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Suzanne-StroeerAncienne consultante chez Bain, aujourd’hui athlète de haut niveau, Suzanne Stroeer, dite « Sunny », 33 ans, a déjà vécu plusieurs vies, gravi quelques-uns des plus hauts sommets de la planète et affronté nombre des grands défis sportifs dans ses disciplines : la course longue distance et l’alpinisme. Rencontre.

Entre deux expéditions dans son van ou à l’autre bout de la planète, la jeune femme vit à Boulder, Colorado. Pour les 5 630 abonnés de son compte Instagram, difficile d’imaginer que cette « vertical addict and ultra runner » a été consultante en stratégie dans son ancienne vie.

A priori, rien ne prédestinait la petite Sunny, qui est née et a grandi en Allemagne près de Francfort, à devenir une athlète de très haut niveau. Enfant, « j’étais une intello très introvertie, j’avais toujours le nez dans les bouquins, j’aimais beaucoup la musique classique, j’ai étudié le piano et le violon, et je n’étais pas du tout sportive », raconte la jeune femme, tout juste rentrée de sa dernière expédition, le Hayduke Trail, un parcours de 812 miles (1 306 kilomètres) à travers le plateau du Colorado.

« Après le lycée en Allemagne, je suis allée un an à l’Université américaine en Suisse, avant d’intégrer le Harvard College à Boston », où elle décroche un bachelor degree en sciences politiques et en économie.

Elle travaille ensuite deux ans dans l’investment managment, avant de faire un MBA à la Harvard Business School, et de devenir consultante en stratégie.

Le conseil par opportunité

Elle dit avoir choisi le conseil « pour plusieurs raisons ». Et notamment, « parce que je voulais continuer à apprendre et découvrir des choses nouvelles », or « il est d’usage de dire que le conseil c’est un peu comme une business school, excepté que l’on est payé pour ça… »

Mais la raison principale, selon elle, est ailleurs : « J’ai choisi mon premier métier dans l’investment management non pas parce que la finance m’intéressait, mais parce que j’avais été véritablement séduite par les personnes rencontrées au cours du processus de recrutement, et j’ai passé deux années formidables ensuite.

Alors, comme cela avait bien fonctionné la première fois, j’ai décidé de procéder de la même façon lorsque je me suis à nouveau retrouvée dans un processus de recrutement après mon MBA. Comme je n’avais pas vraiment de préférence en termes de métier ou de secteur, j’ai rencontré toutes les entreprises qui sont venues sur le campus. Or, il se trouve que les personnes qui m’ont le plus impressionnée travaillaient pour Bain. »

Et d’ajouter, dans un sourire : « Je n’avais pas pour projet de devenir consultante en stratégie. Ce que je voulais, c’était travailler chez Bain, or il se trouve que Bain est un cabinet de conseil en stratégie… »

Courir, une question d’équilibre

En 2011, peu après avoir rejoint le bureau du cabinet à Houston, elle se met à pratiquer l’ultra-running. « Ce n’était pas facile, admet-elle. Je travaillais très dur pendant la semaine et je m’envolais le vendredi après-midi pour participer à des courses, alors que j’étais totalement sous-entraînée, par manque de temps. »

Une activité qu’elle ne pratiquait pas dans une perspective sportive mais parce que c’était une source d’équilibre. « Je n’ai jamais vraiment envisagé le conseil comme une passion ou même que j’étais faite pour ça. Il me fallait un travail, j’étais douée pour celui-là, et j’appréciais les gens avec qui je travaillais. Mais je n’ai jamais éprouvé, du lundi au vendredi, le niveau de satisfaction que l’ultra-running me procurait le week-end. »

Pour mieux concilier les deux, elle demande, lors de sa promotion en qualité de manager en 2014 la possibilité de prendre deux mois de congés non rémunérés chaque année, ou de travailler quatre jours par semaine en réduisant son salaire à 80 %.

« Les partners ont été tout à fait réceptifs à ma demande, et nous avons fini par signer un contrat stipulant que je pouvais prendre des congés sans solde entre deux projets. C’est ce que j’ai fait pendant un an, et ce que j’imaginais continuer de faire pendant plusieurs années. »

Après la promotion, la démission

Mais un an plus tard, la jeune femme démissionne. « Je n’avais pas prévu de quitter le métier aussi vite, confie-t-elle. Après être devenue manager, je pensais travailler encore quatre ou cinq ans pour le cabinet, devenir associée… »

Mais début 2015, « j’ai travaillé sur une mission très très difficile – un projet très court pour un nouveau client français – qui m’a mise dans un état de très grand stress, physique et psychologique, à tel point qu’à la fin j’en pleurais ».

Et bien que la mission ait été un succès, « je ne voulais plus faire ce métier ». Après avoir regardé l’état de ses finances, elle annonce son intention de quitter le cabinet à la fin de l’année. Une annonce qui n’a pas laissé les associés indifférents.

« Ils n’étaient pas ravis, c’est sûr. Au début, ils ont pensé “ça va aller, on va lui donner des projets moins difficiles et d’ici quelques mois elle aura changé d’avis”. Et ils ont véritablement été très attentionnés, ils m’ont confié des missions faciles, m’ont laissé participer à des formations, aller à des conférences… » En vain.

Après avoir versé la toute dernière échéance de remboursement de son prêt étudiant, la jeune femme quitte le cabinet.

