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ATK-BourrillySérie « nouvelle vie d’associés » 5/6. L’accès au rang d’associé fait vibrer ce secteur. C’est la consécration derrière laquelle courent ceux qui survivent à des parcours longs, résistent à la charge de travail, acceptent de renoncer à leur vie privée…

Alors comment y sont-elles et sont-ils arrivé(e)s et comment se sentent-ils (elles) quand ils (elles) touchent au but et sont élu(e)s ? Leur vie professionnelle est-elle chamboulée du tout au tout ? Quelle sera la prochaine étape ? Nous avons posé toutes ces questions à plusieurs associé(e)s parisien(ne)s récemment élu(e)s dont nous publions les portraits dans le cadre d’une série.

Épisode numéro cinq (lire ou relire les épisodes undeuxtrois et quatre) : Delphine Bourrilly a été élue associée du bureau de Paris d’A.T. Kearney début 2018, au terme de huit années de maison. Une seconde réussite pour cette ancienne tradeuse d’UBS : elle raconte à Consultor sa reconversion et sa montée en grade dans le conseil en stratégie.

Après une majeure finance à HEC, des stages dans la banque et dans les fonds d’investissement, c’est tout naturellement que Delphine Bourrilly rejoindra la finance et plus particulièrement le trading chez UBS. Six années géniales durant lesquelles elle s'éclate dans la structuration de produits dérivés. Mais l'horizon est bouché. « Quand on entre dans une salle de marché comme trader, on peut seulement devenir « super trader » ; c’est donc un métier qui possède ses propres limites, il n’y a pas d’amplitude managériale à conquérir. »

L’arrivée de la crise financière de 2008, qui la touche de plein fouet, la force à se reconvertir. « Les banques ne recrutaient plus et celles qui le faisaient n’avaient pas le prestige d’UBS. »

Une bonne porte de sortie

Une reconversion qui s'avère moins simple que prévu, car les possibilités ne semblent pas si nombreuses. « Quand on vient du trading, postuler ailleurs est un challenge. On est surtout perçu comme un spécialiste, les grandes entreprises ne voient pas où l’on peut apporter de la valeur ! » s'exclame Delphine Bourrilly.

Les caractéristiques du conseil en stratégie la séduisent alors : la possibilité d’aborder différents sujets, de travailler en mode projet, l’idée d’avoir un impact… Et puis les sociétés du secteur ont le bon goût de la recevoir, alors que toutes ses autres tentatives font chou blanc. 

Après plusieurs entretiens, l'ancienne tradeuse est finalement recrutée. « C’est A.T. Kearney qui s’est montré le plus pragmatique et ouvert : le cabinet m’a vue avec une tête bien faite et a pensé qu’il y avait des chances que cela marche », ajoute-t-elle.

Poisson-pilote en mer inconnue

Entre le métier de consultant et le métier de trader, il ne semble pas y avoir de point commun. Delphine Bourrilly retrouvera pourtant un type d’énergie qui va très vite la rendre accro. « Pour créer de nouveaux produits en tant que trader, il faut sans cesse se remettre en question, dépasser ses limites. Cette attitude est également au cœur du métier de consultant. »

La spécialiste des marchés est d'abord positionnée sur des missions en lien avec les services financiers avant d'élargir progressivement son périmètre d'intervention : tourisme, retail, énergie et aérospatiale. Entrée consultante senior (associate chez A.T. Kearney), elle est d'abord plus âgée que ses homologues mais son parcours « fast track » lui permet de rapidement rattraper son « retard ».

Des sujets d’organisation, de gouvernance et de transformation des entreprises, elle fait son dada. « C’est ma spécialité aujourd’hui ainsi que les changements de culture et la conduite du changement. Elle s’est construite par goût des sujets, parce que des personnes m’ont inspirée, jamais parce que le cabinet a décidé pour moi. »

Les avantages de ne pas être un consultant pur beurre

Même proactivité dans l’exercice de son métier et dans la gestion de son temps. « Il ne faut jamais être passif. Si vous ne vous mettez pas votre propre niveau d'ambition, vous dépendrez toujours de quelqu’un d’autre. » Une autonomie nourrie par sa vie professionnelle antérieure chez UBS : « Comme je suis arrivée dans le conseil après une première carrière, j’avais cette maturité pour pouvoir déterminer les priorités », confie-t-elle. Là où des plus juniors directement passés des bancs de l'école aux cabinets de conseil pourraient être moins autonomes.

