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Article du Canard Enchaîné en date du 22 08 2012Les Hospices civils de Lyon (HCL) accueillent l'un des plus vastes chantiers d'amélioration de la performance jamais confiés à des cabinets privés dans le secteur public.

McKinsey compte parmi eux : le cabinet y a facturé 2,8 millions d'euros pour la seule année 2011. Un montant astronomique, dont Le Canard enchaîné met en avant le caractère incompréhensible pour un public non averti.

Le "foutage de gueule intégral" dont Le Canard enchaîné taxe les cabinets de conseil

La charge dirigée par l'hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné dans son édition du 22 août contre McKinsey et une série d'autres cabinets de conseil dont le BCG nommément,  est cinglante : "Financée à 92% par l'Assurance-maladie, l'Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP), chargée de prodiguer de bons conseils de gestion, a dépensé l'an dernier 35 millions (sur les 52 millions de son budget) pour acheter...de bons conseils à des cabinets privés. Ce pactocle a atterri directement dans les poches de Capgemini, BGC (sic), GE Medical Systems ou McKinsey & Company".

Et d'ajouter que "question efficacité économique" des établissements hospitaliers, l'une des missions confiées à l'ANAP lors de sa création en 2009, "la réussite est éblouissante". Le journal détaille ensuite les prestations payées rubis sur l'ongle par l'ANAP à différents cabinets de conseil sous des libellés souvent peu explicites, en tout cas pour un public non averti : ainsi des 76 810 euros au centre hospitalier de Montbéliard "pour réfléchir à 'l'amélioration de la performance du bloc opératoire et de l'anesthésie'", raille le journal.

L'inventaire à la Prévert, et au vitriol, se poursuit en passant par les 82 147 euros facturés pour "optimiser le service d'imagerie" à l'hôpital de Versailles, les 305 000 euros du CHU de Grenoble, avant de finir en apothéose aux Hospices civils de Lyon (HCL), où "le prix de la gamberge atteint 1,6 million d'euros", dont McKinsey est l'heureux bénéficiaire. Un "patron de l'assistance publique", contacté par le quotidien satirique, dénonce "un foutage de gueule intégral".

Des montants qu'un seul coup d'oeil au rapport annuel de l'Anap suffit à vérifier.  McKinsey a au total perçu 2,8 millions euros pour des prestations réalisées en 2011 aux HCL, le deuxième centre hospitalo-universitaire de France (23 000 salariés et 1,5 milliards d’euros de budget). Soit 8% des 35 millions d'euros de dépenses engagées en 2011 par cette structure créée par la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital. Ci-dessous le détail de ce qui apparaît dans le rapport annuel :

Dépenses annuelles Anap 2011 part de McKinsey aux HCL

HCL : le plan "Cap 2013" a permis des gains sur les achats de 15 millions d'euros en 2011, une hausse du taux d'occupation des blocs opératoires et des délais d'attente plus courts aux urgences.

De la même façon, le rapport annuel de la première année de fonctionnement de l'ANAP, en 2010, mentionne 336 000 euros de prestations à Roland Berger, 1,7 million d'euros à Ineum Consulting, deux nouvelles prestations pour McKinsey (l'une de 558 000 euros qui ne concernent pas les Hospices de Lyon et l'autre pour une assistance au pilotage national à bons de commande compris entre 1 et 3 millions d'euros) ainsi que deux autres à l'Eurogroup. Et ce parmi un total de dépenses allouées à 68 sociétés de conseil qui atteint 20 millions d'euros.

Roland Berger, Ineum, McKinsey et l'Eurogroup, ce sont les quatre sociétés de conseil en stratégie choisies en 2009 par les HCL pour aider à la mise en place d'un programme de réduction des coûts et des achats et d'efficacité opérationnelle. Ce programme, appelé "Cap 2013", touchera à son terme en 2013. Et, déjà, aux Hospices de Lyon contactés par Consultor, on réfute vivement l'article du "Canard", décrit comme "très très dur". "Nous avons bénéficié de la présence de consultants sur les chantiers. C'était une véritable aide opérationnelle qui nous a apporté de nombreux bénéfices en termes de productivité", rétorquait pour sa part un membre du cabinet de Daniel Moinard, directeur général des HCL, dans les pages de Lyon Mag le 30 août.

Aux HCL, joints par Consultor, on affirme qu'un accompagnement réel a été effectué par chacun des cabinets, sur des durées variables au sein de l'établissement, mais que des résultats sont déjà là pour en attester : gains sur les achats de 15 millions d'euros en 2011, hausse du taux d'occupation des blocs opératoires et des délais d'attente plus courts aux urgences.

Aucune visibilité globale, sur les gains quantitatifs générés par le travail de ces différents consultants n'était par contre disponible à l'heure de notre appel. En l'état, les chiffres qui nous été communiqués restent en-deçà des "plusieurs dizaines de millions d'euros" d'économies qu'envisageait Bertrand Baret, alors Senior Partner chez Roland Berger et depuis parti chez Bain, dans Les Échos du 29 mars 2010 sur les 600 millions d'euros que les HCL consacraient alors à ses achats annuellement.

Le recours massif à des cabinets privés était alors présenté – certes la presse n'était pas la même – comme "une révolution". Il s'agissait d'associer les personnels hospitaliers et les intervenants privés extérieurs dans une large opération d'amélioration de la performance, et de respect du budget miné par des déficits à répétition. L'idée : appliquer les rudiments du Toyotisme au traitement du malade.  "Il ne s'agit pas de nous prononcer sur les actes médicaux, mais de détecter les temps perdus entre les actes et les doublons", disait alors Gilles Bonnenfant, associé chez Eurogroup Consulting, dans les pages des Échos.

Un "jugement à l'emporte-pièce"

Pour McKinsey, contacté à ce sujet par Consultor, l'analyse du Canard enchaîné ne relève que du "jugement à l'emporte-pièce" et le cabinet renvoie vers d'autres articles de la presse locale lyonnaise et de la presse professionnelle bien plus nuancés sur le partenariat public-privé de large ampleur opéré aux HCL.

La pseudopolémique pose pourtant une vraie question sur la lisibilité des taux de facturation des plus grands cabinets de conseil en stratégie auprès de l'administration publique, et des hôpitaux en particulier. Chez McKinsey, on botte en touche et on renvoie aux "contraintes de confidentialité" auxquelles le cabinet est tenu.

Par Benjamin Polle pour Consultor, portail du conseil en stratégie- 14/09/2012

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