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SorbonneC’est un vivier inexploité.

Parmi les principaux cabinets de la place, rares sont les partners comme Yves Morieux, du BCG, titulaire d’un PhD de l’université de Strathclyde, à avoir comme principale formation un doctorat.
Convaincu du potentiel des docteurs, le Boston Consulting Group s’est ouvert depuis quelques années à ces profils atypiques, qui sont désormais une vingtaine parmi les consultants du bureau parisien.

Dans le cadre de cette politique, le cabinet organise le 3 février à l’Institut de formation doctorale de Paris VI (université Paris Marie Curie) et le 12 février à Paris XI (université Paris Sud) des rencontres entre ses consultants et des docteurs ou doctorants.

French doctors

Cette position marginale des docteurs dans le secteur du conseil en stratégie parisien vient d’un paradoxe bien connu du système éducatif français. Dans les économies matures les plus dynamiques, États-Unis et Allemagne en particulier, le PhD (dénomination courante du doctorat dans les pays anglo-saxons) est un diplôme très prisé par les recruteurs, les grands groupes de conseil en stratégie ne faisant pas exception, avec environ 10-15 % de PhD parmi les consultants du BCG ou de McKinsey.

En France, au contraire, le titre de docteur est synonyme de galère, entre la recherche publique qui exige des sacrifices considérables et une R&D privée en berne. Sans parler des carrières qui ne sont pas liées à la recherche : pour la plupart des services de ressources humaines, qui valorisent en France les diplômes ad hoc, attestant d’une formation professionnalisante dans le domaine visé, le doctorat n’a pas plus de valeur qu’un certificat d’études.

Manel Oliva-Trastoy, principal au BCG et docteur en génotoxicologie, a fait une partie de sa thèse aux États-Unis. Outre la place particulière des grandes écoles en France, la structure générale des études expliquerait selon lui la dévalorisation des doctorats : la différence entre le niveau d’étude standard et le doctorat y est moins importante que dans d’autres pays. Aux États-Unis, la faiblesse du niveau des bachelors (3 à 4 années d’études supérieures) ouvrirait un boulevard à tous les diplômes marquant une formation plus longue et plus solide. Alors qu’en France, les masters et les diplômés d’école, à bac +5, dotés d’une formation mûre et complète, formeraient un vivier naturel.

Le pari du BCG en France

Pourtant, le BCG a engagé depuis plus de trois ans une politique de recrutement spécifique pour les docteurs, dont Manel Oliva-Trastoy est aujourd’hui en charge. « Nous cherchons des candidats de culture différente. Nous nous sommes rendu compte qu’on passait à côté de tout un pool de population. » Le BCG organise depuis régulièrement des rencontres au sein de Paris VI et Paris XI, ciblant ainsi des universités de grande taille et reconnues internationalement. Le cabinet invite aussi à des réunions dans ses locaux les doctorants de ParisTech, affiliés à des universités plus variées, et capte depuis longtemps des élèves d’ENS après leur doctorat. Les BCGers sont aussi présents sur plusieurs forums : la PhD Career Fair organisé par PhD Talent, le Forum Recherche, le Forum Biotechno...

Le recrutement ne se limite pas aux profils scientifiques. « Nous regardons tous les CV de PhD, que ce soit en biologie, en physique, en économie ou en philosophie… » Ce qui compte pour le BCG, ce sont les « soft skills » qu’ont pu acquérir les docteurs dans leurs études longues et parfois dans les années de post-doctorat : esprit d’analyse, motivation, méthodes de travail expérimentales fondées sur des hypothèses, capacité à collecter et traiter une grande quantité de données, communication aiguisée dans les colloques et conférences…

« Pourquoi une entreprise s’intéresserait-elle à moi ? »

Le BCG ne recrute cependant pas n’importe quel titulaire d’un doctorat. La confiance en soi et l’ambition sont des éléments clé. Pour Manel Oliva-Trastoy, « les PhD ne se rendent pas assez compte de leur potentiel. Ils se demandent souvent : pourquoi une entreprise s’intéresserait-elle à moi ? » Il faut en outre corriger des défauts que l’on peut trouver dans d’autres types de profils, comme les élèves d’écoles d’ingénieurs, qui ont eux-aussi tendance à creuser beaucoup trop précisément des questions ou des détails techniques.

Pour viser un cabinet de conseil en stratégie, une formation complémentaire est évidemment un atout non négligeable : expériences à l’étranger, masters spécialisés comme ceux de HEC, stages… Le BCG apporte ensuite la formation aux méthodes de recrutement particulières du secteur, et une fois les candidats recrutés, prévoit un accompagnement individualisé des docteurs. Un PhD en économie ne suivra pas les formations économiques de base, indispensables aux docteurs en biologie ou en physique. Loin d’être perdus dans l’univers corporate, les PhD ont ainsi constitué un petit réseau au sein du bureau de Paris. De quoi disséminer sur la place et changer en France l’image de ce diplôme mal-aimé ?

Par Jérémy André pour Consultor, portail du conseil en stratégie- 05/02/2014

Commentaires   

+1 #1 Ak 10-04-2014 12:40
OK pour les PhD. Qu'en est-il des DBA ? Ces diplômes ont-ils une valeur pour les cabinets de conseil ? Ou sont-ils encore trop confidentiels, ou synonymes de doctorat "au rabais" ?
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