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Féminisation des partnerships : qui domine le classement Consultor 2026 ?

Consultor propose son classement annuel sur la féminisation des partnerships au sein des cabinets de son périmètre. Au menu, des performances extrêmement contrastées.

Barbara Merle
31 Mar. 2026 à 14:00
Féminisation des partnerships : qui domine le classement Consultor 2026 ?
© seventyfour/Adobe Stock

Pour cette édition 2026, ce sont 20 cabinets de plus de 10 associés en France qui ont été pris en compte. Cela représente un total de 553 associés, dont 93 femmes. 

Une moyenne étale

17 %, un plafond de verre infranchissable ? Cela fait 10 ans que le taux de féminisation des partnerships des cabinets semble bloqué autour de ce seuil. Le taux moyen global n’évolue pas depuis 2019 et a gagné 2 points en 10 ans… « Même si la profession est assez exemplaire sur le sujet depuis longtemps par rapport à d’autres secteurs, nous ne sommes pas sur des volumes considérables et il reste encore du travail, déclare le Président de Syntec Conseil, David Mahé. Nous avons les mêmes difficultés que tous les autres secteurs d’accès aux plus hautes responsabilités exécutives. La féminisation n’est pas liée au hasard, mais bien due à des décisions dans les cabinets pour encourager, rendre possible l’accès des partnerships aux femmes. Et cette marche est difficile à passer même au sein de cabinets qui sont dirigés par des femmes. »

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Depuis plusieurs années maintenant, c’est le statu quo. Le taux de féminisation des partnerships des cabinets de conseil en stratégie ne décolle pas, 17 % en 2023 d’après l’étude annuelle de Consultor, et ce, depuis plusieurs années. Une fatalité ? Peut-être pas. Simon-Kucher ouvre la voie en tutoyant le Graal du 50/50.

Sur l’ensemble des cabinets contactés par Consultor, certains ont accepté de jouer franc-jeu sur le sujet, dont deux cabinets en deçà de la moyenne, Strategy& et CMI.

Les autres répondants, moins prolixes, assurent que « c’est néanmoins un sujet essentiel au sein de notre cabinet et que nous œuvrons, au quotidien, pour privilégier et accroître la parité dans toutes les équipes », comme nous l’a écrit la tête de pont de l’un d’entre eux. La féminisation des partnerships reste incontestablement un point plus que touchy.

Ce que l’on observe, c’est un gap entre le haut et le bas du classement. Les ratios s’étirent en effet entre 0 et 50 % de femmes partners. Ils sont 11 (sur un total de 20) à se situer en dessous de la moyenne, contre 8 l’année précédente.

On s’aperçoit cependant que les résultats ne sont pas forcément liés à la taille des cabinets. Pour preuve, dans le top 3, le premier, Simon-Kucher compte au total 16 associés, le 2e, Bain & Company, 47 partners, et, le 3e, Kéa, 34. 

Féminisation des partnerships Consultor 2026 chiffres OK

Un podium inchangé

Au sommet de notre dernier classement, le trio de tête tient bon : Simon-Kucher, Bain & Company et Kéa…

D’abord, pour la première fois de l’histoire du secteur, un cabinet de conseil en stratégie, Simon-Kucher, atteint cette année une parfaite parité, au gré notamment de la promotion toute récente de Camille von Rosenschild. Contrat rempli pour David Vidal, qui nous l’avait annoncé dès l’année dernière. « Nous sommes évidemment très heureux d’avoir réussi ce pari. Notre politique volontariste, les congés parentaux pour les papas et les mamans, la flexibilité du temps de travail, nos rôles-modèles en grand nombre, la promotion de femmes régulièrement, a permis d’atteindre un seuil qui fait boule de neige. À Paris, nous sommes clairement devant les autres bureaux et c’est aussi grâce à un système français qui le permet », analyse cette année son managing partner France.

Du côté de Bain & Company, premier MBB du classement, 28 % de femmes associées, un taux en hausse de 5 points en 5 ans, la DRH Raphaëlle de Soto se dit satisfaite de ces bons résultats, la résultante d’un « ADN féminisation depuis la création du cabinet avec notre philosophie sur les rôles-modèles ». La responsable des talents de Bain ajoute : « Nous avons bien sûr envie d’aller plus loin et préparons l’avenir dans ce sens. Nous nous réjouissons de compter des femmes remarquables et inspirantes parmi nos associate partners. »

Un milieu de classement hétéroclite

Derrière ce trio de tête, ils sont 6 cabinets cette année à se situer au-dessus de la moyenne, entre 17 et 22 %. On y retrouve aussi bien le BCG et ses quelque 80 associés, que des cabinets d’une dizaine d’associés, à l’instar d’Advention (et ses 4 secteurs, consumer, santé, tech/industrie, services) ou de Cylad (et son orientation industries). Avec des problématiques de féminisation donc bien différentes…

