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Bain France souffle ses 40 bougies et revendique son « esprit critique »

Quarante ans de présence en France : la DG du bureau parisien de Bain depuis 2019, Ada Di Marzo, esquisse le portrait d’un cabinet qui mise, plus que jamais, sur sa capacité «à sortir des stéréotypes de raisonnement».

Lydie Lacroix
16 Déc. 2025 à 05:00
Bain France souffle ses 40 bougies et revendique son « esprit critique »
Bain a fêté ses 40 ans en France à la BnF (© Bain & Co)

Pour célébrer cet anniversaire, Bain France a réuni ses troupes, ainsi que ses clients et alumni, dans la Salle Ovale de la BnF en novembre dernier. Un choix né du coup de cœur d’Ada Di Marzo pour ce lieu «époustouflant, dédié à la mémoire et au savoir». Une symbolique intéressante.

Trois dates qui ont structuré la trajectoire du cabinet

La première relève de l’évidence. « 1985, l’année où Bain s’est installé en France en créant un bureau à Paris. » Une date fondatrice suivie de peu par une autre, charnière : 1993.

« C’est le moment où Bain & Company est devenu un partnership », après le départ du (co)fondateur Bill Bain en 1991 – William Worthington Bain Jr. pour l’état-civil. Ce dernier avait créé le cabinet à Boston en 1973 en compagnie de 6 autres « anciens » du BCG. L’impact de cette transition, par essence délicate, fut d’envergure mondiale. « Cela a permis aux associés de prendre leur destin en main », fait observer Ada Di Marzo.

Troisième date ou période, charnière également et beaucoup plus récente : « Depuis 2019, ou juste avant la Covid. Nous avons entamé notre accélération sur le marché français, qui a produit une croissance à deux chiffres sur les dernières années. »

Une histoire qui s’écrit aussi dans les lieux 

Avec 5 déménagements en 40 ans, Bain France a régulièrement dû « pousser les murs ». À l’adresse initiale du boulevard Saint-Germain, de 1985 à 1987, et à celle de la rue de l’Amiral Hamelin dans le 16e arrondissement, de 1987 à 1993, ont succédé le boulevard de la Madeleine (1993-2005), puis l’avenue Montaigne (2005-2017). Et, depuis 2017, l’avenue Kléber. Autant d’adresses et de déménagements motivés « essentiellement par la croissance des effectifs».

Certaines étapes restent gravées dans la mémoire de la dirigeante, comme l’arrivée au 50, avenue Montaigne en 2005 qu’elle décrit comme « particulièrement excitante. Nous célébrions à la fois nos 20 ans et le fait que le cabinet ait doublé de taille en très peu de temps. Le bâtiment venait d’être rénové, avec une architecture unique donnant sur l’avenue Montaigne [la façade est héritée de l’hôtel de Lariboisière, qui date du 19e siècle, ndlr]. À l’intérieur, il y avait une cour vitrée immense… »

Changement d’atmosphère dans les nouveaux – et actuels – locaux de l’avenue Kléber.

« Pour Bain, cela correspond à l’âge de la maturité – ou de la sagesse. C’est le moment où nous avons commencé à accueillir des équipes régionales et globales. Nous avons pris conscience encore davantage de notre caractère de cabinet global, en partageant les locaux entre les consultants qui travaillent pour la France, ceux travaillant pour la région EMEA et ceux au service des fonctions globales. »

Les « forces» qui ont modelé Bain au fil des années

La première, le passage à un partnership mondial, fut une étape exigeante « pour refonder la culture du cabinet et sa perspective sur le métier».

Deux autres forces motrices ont drivé Bain. L’une est de nature interne : le cabinet est devenu entreprise à mission il y a plus de 10 ans, intégrant la notion d’impact non financier dans son ADN. « Cela nous a conduits à dédier une partie de nos ressources à des causes majeures : le soutien à la transition environnementale, l’impact dans le domaine de l’éducation, le développement économique… »

L’autre est technologique. Bain a fait partie des tout premiers partenaires d’OpenAI. « Dès 2021, nous avons travaillé avec le pionnier de la GenAI, avant même la sortie de ChatGPT. Cette exposition précoce a accéléré l’application de l’IA générative dans notre propre activité, et auprès de nos clients. »

Quant à savoir si le secteur du conseil se transforme parfois de façon radicale, Ada Di Marzo estime que cela ne se fait « jamais d’un bloc. En revanche, on bascule dans autre chose presque tous les jours». Et les 5 dernières années ont été d’une particulière intensité, entre volatilité géopolitique, « monde global qui devient plus régional, voire national, chaînes d’approvisionnement globalisées alors que l’on cherche désormais à rendre les business résilients face à tout choc de volatilité», et accélération technologique.

