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hakim_karoui.pngLongtemps consultant en stratégie chez Roland Berger, conseiller politique, banquier d’affaires, spécialiste de géopolitique, rapporteur sur l’islam de France et sur l’islamisme, enseignant, essayiste… À 48 ans, Hakim El Karoui a déjà un parcours et une vie professionnelle hors normes.

Un homme qui se veut totalement libre et indépendant tout en étant proche du pouvoir, souvent critiqué, mais qui affirme être à sa place comme acteur de la transformation de l’économie et de la société, de l’intérêt général, et du dialogue entre l’Europe et l’Afrique.

Réaliser un portrait exhaustif d’Hakim El Karoui est une gageure tant son parcours est riche et diversifié, parfois même, sujet à controverse. Ce Franco-Tunisien, né à Paris, est issu d’une famille d’intellectuels et d’une double culture : tunisienne musulmane par son père, universitaire venu en France dès 1958 ; française et protestante par sa mère, professeur de mathématiques financières à Polytechnique.

L’un de ses oncles, Hamed Karoui, fut Premier ministre tunisien entre 1989 et 1999, un autre, Ahmed Ben Salah, ministre sous Bourguiba. C’est dans cet environnement familial d’élite donc qu’il suit un cursus de formation initiale dans les meilleures écoles : lycée Henri IV, École normale supérieure, DEA de géopolitique sur la Palestine à l’Institut national des langues et cultures orientales (Inalco).

Déjà en début de carrière, la voie du conseil

Il commence sa carrière comme professeur de géopolitique à l’université de Tunis, puis professeur de français au collège jésuite du Caire où il apprend parallèlement l’arabe. C'est là, après son service militaire, qu'il élabore un projet de société de conseil, Médiation, pour former les expatriés occidentaux aux spécificités culturelles et économiques égyptiennes. « Un projet qui a été beaucoup travaillé, mais qui n’est pas apparu viable au bout du compte. »

De retour à Paris, en 1999, il arrive comme junior au sein du cabinet de conseil Bernard Krief, spécialiste du redressement des entreprises en difficultés, où il est « entré par le réseau des normaliens » et où il dit y découvrir sa voie. « Je me suis très vite trouvé dans ce métier, même si en tant que junior, je n’avais pas de clients dédiés. Ce qui m’a plu tout de suite, c’est la liberté, la mobilité d’esprit, la nécessité d’être agile, de changer de sujet, de client, et le côté entrepreneurial. »

Début en politique

C’est en 2002 que sa carrière officielle débute dans les sphères du pouvoir, lorsqu’il devient conseiller technique chargé des discours et des médias auprès du Premier ministre d’alors, Jean-Pierre Raffarin.

« Je le connaissais déjà bien puisque j’étais sa plume. Jean-Pierre Raffarin avait travaillé chez Bernard Krief, notre mise en relation s’est effectuée grâce à sa femme qui m’avait demandé de travailler sur son site Internet. »

Ce n'est qu'un début. En 2005, le jeune conseiller en politique est nommé conseiller technique en charge des études et prospectives au cabinet du ministre des Finances Thierry Breton.

Entre-temps, il se positionne déjà comme un entrepreneur social hyper actif. Il crée le club XXIe siècle en 2004, une association qui vise à offrir à la société une vision positive de la diversité, de l’égalité des chances et de la méritocratie républicaine, puis les Young Mediterranean Leaders, un think tank de jeunes décideurs de tous horizons professionnels et géographiques, désireux de bâtir ensemble l’avenir de la Méditerranée sur la base de projets concrets.

De Rothschild à Roland Berger

Puis le privé à nouveau. Et pas n'importe où. En 2006, il rejoint la banque Rothschild grâce à un autre normalien, le Franco-Béninois Lionel Zinsou, devenu par la suite Premier ministre du Bénin.