Mews Partners, par exemple, fait grimper son taux de femmes associées de 10 à 17 % en un an seulement avec 5 femmes parmi 30 associés. Comment ? « Nous avons fait le choix de briser ce plafond de verre structurel avec deux promotions internes et deux recrutements externes » explicite ainsi la DRH Camille Le Bras. Le cabinet a en effet notamment recruté en fin d’année une partner spécialiste des achats, Caroline Billotte, issue d’iQo. Ce cabinet opérant essentiellement dans le secteur industriel, historiquement peu féminin, et recrutant avant tout dans les écoles d’ingés, la mixité est devenue un sujet prioritaire depuis 2023, avec une équipe dédiée. Et des objectifs précis : à horizon 2028, le cabinet vise 40 % de femmes dans les effectifs, 30 % dans les postes de management et de direction. « Cette ambition de parité est un levier d’excellence. Elle nous pousse à hybrider nos équipes (ingénieurs, business schools, universités) et à enrichir notre conseil avec des doubles cultures et des sensibilités différentes. Avec 51 % de recrutements féminins en 2025, nous surperformons massivement notre marché de référence », souligne Camille Le Bras.

Le BCG et McKinsey voient eux aussi leurs ratios augmenter sur un an, mais pour des raisons différentes. Une réelle augmentation du nombre de femmes au sein du partnership du BCG (14 sur 84 en 2024, 17 sur 83 en 2025) ; le cabinet voit ainsi croître son taux d’associées de 5 points en 2 ans (passant de 15 à 20 %). Une raison mécanique du côté de McKinsey, qui voit son partnership se réduire significativement, en 2 ans, passant de 72 associés en 2023 à 58 en 2025, mais conserve quasi le même nombre de partners au féminin (13). En ce début d’année, Cyrielle Villepelet a été élue au sein de la practice Luxe-mode-biens de grande consommation.

Des cabinets de conseil encore peu associées-compatibles

Ils n’atteignent pas la moyenne des cabinets du périmètre de Consultor. On et off the record, ils affirment être proactifs et regrettent que les effets de leurs politiques de féminisation de leur partnership ne fonctionnent pas, pas encore, en tout cas.

Pas d’évolution, par exemple, du côté d’EY-Parthenon ou d’Oliver Wyman, firme dont le ratio s’établit à 10 %, avec 4 femmes pour 40 associés : Laétitia Plisson et Maïté Dailleau (promues en 2022), Anne Hyvernaud (arrivée mi-2024), Laure Charpentier (arrivée fin 2024). Depuis, les mouvements des associés, départs et arrivées, n’ont pas profité aux associées. Quant à Roland Berger, si son partnership s’est renforcé sur un an, passant de 36 à 41 associés, le cabinet n’a pas promu ou recruté de femmes partners.

La féminisation est sur les rails, selon Julie Koeltz, aujourd’hui seule associée de CMI (sur 13 membres), suite au départ récent de Valérie Boisgibault, qui était aussi secrétaire générale. Julie Koeltz assure pourtant ne pas se sentir seule. « Nous avons été rejoints par une grosse équipe santé, et allons être rejoints par une structure secteur public avec une associée fondatrice. Nous nous questionnons beaucoup sur nos modes de management, l’intégration des femmes partners, et notre logique de formation interne permettent que les choses bougent dans le bon sens. Si nous arrivions à près d’un tiers d’associées sous 3 ou 4 ans, nous serions super contents. Mais notre timing est plus sur 2030.»

Une question de temps également, selon Edouard Bitton de Strategy&, qui a vu augmenter son partnership, mais pas son nombre d’associées. « Nous sommes conscients qu’il est nécessaire d’améliorer le ratio », admet le chef de file du bureau de Paris. Pour cela, « deux nouveaux talents féminins ont été recrutés en Consumer et en Automotive et, dans nos plans d’ici un an, plusieurs profils sont en lice. Aujourd’hui déjà, 34 % de nos “directeurs” sont des femmes. Cela augure très positivement de l’évolution de notre partnership d’un point de vue diversité.». Cabinet qui dit aussi accélérer ses différentes actions dédiées, en particulier le rendez-vous annuel « Shadowing days» permettant aux talents féminins de découvrir les métiers du conseil, ou auprès des « talents féminins des écoles d’ingénieurs, en développant des stages d’été » avec à la clef des recrutements de ces profils encore trop rares (29 % des effectifs de ces écoles). 

Cette féminisation du partnership peut s’avérer plus difficile dans les cabinets spécialisés dans des secteurs historiquement peu féminisés, certaines industries, la data et l’IA… Comme le mentionne Ambroise Huret, le managing partner d’eleven. « Nous n'avons qu’une envie collectivement, c'est de compter des femmes partners parmi nous. Nous sommes tous profondément convaincus que c’est un véritable plus. Notre problème majeur, c’est la nature de notre cabinet dédié à l’IA et à la data, un secteur encore trop masculin, qui recrute beaucoup notamment dans le top 3 des écoles d’ingénieurs, où les femmes restent encore trop peu nombreuses. » eleven se place en revanche au 4e rang du palmarès 2026 en termes d’égalité professionnelle entre hommes et femmes (sur un total de 23 cabinets). Ce qu’Ambroise Huret considère comme une véritable reconnaissance des nombreux efforts du cabinet pour « donner aux femmes toute la place qu’elles méritent et les encourager dans leur accession au partnership ».

