait passer des études de cas
- Données, idées, images, mails, tableurs, textes… : l’IA à 1000 à l’heure dans le conseil
- L’IA, une grande aide, surtout pour les consultants les plus faibles
La trajectoire professionnelle de Stéphane Rémy a épousé le conseil en strat’ durant une vingtaine d’années, dont plus de 11 chez Kearney. Élu vice-président en 2005 et devenu associé l’année d’après, soit 6 ans après son arrivée, il quittera le cabinet en 2011. Avant cela, le diplômé de Centrale Supélec avait évolué durant 5 ans chez Mars & Co.
En 2014, changement de cap : il créé sa propre structure, l’Agence Fluidity. À ce titre, il accompagne désormais des cabinets de conseil et quelques clients corporate dans leur transformation par l’IA.
Avec Slide Zero – à découvrir sur Consultor –, il a choisi la fiction pour transmettre ce qu’il observe « de l’intérieur ».
Comment êtes-vous tombé dans l’IA ?
Stéphane Rémy : J’aime bien les temps pionniers, commencer quelque chose, explorer. J’avais un associé qui avait inventé un concept me semblant prometteur : en 2014, nous avons développé une plateforme collaborative qui permettait d’interroger 20, 200 ou 2 000 personnes en collectif pour accompagner des démarches de co-construction ou de vision stratégique.
L’un de nos clients était Carrefour. En 2019, un chef de projet du groupe m’a demandé : « Pourquoi la machine ne fait pas la synthèse des verbatims à ma place ? »
Cela a piqué ma curiosité et j’ai commencé à me renseigner. À l’époque, on ne parlait pas encore d’IA générative, mais de Traitement Automatique du Langage Naturel. J’ai découvert un univers fascinant. Nous avons commencé à construire des modèles sémantiques et à transformer notre plateforme pour qu’elle réalise automatiquement et en temps réel des synthèses de verbatims dans des dizaines de langues.
Quand ChatGPT a été lancé fin 2022, j’étais déjà plongé dans ces sujets. Et j’ai réalisé deux choses : 1) ces modèles surpuissants et peu chers bousculaient violemment notre modèle économique, et 2) ma double compétence, de consultant senior en stratégie et de praticien de l’IA, allait intéresser beaucoup de monde. Je suis donc naturellement revenu vers le conseil sous un angle différent.
Comment l’IA transforme-t-elle concrètement le métier de consultant ?
Ce métier repose à la fois sur les relations humaines et sur la fabrication d’artefacts de savoir : les analyses, recherches, présentations, recommandations. Cette seconde dimension a déjà été bouleversée. Les consultants, les avocats et toutes les professions qui manipulent de la connaissance sont parmi les plus exposés à cette transformation.
La relation, l’écoute, la confiance, le jugement restent néanmoins essentiels dans les métiers du conseil. En revanche, avant même d’avoir des machines qui remplacent des consultants, on aura des modèles économiques qui vont s’effondrer.
Je le vois déjà chez certains clients corporate : ils n’ont plus la même sensibilité au prix des livrables. La valeur perçue de certaines prestations évolue très vite. Vous avez potentiellement beaucoup plus de mal à vendre certains jours de consultants, notamment juniors. Or, la rentabilité, pour les associés, repose largement sur la marge générée par ce type de ventes.
Les cabinets sont en train de chercher des réponses. Et ceux qui serrent les dents en espérant que cela va passer risquent d’avoir de mauvaises surprises.
Pourquoi avoir choisi la fiction pour parler de l’IA dans le conseil ?
Mon métier, ce n’est pas écrivain. Mon métier, c’est consultant. Ce que je fais au quotidien, c’est accompagner des organisations à se transformer avec l’IA. [Stéphane Rémy a mis en place un système complexe d’agents IA « script doctors », ndlr.]
Mais ce qui m’anime aussi, c’est la transmission. Le problème, c’est que ce territoire est très encombré. Tous les jours, quelqu’un explique que la fin du conseil a sonné ou qu’il a mis au point le prompt qui va remplacer les consultants.
La fiction est un moyen original de prendre la parole. Les gens intègreront mieux l’importance du fact-checking ou des limites d’un outil d’IA s’ils les ont découvertes à travers une histoire plutôt que dans un post LinkedIn.
Surtout, j’avais envie de parler à hauteur d’homme. Les personnes auxquelles je m’adresse sont souvent des consultants brillants, qui ont beaucoup investi dans leur métier et qui sentent qu’il se passe quelque chose qu’ils ne contrôlent pas. Dans les cabinets de conseil, il y a des injonctions à utiliser l’IA, mais, souvent, les gens se retrouvent seuls face à ces outils. Avec cette fiction, j’ai envie de leur dire qu’ils peuvent piloter cette évolution et se réinventer.
Et puis, écrire cette série m’a ramené à quelque chose d’essentiel : à la fin, le conseil reste une affaire d’hommes et de femmes, d’émotions, de convictions. Je doute que la technologie puisse changer cela.
Un tuyau intéressant à partager ?
Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !
commentaire (0)
Soyez le premier à réagir à cette information
Manuel de survie
12/06/26Dans cette série, l’ancien associé de Kearney Stéphane Rémy raconte, à travers les aventures d’un consultant confronté aux outils d’IA, les bouleversements en cours dans le monde du conseil. Au menu sur Consultor : prompts et "Wikipedia en slides".
04/06/26Staffer par l’IA, c’est ce que promet aujourd’hui le cabinet McKinsey. Mais dans quelle mesure l’IA est-elle réellement intégrée dans ces process ?
Nous avons posé la question à deux associés, Xavier Brucker de Mews et Olivier Tirmarche de Bartle, ainsi qu’à Philippe Reynier, un ancien du BCG, cofondateur d’une plateforme d’IA générative.
22/05/26McKinsey ménagerait de façon systématique une place au rire dans ses événements internes, et pourrait intégrer l’approche dans son offre aux clients, selon une publication récente de l’université Stanford.
28/04/26Deux décisions du tribunal administratif de Paris offrent un précieux éclairage sur la rémunération des partners des cabinets de conseil – entre bonus annuels massifs et primes d’entrée à six chiffres.
20/04/26Derrière l’enquête du Parquet national financier visant Atos, un signal fort : celui d’une extension du risque pénal aux cabinets de conseil. Le décryptage d’un magistrat.
14/04/26Quatre consultants et ex-consultants nous partagent leurs points de vue sur le sujet ; un cinquième nous décrit son propre syndrome de l’intérieur.
02/04/26Ces programmes de formation au leadership visent à aider les senior partners à décider sous pression.
23/03/26Le conseil en stratégie attise les convoitises. Depuis les années 2000, des ESN et autres gros acteurs du secteur tech-IT ont vu dans leur association avec le monde de la stratégie une belle opportunité de croissance.
27/02/26À compter du 1er juin 2026, les quelque 180 000 collaborateurs américains de Deloitte utiliseront un nouvel intitulé de poste. Un nouveau grade senior de Leader sera créé.