Delphine Bourrilly devient manager au bout d'un an et demi, grade auquel elle restera pendant trois ans. Autre bénéfice d'une carrière dans le conseil commencée plus tardivement : elle ne ressent pas le coup de blues des cinq ou six ans d'ancienneté, période à laquelle nombre de managers peuvent se demander si le conseil est véritablement un secteur dans lequel ils souhaitent rester.

C'est tout l'inverse pour elle. « C’est le grade que j’ai préféré, vous êtes quasiment à l’apogée du métier de consultant : vous gérez le projet, vous tenez les manettes, vous connaissez tout le monde chez le client, vous organisez le travail, vous synthétisez les points de vue… c’est un rôle extraordinaire. »

Doute, manque de confiance en soi... dur dur de durer dans ce métier

Ce n'est qu'une fois élue principal que certains doutes naîtront. « J'étais à un moment où je me posais des questions, personnelles et professionnelles. Le processus pour être élu demande un investissement important, il faut rencontrer beaucoup de monde, « monter le dossier ». Et une fois la promotion effectuée, on est dans un trou d’air où l'étape suivante est lointaine, donc cela demande de chercher une autre énergie », ajoute-t-elle.

Qu'est-ce qui sauve dans ces moments-là ? Des partners qui ont su être présents, mais également une mission de transformation pour un distributeur alimentaire qui consistait à réduire le gaspillage. « Ce projet impliquait énormément de parties prenantes, c’est le type de situation complexe que je préfère. »

La passion du métier joue mais ne suffit pas. Surtout que Delphine Bourrilly devient mère, moment souvent critique : nombre de femmes qui occupent des postes à responsabilités dans le secteur choisissent de quitter le métier à ce stade pour accorder davantage de temps à leur vie privée. Étonnamment peu loquace sur le sujet de la parité, alors qu'elle est la première femme à avoir rejoint le partnership d'A.T. Kearney récemment, elle tiendra bon. Non sans peine après une dernière année au grade de principal en demi-teinte.

Une trace de fragilité rapidement écrasée par sa performance globale qui lui permettra de passer associée. 

Du trading au consulting : le pari tenu de la reconversion

Devenue associée du bureau de Paris, Delphine Bourrilly revoit sa position à l’aune de sa capacité d’action. « On fait toujours partie d’un système, mais on est face à bien plus de possibilités, et cette liberté il faut bien l’utiliser ! » reprend-elle.

Une liberté d’action qui impose de réfléchir à la construction de son rôle afin de répondre à de nouvelles attentes en interne : « Il faut avoir un avis et il faut l’exprimer dans le groupe d’associés. »

Avec les clients, le changement est encore plus sensible. « Le partnership vous procure vraiment un statut qui fait que l’on vous appelle pour vous demander votre avis ou vous apporter du business », s’étonne-t-elle. Un changement qu’elle perçoit de manière totalement positive. « On a également accès à des discussions sur la stratégie de la firme, sur son positionnement concurrentiel, sur la rentabilité de tel pays, de telle région ou de tel projet qui font comprendre le fonctionnement du cabinet », se réjouit-elle. La progression de carrière qui se dérobait dans le trading est au rendez-vous dans le consulting. Pari tenu. 

Alexis Serran pour Consultor.fr

Commentaires   

+2 #2 Antonin 10-12-2018 10:35
Recruter des profils qui ont eu une carrière avant doit bien s'accompagner. Trop peu de cabinets savent bien le faire, et pourtant les clients adorent. Ils sont souvent plus matures, et comprennent mieux les eujeux business.
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0 #1 Hamid KINANI 08-12-2018 14:31
J'ai recruté un consultant dans mon cabinet qui a fait le même parcours. C'est une expérience bien réussie.
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