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Bossuat illustration ConsultorChanger de vie tous les six ans, ça fait beaucoup ?

Rester plus longtemps dans un même job aussi. En tout cas, Christophe Bossuat a souvent eu ce sentiment avant de prendre un nouveau virage. Cela lui est déjà arrivé sept fois, et quelque chose nous dit que ce n’est pas fini !

Au cours de sa carrière, Christophe Bossuat a régulièrement eu le « sentiment d’avoir fait le tour ». Passons sur ses premières hésitations au sortir de l’adolescence : le jeune homme adore fabriquer, créer, réparer… mais a de suffisamment bons résultats scolaires pour prétendre à une prépa. Il fait donc un choix à mi-chemin entre ses rêves et une ambition professionnelle plus classique, en suivant une formation d’ingénieur Arts et Métiers à l’Ensam. Au final, il en sort bien plus ingénieur qu’artisan et c’est ainsi que commence sa première vie : dans l’industrie.

Vie n° 1 : L’industrie, le moment canettes de soda

« J’ai démarré ma carrière en fabriquant des canettes pour un géant du soda », s’amuse-t-il aujourd’hui à raconter. En réalité, il s’occupait de suivre les process qualité dans les usines d’une filiale de Péchiney. Il passe ainsi trois ans en Angleterre, puis pratiquement autant à Dunkerque où il prend en charge la logistique (approvisionnements, stockage, expéditions…). « Au bout de six ans, j’avais fait le tour du sujet. » Christophe Bossuat décide alors d’élargir ses compétences à la finance, au marketing et au juridique, « des champs qu’on explorait peu dans les écoles d’ingénieur à l’époque », rappelle-t-il. Il se lance ainsi dans un MBA à HEC Paris (feu l’Institut supérieur des affaires, pour être exact), prêt à entamer une nouvelle vie.

Vie n° 2 : Le conseil en stratégie, un ancien mentor plus tard condamné dans le scandale France Télécom

Sa formation le passionne. Il est entouré de quelques amis personnels qui travaillent dans le conseil en stratégie. Et son profil intéresse le secteur. « Je me suis fait draguer par des boîtes de conseil, alors j’ai passé des entretiens », sourit-il. « Je trouvais ce métier très attrayant intellectuellement. J’ai été captivé par la variété des missions et des problématiques qu’on traite. Et par le niveau des gens avec qui on échange, que ce soit entre collègues ou chez les clients », se souvient Christophe Bossuat. Il démarre ainsi sa deuxième vie comme manager chez Kearney (alors A.T. Kearney).

Là, il fait la connaissance du mentor qui lui est attitré, Louis-Pierre Wenès. « Un personnage qu’on n’oublie pas. Avec beaucoup de présence et de charisme. Je garde un bon souvenir de lui », assume Christophe Bossuat, sachant ce que traverse aujourd’hui son ancien mentor, condamné dans l’affaire de la vague de suicides chez France Télécom… « C’est même lui, sans doute, qui m’a donné le meilleur conseil pour réussir dans le milieu professionnel : en début de carrière, penser son acquisition de compétences comme un T inversé. D’abord, une base horizontale assez large, qui permet de toucher à plein de problématiques différentes. Puis trouver sa spécialité, et devenir un spécialiste incontournable. » D’ailleurs, Christophe Bossuat s’est rapidement spécialisé dans le contrôle de gestion industrielle (pricing, costing). « Je me débrouillais bien parce que j’avais une bonne compréhension de l’industrie, de ce qui se fabrique et de la prise de valeur », estime-t-il. Le fait est qu’il endosse beaucoup de responsabilités et croule sous le travail. Il est temps pour lui d’opérer un léger virage.

Vie n° 3 : Associé chez Advancy, quand les croissants du matin se mélangent avec les sushis du soir

Éric de Bettignies fonde Advancy et Christophe Bossuat se laisse tenter par l’aventure : « Le postulat de départ était qu’on allait être un peu moins sous pression, tout en étant un peu mieux rémunéré. Au final, on a travaillé encore plus ! » Sur son bureau, les miettes de croissant du matin côtoient les restes de sushi du soir… Par-dessus la fatigue, des différences de vues avec les autres partners commencent à se faire pesantes, et le sentiment d’avoir fait le tour refait surface : « J’avais envie fondamentalement de plus d’autonomie. Travailler avec des associés, pour moi, est très compliqué », confie ce fils unique. Alors, Christophe revend ses parts et s’en va.