« À cette époque, je naviguais entre la banque d’affaires et le conseil en stratégie. J’ai eu l’opportunité d’être nommé directeur adjoint chez Rothschild pour développer la zone de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Mais les révolutions arabes de 2011 ont fermé toutes les perspectives de business dans cette région. C’est à ce moment-là que Roland Berger est venu me voir pour que je prenne en charge la zone Afrique avec des missions pour de grands clients africains, la partie conseil auprès du gouvernement français, et créer le Roland Berger Institute, le modeste concurrent de McKinsey Institute (le bras de recherche du cabinet de conseil, NDLR). »

C’est ainsi, à ses dires, qu’il gagne comme clients le groupe marocain OCP (anciennement Office chérifien des phosphates), Maroc Telecom ou de grands acteurs bancaires marocains, et bien sûr, plusieurs grands comptes en Tunisie.

Il a également en charge la partie conseil au gouvernement français, dont Roland Berger est un acteur proéminent dans l'Hexagone. Il multiplie par exemple les contrats à Bercy ou pour l’Agence des participations de l’État.

Chez Berger, l'Afrique, les dossiers PSA et Alstom

Sa première grande mission arrive dès 2012 : conseil auprès du ministre Arnaud Montebourg sur le groupe PSA. Alors gravement dans le rouge, le groupe automobile annonçait la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois puis l’entrée au capital du chinois Dongfeng.

« J’ai également travaillé sur toute la bataille d’Alstom, pendant laquelle j’étais quasiment installé à Bercy. L’analyse stratégique de ce dossier était passionnante, car extrêmement complexe avec un groupe multisectoriel comprenant l’énergie, les transports… »

Il est nommé en 2013 coresponsable de l’Afrique et du conseil au gouvernement où il suit par exemple Areva ou Alcatel. Parallèlement, il continue le déploiement africain de Roland Berger dans les secteurs à potentiel de cette région, les télécoms, la grande distribution, mais aussi la banque, son domaine de cœur, où il effectue une grande mission de restructuration du secteur bancaire en Tunisie en 2014.

L'affaire des notes à Ben Ali

Les débuts chez Roland Berger sont concomitants de la grave polémique dans laquelle Hakim El Karoui est aspiré en 2011. Nommé un an auparavant par le maire de Paris Bertrand Delanoë comme président de l’Institut des cultures d’islam, alors en projet dans le 18arrondissement de Paris, il est contraint à la démission, suite à un article sur Mediapart et un appel de personnalités influentes.

Il est alors vivement critiqué pour être le conseiller du président tunisien Ben Ali qui réprimait dans le sang les manifestations pacifiques de la révolution.

Ce à quoi il rétorque aujourd'hui : « Des fake news. Je n’ai jamais eu de rapports quelconques avec Ben Ali, ni travaillé pour lui. J’ai envoyé deux notes à quelqu’un que je ne connaissais pas à qui je suggérais que Ben Ali n’avait pas à tuer son peuple. J’ai participé à la Révolution tunisienne après le départ de Ben Ali, à la nouvelle équipe et j'ai aidé le Premier ministre à former son gouvernement. Ce n’est que de l’interprétation… » Article de Mediapart contre parole de l’intéressé, difficile de trancher a posteriori.

Exit Roland Berger

Sa carrière dans le secteur privé n'en est pas affectée. En 2016, son goût de l'entrepreneuriat le reprend. Il quitte Roland Berger pour créer son propre cabinet de conseil en stratégie, Volentia. Il reste cependant senior advisor chez Berger jusqu’à la fin 2017, en tant que « trusty advisor pour quelques clients de long terme ».

Celui qui a exercé tous les métiers de conseil, « sauf avocat », avait envie de retrouver sa totale liberté pour « répondre à la solitude du dirigeant et devenir l’homme de confiance de ces grands patrons ».

Avec Volentia, Hakim El Karoui ne souhaite collaborer qu’avec quelques clients de prestige triés sur le volet. Pour preuve, Volentia n’a pas de site Internet… Ainsi, il travaille aujourd’hui aux côtés de la société de services aux industriels du bâtiment, Altrad, dont le dirigeant éponyme Mohed Altrad, par ailleurs président du Montpellier Hérault Rugby, est classé 30fortune française par le magazine Challenges.

