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« Barbant », « trop de chiffres », « stressant », « socialement irresponsable »… Le secteur financier, et plus spécifiquement la banque, traverse une véritable crise des vocations auprès des étudiants.

Si la profession n’a jamais été en tête des choix de carrière, elle subit aujourd’hui le contrecoup de la crise de 2008. Une situation qui affecte aussi le monde du conseil et les practices services financiers. Les cabinets vont-ils rencontrer des difficultés croissantes pour recruter des jeunes pour ces missions  ?

 « Moins d’un jeune sur dix est intéressé par les services financiers », assène le Financial Times, qui cite une étude YouGov pour le Chartered Institute for Securities & Investment (CISI). Parmi les onze secteurs professionnels proposés aux répondants de l’enquête, les services financiers arrivent en dixième position. Seul le domaine de la construction attire encore moins que la banque ou l’assurance.

Mauvaise réputation

« Aujourd’hui, les jeunes ne voient plus la rémunération comme le premier critère de choix de carrière, estime Stéphane Eyraud, PDG de Chappuis Halder. Les services financiers sont parfois perçus comme une industrie qui n’intègre pas suffisament les minorités. » Le profil du dirigeant de banque ou d’assurance reste trop souvent l’homme de type caucasien. Très peu de femmes, d’immigrés ou de fils et filles d’immigrés atteignent les plus hauts postes.

Une situation qui ne convient plus à une génération nourrie d’idéaux sur l’égalité et le rôle social que peuvent assurer les institutions financières. Une partie des jeunes diplômés veulent désormais travailler dans un environnement qu’ils qualifient de « socialement responsable ». « C’est une quête de sens, résume Stéphane Eyraud. Ils veulent apprendre un métier qui fait une différence dans l’économie réelle, pour les PME, dans la vie quotidienne des particuliers. » Or, la crise des subprimes est imputable à des banquiers qui ne cherchaient pas à créer de la valeur.

Six ans plus tard, la réputation de la banque reste entachée. D’autant plus que d’autres motivations pour entrer dans les services financiers, comme les niveaux de salaires, ont, elles aussi, subi les effets de la crise de 2008.

« Il y a encore dix ou quinze ans, les jeunes étaient attirés par la banque, notamment la banque de financement et d’investissement, analyse Philippe Auther, directeur associé en charge de la practice banque chez Kea & Partners. Comme Gordon Gekko, les nouveaux arrivants se voyaient brassant des millions chaque année. » C’était l’âge d’or des salles de marchés, des produits dérivés et des traders tout-puissants, au moins dans l’imaginaire collectif.

En 2014, le jugement est bien plus sévère : rares sont les élus qui accèdent à des rémunérations mirifiques et nombreux sont les citoyens qui s’insurgent contre le pouvoir des banques, cataloguées « ennemi n° 1 » depuis les subprimes. « Aujourd’hui, la banque et les services financiers ont entamé leur restructuration », affirme Philippe Auther. Mais avant de revenir dans les petits papiers des jeunes, le chemin sera long. La crise des vocations menace-t-elle le conseil  ?

Opération séduction

« Il existe un risque à long terme, soutient Stéphane Eyraud. Si vous n’attirez plus les talents, votre industrie devient moins dynamique et moins performante. Aujourd’hui, les cabinets n’intéressent plus autant les jeunes qui sortent des meilleures écoles. » Si les cabinets ne parlent pas encore de pénurie, ils commencent à s’inquiéter du désamour des étudiants vis-à-vis des services financiers.

« C’est une tendance assez généralisée et qui est renforcée par l’esprit entrepreneurial des générations sorties de l’école ces trois dernières années, indique Stéphane Eyraud. Trois jeunes consultants ont quitté notre bureau parisien cette année dans le but de monter des projets d’entreprise. C’est enthousiasmant bien sûr, mais il s’agit d’un phénomène nouveau. »

Surtout que les services financiers, eux, ne font pas rêver. Pourtant, la période est propice au conseil. Les banques et les assurances font face à des challenges de restructuration et de réorganisation qu’elles n’ont pas rencontrés depuis longtemps. Pour les cabinets, cela se traduit par des missions stimulantes et enrichissantes.

« Pour ces missions de grandes transformations, plus besoin d’être un spécialiste du secteur bancaire, d’autant plus que les banques s’ouvrent au monde extérieur et sont de plus en plus avides des bonnes pratiques des autres secteurs, souligne Philippe Auther. Au contraire, être généraliste constitue un atout d'ouverture. Dernièrement, j’ai réalisé des missions stratégiques avec des consultants qui n’avaient jamais travaillé sur des dossiers bancaires. Tout s’est très bien passé parce que la méthode reste essentielle. »

Alors, comment attirer les jeunes vers les métiers du secteur financier  ? Par la pédagogie, répond Philippe Auther qui enseigne depuis dix ans à l’ESCP. Les étudiants gardent une image déplorable de la banque, véhiculée par les médias depuis la crise de 2008. Or du côté du conseil, ces défauts deviennent des enjeux de transformation qui se traduisent par des missions valorisantes et formatrices. Les cabinets doivent désormais en convaincre les jeunes diplômés.

D’ailleurs, tout n’est pas négatif, estime le CISI. Avec 34 % de bonnes opinions, l’IT se classe comme le secteur le plus attractif auprès des jeunes. « L’informatique est la colonne vertébrale de la finance moderne, soutient l’institut. Beaucoup d’emplois IT ont des ramifications dans le secteur financier. » En d’autres termes, les jeunes arriveront sans doute à la finance par des portes dérobées et avec d’autres compétences. Tous les chemins mènent à Rome (ou à Londres).

 

Lisa Melia pour Consultor

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