Un autre associé de l’un de ces cabinets distancés reconnait aussi en off. « On a tout contre nous. On n’a qu’une envie d’avoir des femmes partners, ça cartonnerait commercialement. Nous sommes aussi une petite marque qui ne dispose pas des mêmes moyens humains que les gros cabinets dédiés au pilotage de ce sujet. »  

L’associée de CMI Julie Koeltz explique de son côté. « La proportion de femmes a doublé en 2024 sur le PE qui devient de plus en plus attractif particulièrement pour les jeunes femmes», pointe aussi Julie Koeltz de CMI. Des difficultés sectorielles incontestables, que PMP Strategy, très ingé-compatible, a toujours su cependant dépasser, avec quasi 20 % de femmes dans son partnership (le cabinet avait même atteint 25 % en 2022).

Entre intention et réalité

Il ne s’agirait donc pas d’un manque de volonté du secteur du conseil en stratégie. La plupart des cabinets développent depuis de nombreuses années maintenant des politiques pour favoriser la rétention et la promotion des femmes, en particulier sur la parentalité, le mentorat, le coaching… Le BCG et McKinsey publient régulièrement sur les avantages de la féminisation et sur « le faire », à l’instar du BCG, qui donne son « astuce», comme indiqué sur son site, indiquant que « les clients se tournent vers BCG pour notre expertise approfondie en matière de mise en œuvre de changements mesurables dans le domaine de la diversité et de l’inclusion des genres ». 

Quant à McKinsey, dans son rapport 2025 « Women in the workplace », le cabinet cherche à décrypter les blocages. Ainsi, si les femmes restent minoritaires dans le top management, ce serait à la fois en raison de biais collectifs ancrés et de facteurs individuels. En effet, avec seulement une moitié des entreprises US qui déclarent avoir fait de la promotion des femmes une priorité, elles bénéficient de fait d’un accompagnement plus limité et de perspectives d’évolution plus restreintes. Par ailleurs, toujours selon McKinsey, bien que les femmes soient autant investies dans leur carrière que les hommes, leur désir de promotion serait moindre.

Quels seraient les bons leviers d’accélération ? Pas question de quotas en tout cas, pour le président de Syntec Conseil. « Nous réglementons déjà beaucoup trop. Je me méfie des contraintes de l’instrumentalisation. Car l’on voit bien que les quotas imposés par la loi dans les conseils d’administration biaisent les résultats ; les femmes ayant en majorité des rôles secondaires », soutient David Mahé.

Ce qu’il faut, une évolution plus large, au niveau sociétal. Qui ruissellerait sur l’ensemble des secteurs. « Il reste à travailler pour que les grands patrons soient des femmes avec des parcours dédiés de dirigeantes. Les générations spontanées de dirigeants, ça n’existe pas. Il faut être préparé pour cela, avec une ambition, une légitimité. Par ailleurs, l’un des sujets essentiels, c’est aussi mettre tout en place afin de ne pas perdre les futures candidates à 35 ans », plaide-t-il aussi. 

Advention Arthur D. Little (ADL) Bain & Company Boston Consulting Group CMI Corporate Value Associates Cylad Eight Advisory - strategy & operations eleven EY-Parthenon Kéa L.E.K. Consulting McKinsey Mews Partners Oliver Wyman PMP Strategy Roland Berger Simon-Kucher Strategy& Ambroise Huret David Vidal Edouard Bitton Julie Koeltz
Barbara Merle
31 Mar. 2026 à 14:00
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commentaires (1)

Woman
23 Mar 2026 à 10:47
Très bien mais il faudrait aussi regarder en valeur absolue. C'est sympa un % mais facile d'avoir un % élevé dans des petits cabinets. Et AlixPartners n'est pas classé ? Ils ont des femmes ?

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Classement

Adeline
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féminisation, partnerships, conseil en stratégie, parité, plafond de verre, classement Consultor, diversité, Syntec Conseil
15332
Advention Arthur D. Little (ADL) Bain & Company Boston Consulting Group CMI Corporate Value Associates Cylad Eight Advisory - strategy & operations eleven EY-Parthenon Kéa L.E.K. Consulting McKinsey Mews Partners Oliver Wyman PMP Strategy Roland Berger Simon-Kucher Strategy&
Ambroise Huret David Vidal Edouard Bitton Julie Koeltz
2026-03-31 10:36:54
1
Non
Féminisation des partnerships, la parité toujours hors d’atteinte
Début 2026, la féminisation des partnerships plafonne à 17 % dans les cabinets de conseil, moyennant des écarts importants entre les acteurs du secteur.