« On n’avait jamais vu autant de discontinuités. Pour autant, est-ce que notre métier a changé ? Non, parce que notre métier c’est de détecter des signaux faibles, de les comprendre et de les intégrer pour aider nos clients. »

La parité et la diversité vues comme des leviers, au-delà des symboles 

Il y a 6 ans, Ada Di Marzo a pris les rênes du cabinet en France. Si elle ne fut pas la première femme dans ce cas – Clare Chatfield a piloté le bureau parisien de L.E.K. de 1995 à 2017 –, sa nomination semble avoir inspiré McKinsey, avec l’élection de Clarisse Magnin en 2021, et Kearney, Delphine Bourrilly ayant été élue présidente et MP France la même année. Ada Di Marzo retient surtout « que Bain a beaucoup plus accéléré sur la diversité que d’autres acteurs du conseil. Le fait d’avoir une femme dirigeant un bureau et 30 % de femmes partners à Paris a permis à énormément de consultantes dans l’entreprise de se dire que ce type de carrière était possible ». Selon le classement de Consultor sur la parité des partnerships, Bain est 2e en la matière en 2025, derrière Simon-Kucher (47 %).

Quant à savoir si une « touche italienne » est à l’œuvre à la tête de Bain France, Ada Di Marzo a succédé à son compatriote Domenico Azzarello –, l’actuelle DG répond par un clin d’œil. « Il se trouve que j’étais à Paris depuis des années : on pourrait aussi dire que j’ai une petite touche française».

Un lien avec le cabinet qui se prolonge dans le temps

Ada Di Marzo perçoit un fil invisible reliant les consultants et associés actuels à ceux qui ont nourri la trajectoire de Bain. « Être dans une vraie communauté à dimension humaine, c’est quelque chose qui marque les esprits. » Elle en veut pour preuve la célébration des 40 ans du bureau parisien, en présence de nombreux alumni. « Nous avons pu mesurer à quel point les gens restent soudés, fidèles, y compris après avoir passé des années sans se voir. » Et ce lien interne serait perceptible de l’extérieur. « La façon dont nos clients recommandent Bain en témoigne : au-delà de l’expertise, ils parlent “des femmes et des hommes”. »

Est-ce le fruit d’un travail spécifique ? « Cela fait partie de notre culture, faite de rituels, de la façon de former nos équipes, d’inculquer nos principes opérationnels chaque jour – ouverture, entraide, focalisation sur l’impact, capacité à appréhender les choses d’une nouvelle manière. »

Le vrai moteur de Bain ? « Sortir des stéréotypes de raisonnement.»

Pour conclure, Ada Di Marzo décrit ce qu’elle estime être l’acquis majeur pour se projeter dans l’avenir : une agilité intellectuelle. « Ce qui compte, ce n’est pas la disponibilité de la data ni la capacité de calcul – qui vont devenir des commodités – mais le fait d’avoir un esprit critique, de porter des idées, de déployer un sens de l’entrepreneuriat et d’être capable d’aller hors des sentiers battus. Autrement dit : la capacité à sortir des stéréotypes de raisonnement. »

Une conviction bien ancrée au sein d’un bureau parisien comptant désormais « plus de 400 collaborateurs, et une quarantaine de partners» – 46 très précisément selon le décompte de Consultor. Avec une perspective claire : « À 40 ans, la vie est devant nous. »

Les prochaines étapes ? « Consolider notre position sur le marché français, accélérer la modernisation technologique, et continuer à aider nos clients dans leurs enjeux stratégiques et de transformation.»

Bain & Company Ada Di Marzo
Lydie Lacroix
16 Déc. 2025 à 05:00
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Bain France, Bain Paris, 40 ans, Ada Di Marzo, DG, conseil en stratégie, parité, transformation numérique, culture d’entreprise, Salle Ovale BnF
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Bain & Company
Ada Di Marzo
2025-12-16 07:35:00
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Bain France : mémoire, mutations, ambitions, de 1985 à 2025
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