Pour Altrad, Hakim El Karoui intervient sur des sujets aussi différents que la stratégie, le développement à moyen et long terme du groupe, mais aussi l’animation de séminaires. « Je propose mes services à la carte en fonction des besoins, de l’actualité, d’éventuelles crises, que ce soit sur des sujets d’organisation, de transformation, de RH, de conflits entre dirigeants… »

Lutte contre l'islamisme radical

Il faudra attendre 2015 pour que Hakim el Karoui réapparaisse publiquement. Depuis les attentats en France, il ne veut plus garder pour lui son envie de s’impliquer directement dans la lutte contre l’islamisme radical.

Bon connaisseur de l’islam au Maghreb, de l’islam de France, et de l’extrémisme islamique, il se saisit de cette actualité dramatique pour apporter sa pierre à l’édifice.

Parce que, selon lui, « le cœur du sujet, c’est bien que des Français de confession musulmane se mobilisent contre l’islamisme et le disent haut et fort. Faites le ménage chez vous. Cette question est légitime. C’est de leur intérêt, celui de leurs enfants ».

Sa mission : aider l’islam de France à s’organiser pour contrer le salafisme. En collaboration avec l'Institut Montaigne, dont il est devenu senior fellow, il publie en 2016 un premier rapport Un islam français est possible, puis sur la politique arabe de la France en 2017 et sur la fabrique de l’islamisme en 2018. Il est en train de finaliser son dernier travail à paraître en septembre prochain sur les quartiers populaires.

Dernière initiative en date : Hakim El Karoui vient de créer, en avril dernier, l’Association musulmane pour l’islam de France. « C’est du conseil en stratégie appliqué. Cela me permet de mettre en place une méthodologie spécifique à ce métier que j’aime beaucoup, qui permet de rationaliser les problèmes et de proposer une véritable méthodologie de transformation. »

Là encore, les critiques sont arrivées de toutes parts, notamment par une partie de la population de confession musulmane, comme Fateh Kimouche, le fondateur du site Al Kanz, qui parle de ses propositions comme étant de l’ingérence et d’une gestion indigéniste. Il n’en a cure…

Visiteur du soir à l'Élysée, senior advisor chez Deloitte

Il se dit qu’il est l’un des visiteurs du soir du président français, un interlocuteur privilégié de l’Élysée en particulier sur la question de l’islam en France. Un lien qui lui est aussi reproché… « Je ne suis pas un conseiller d’Emmanuel Macron, je ne suis pas à ses côtés, mais en face de lui. Cela change tout. Pour moi, ce qui est important, c’est de montrer que quelque chose est possible, et mon but est d’apporter des propositions réalisables et efficaces. Dénoncer l’islamisme n’a jamais suffi à le combattre, il faut prendre les choses en main. L’État doit afficher sa stratégie à long terme, car il faut bien être conscient que c’est un travail à mener sur plusieurs décennies. »

Là encore, il compare volontiers son rôle à celui d'un consultant – avec un client très particulier, le Président. D'ailleurs, le conseil aux entreprises ne reste jamais très loin. En parallèle de Volentia, cet insatiable est également devenu senior advisor chez Deloitte pour conseiller des clients français et africains.

Au point de mélanger les genres entre sa société et ses activités auprès du Big Four ? Il ne voit pas le problème et plaide la complémentarité. « Nous ne sommes pas sur les mêmes types de missions, car chez Deloitte, je reste sur les missions classiques de conseil en stratégie, avec de grosses équipes. Mais cela me donne accès aux problématiques que l’on n’a pas lorsque l’on est seul. Cela me laisse un pied dans le conseil classique. »

Hakim El Karoui garde toujours plusieurs cordes à son arc. Il est aussi aujourd’hui administrateur d’Orange et d’Indigo en Tunisie, auteur, entre autres de L’islam, une religion française (Gallimard 2018), et chroniqueur pour le quotidien libéral L’Opinion.

Pour cet hyperactif avec des projets plein la tête, la cohérence de son parcours repose sur une méthodologie commune. Celle apprise dans le conseil.

Barbara Merle pour Consultor.fr

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