Vie n° 4 : Retour au salariat, globe-trotter et jet-lag

« Chez Advancy, on avait fait une mission pour ADP (Always Designing for People, un des leaders de l’externalisation des ressources humaines), et ils m’ont proposé de les rejoindre pour monter une activité de conseil chez eux », se souvient-il. L’idée est d’aider les clients d’ADP à se projeter dans leur fonctionnement futur avec une RH plus ou moins externalisée. Christophe Bossuat monte ainsi une entité dédiée pour effectuer des missions auprès de grands comptes : révision des process, uses cases…

L’activité se passe bien sur le marché français. Et au bout de trois ans, ADP souhaite reproduire le modèle au niveau mondial. « J’avais un bout d’équipe aux États-Unis, des correspondants à Hong Kong, au Brésil. On s’attaquait aux clients monde d’ADP : Ikea, American Express… c’était sportif ! » explique Christophe Bossuat. Il se souvient tout particulièrement d’une très belle mission pour Rhodia : « L’entreprise avait décidé de confier son informatique et l’administratif de ses RH à un binôme ADP-IBM. Nous nous sommes occupés de la conduite du changement, et de tout le processus d’organisation entre IBM et ADP. On a travaillé à Singapour, en Chine, en Corée, au Brésil, aux États-Unis et partout en Europe. C’était vraiment très intéressant, car on avait théoriquement la même problématique dans tous les pays, or, elle se manifestait de façon différente, influencée par la culture de chacun. » Génial, mais au bout d’un certain temps, Christophe en a « marre de courir les aéroports ». Il ne voit plus où le consulting peut le mener. Le contexte chez ADP se complique. Il décide à nouveau de sortir du jeu.

Vie n° 5 : Freelance, le temps de la réflexion

Christophe a gardé des contacts chez les clients d’ADP. Il travaille à son compte… et à son rythme. Lui qui se plaignait d’être sans arrêt dans les avions, profite de sa nouvelle liberté… pour voyager ! Mais cette fois, c’est pour le plaisir et pour réfléchir. Cela ressemble à un dégrisement : « Rétrospectivement, je me rends compte que le conseil est totalement déconnecté du monde réel ! Un peu comme la finance. Ce n’est pas concret. On peut dire que c’est un très bel exercice intellectuel, mais ça dure dix-huit mois au mieux… » juge-t-il. Bref, il trouve cette activité immatérielle un peu « vaine » et éphémère. Il cherche du solide, du durable. Sa conclusion est sans appel : « Après six ans dans l’industrie et autant dans le conseil, j’avais fait le tour. »

Vie n° 6 : La ferronnerie, à des années-lumière du consulting

En mai 2011, Christophe Bossuat entame une formation à la chambre de commerce et d’industrie de Paris sur la reprise d’entreprise : « J’avais envie d’avoir ma PME. Reprendre une boîte, qui fabrique quelque chose de matériel. Dans l’idéal retrouver le métal, que j’avais travaillé aux Arts et Métiers. » Autre certitude : il voulait pouvoir reprendre une entreprise, seul, sans associé, et sans dépendre d’une banque. C’est ainsi que démarre sa sixième vie professionnelle, avec le rachat de « Serres et ferronnerie d’antan ». Ravi de son nouveau choix, il n’en revient pas du décalage avec son métier d’avant : « Je m’aperçois combien le conseil est à des années-lumière du fonctionnement au quotidien d’une PME ! »

Et depuis 2012, il crée, avec son équipe d’une quinzaine de personnes, des ouvrages en acier et en verre, notamment des serres de jardin dans la tradition de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il passe beaucoup de temps sur la route à voir ses clients. Mais dès qu’il le peut, il participe au montage sur un chantier. Il lui arrive même de prendre son papier calque et ses stylos pour dessiner des structures…

Une des grandes satisfactions de Christophe Bossuat est de savoir que ce qu’il fabrique aujourd’hui lui survivra. De là à dire que c’est là qu’il finira sa vie ? « C’est amusant, cela fait sept ans et demi que j’ai repris Serres et ferronnerie d’antan. J’ai dépassé mon coup de mou habituel au bout de six ans. Et pour l’instant, je n’ai pas envie de changer. »

Cela dit, en poussant un peu la réflexion, il se voit bien reprendre une deuxième entreprise, pour faire grandir son activité. Et si l’on pousse encore plus loin, il n’exclut pas de retourner dans le conseil : « J’adopterai un rôle complètement différent. Davantage dans la réflexion. Le challenge intellectuel du conseil me plaît toujours. C’est très excitant de se dire “mon client galère depuis deux ans sur tel sujet et j’ai trois semaines pour lui apporter une solution !”» À voir, dans une vie prochaine…

Vie n° 7 : 53 ans et jeune papa

En attendant, Christophe a d’autres projets. Familiaux. Il y a cinq ans, il a rencontré « la femme de sa vie ». Ensemble, ils ont eu un petit garçon. Et depuis quelques jours, le bout de chou de trois ans et demi n’est plus fils unique comme son papa. Valentine est née le lendemain de notre interview. Le début d’une nouvelle vie. Toutes nos félicitations !

Delphine Sabattier pour Consultor.fr

Crédit photo : Laurent Alvarez

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