Sur la route, out into the wild

L’année suivante, l’ex-consultante trace la route. Elle sillonne les États-Unis, en quête de grands espaces, parcourt les plus belles pistes de trekking, en Thaïlande, au Népal, en Tanzanie ou en Europe. Sur la route, elle rencontre et tombe amoureuse d’un alpiniste expérimenté, avec qui elle partage désormais sa vie. Et après avoir couru moult des plus prestigieux ultra-marathons américains, elle abandonne progressivement les parcours « tout tracés » pour l’« adventure running » et l’alpinisme – des courses ou des parcours de plusieurs jours dans des environnements extrêmes.

Aujourd’hui, elle détient notamment plusieurs records féminins tels que celui de l’Annapurna Circuit, un trek d’environ 200 kilomètres dans l’Himalaya, ou du tour de l’Aconcagua, le point culminant de la cordillère des Andes.

Si, à bientôt 33 ans, la jeune femme dit n’avoir aucun regret quant à son ancien métier – « je sais que ce n’est pas le chemin qui me rend heureuse », explique-t-elle –, elle reconnaît que cet itinéraire atypique lui a permis d’acquérir de sérieux atouts qui lui rendent sa nouvelle vie plus facile.

« Il y a beaucoup de choses que je ne saurais pas faire si je n’avais pas fait mon temps chez Bain, je suis très reconnaissante pour tout ce que j’y ai appris. » Et plus particulièrement « le niveau de confiance en moi que j’ai acquis », et qui se traduit par « l’assurance de pouvoir aborder à peu près n’importe quel problème en se disant qu’on va réussir à trouver une solution d’une façon ou d’une autre, même si cela doit prendre du temps ».

Autre atout : ses compétences en gestion de projet et en business développement, qui l’aident « énormément » maintenant qu’elle gagne sa vie en tant que guide professionnel, photographe et rédactrice, et doit mener à bien les multiples projets de cette petite entreprise.

Ses liens avec le monde du conseil ne sont par ailleurs pas totalement rompus. « Je suis restée en contact avec quelques-uns des partners de Bain avec qui j’ai travaillés, relève-t-elle. On s’envoie des e-mails de temps en temps pour prendre des nouvelles. »

Espèrent-ils encore voir l’ancienne consultante rentrer au bercail ? « Oh non, je ne pense pas que qui que ce soit imagine que je puisse revenir », répond-elle en riant.

Une enfance dans une famille « of very strong women »

Parmi les nombreuses activités qu’elle pilote et développe, deux projets lui tiennent particulièrement à cœur. Le premier concerne « l’empowerment des femmes et le leadership development », explique la jeune femme.

Un intérêt pour le renforcement des droits des femmes dont on peut trouver la source dans les modèles féminins qu’elle a eus enfant. Suzanne Strooer a grandi dans une famille « of very strong women », et a pu ensuite observer avec consternation « l’écart considérable qui existe entre hommes et femmes en termes de confiance en soi et de perception du potentiel et des aptitudes de chacun, aussi bien à l’université que dans le monde du travail ».

Une situation qu’elle observe aussi « dans les milieux de l’outdoor, où très peu de femmes s’aventurent seules ». « Plutôt que de rester assise, là, en disant “mais pourquoi les femmes n’en font-elles pas plus ?”, j’essaie d’y remédier, d’apporter ma contribution pour aider les femmes à avoir davantage confiance en elles.

Je le fais notamment dans le cadre d’expéditions avec des équipes de femmes de tous horizons que j’accompagne sur des parcours en haute altitude et dans des environnements très techniques. L’idée est qu’après ce type d’expérience elles se disent “j’ai réussi à atteindre le sommet d’une montagne de 6 000 mètres, et si je peux faire ça, je peux faire beaucoup d’autres choses”. »

Un autre de ses combats est la préservation des espaces sauvages, en particulier aux États-Unis. « Cet engagement est intimement lié au contexte politique actuel, explique-t-elle. L’administration Trump cherche à réduire l’espace des monuments nationaux [zones protégées similaires à un parc national, mais sur lesquelles le président peut intervenir sans l’accord du Congrès, NDLR] pour les ouvrir à la prospection et l’exploitation minière et pétrolière.

Je pense qu’à titre individuel, on ne peut pas faire grand-chose d’autre qu’essayer d’éveiller les consciences, en partageant par exemple des images et des récits avec avec ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir profiter de ces espaces lui-même, de façon à tisser un lien émotionnel en faveur de la défense des monuments nationaux et contre les tentatives lancées par le gouvernement [un décret publié en avril 2017 vise à revoir le statut d’une trentaine de sites “monuments nationaux”, incluant la possibilité d’abroger leur statut protecteur, NDLR]. »

Là encore, la jeune femme s’efforce de rapporter de ces expéditions des images et des récits pour sensibiliser un large public à la préservation de ces espaces naturels « qui sont déjà tellement rares ».

« Évoluer dans des espaces complètement sauvages fait partie des expériences qui permettent de développer la confiance en soi et des aptitudes assez exceptionnelles, mais c’est aussi une fantastique opportunité d’être véritablement présent au monde, d’habiter l’instant et, d’une certaine façon, d’apaiser le stress de la vie urbaine ordinaire », conclut-elle.

Par Miren Lartigue pour Consultor.fr

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