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Jerome Muffat portraitAprès une quinzaine d’années chez Mars & Co, Jérôme Muffat a monté une start-up, Renovation Man. Un business model forgé avec Pierre Kosciusko-Morizet, l’ancien PDG et fondateur de PriceMinister tout juste après la revente du site d’e-commerce et en mettant à profit les idées d’un groupe de consultants en stratégie. Le changement est radical, mais les compétences issues de l’expérience du conseil, précieuses.

La pandémie n’y change rien : Jérôme Muffat, 45 ans, ne serait pas prêt à quitter son poste de CEO dans sa start-up, Renovation Man, pour retrouver celui de vice-président chez Mars & Co...

« Avoir sa propre entreprise est extrêmement gratifiant. Très vite, on s’implique à fond. Cela va à une vitesse folle, et humainement, c’est très riche. On a l’impression de créer de la valeur, de construire quelque chose d’utile qui répond à un besoin concret », explique-t-il.

L’entreprise fournit un service d’accompagnement pour les particuliers dans le cadre de leurs travaux de rénovation. « Nous sommes partis d’un constat simple : le marché est énorme, de l’ordre de 40 milliards d’euros par an. Et le taux d’insatisfaction est très élevé. Il y a beaucoup de malfaçons, voire d’arnaques », raconte Jérôme Muffat.

Pour rassurer les consommateurs, les « experts travaux » de Renovation Man les accompagnent dans le suivi de chantier et le choix d’artisans. L’entreprise en a sélectionné une base au préalable. Et le dispositif, qui combine numérique et contacts humains, a fait la preuve de son efficacité. Initialement proposé en Île-de-France, le service est à présent disponible dans d’autres villes, dont Marseille et Nantes. La start-up compte maintenant environ quarante-cinq salariés.

Ajuster l’allure de la start-up à l’époque Covid

Tout commence en 2017 : avec un associé, Benoît Charpentier, Jérôme Muffat crée Renovation Man. Quelques mois à peine après le démarrage, ils lèvent un million d’euros auprès d’investisseurs, puis en 2019, trois de plus.

« Le modèle de développement de Renovation Man est celui d’une start-up. Il s’agit de parvenir à fournir très vite un service performant, pour se déployer de manière importante et rapide. Sur ce marché, acquérir des parts de marché demande des investissements conséquents. Nous sommes encore tributaires des investisseurs pour assurer le développement de l’entreprise », décrypte Jérôme Muffat.

En mars 2020, la pandémie vient contrarier le déroulement du plan de développement de Renovation Man, sans toutefois mettre en péril l’existence même de l’entreprise. « Nous avons pris neuf mois de retard, mais nous nous en sommes bien tirés, grâce à nos investisseurs et aux solutions de l’État, plutôt efficaces. Le marché est résilient et nous avons bénéficié d’une relance forte », constate le jeune entrepreneur.

En revanche, il a fallu adapter le modèle de croissance. La crise du Covid oblige à être plus regardant sur la rentabilité à court terme. Par ailleurs, la pandémie constitue aussi un baptême du feu, pour celui qui a découvert le métier de chef d’entreprise il y a quatre ans. Et être à la tête de sa propre société, cela change tout ! « Cela représente beaucoup de stress. Du jour au lendemain, on passe d’un état très haut à un état très bas. Comme c’est votre business, cela vous impacte très fortement. Mais vous n’avez pas le droit de le montrer. Il faut continuer à donner envie aux salariés, ne pas les stresser. Une capacité d’absorption colossale est nécessaire pour encaisser les chocs. »

Renovation Man, fruit du métier de conseil

En revanche, sur de nombreux autres points, « la manière dont j’ai appris à travailler dans le conseil m’aide beaucoup », estime Jérôme Muffat. Avec son associé, ils se sont partagé les missions suivant les intérêts et les aptitudes de chacun.

À Benoît Charpentier, diplômé de HEC, qui a travaillé dans plusieurs start-up, reviennent notamment l’administration, les finances et les ventes. Jérôme Muffat gère le marketing, l’acquisition digitale, le produit...

« Pour développer un produit, il faut être capable de vraiment bien analyser les besoins, poser un problème, et aussi de se comparer aux autres, en particulier dans un marché comme le nôtre, où on n’est pas en train d’inventer quelque chose d’entièrement nouveau. Cela se rapproche beaucoup du conseil, surtout tel qu’il est pratiqué chez Mars & Co : revenir à la source, réaliser beaucoup d’interviews et de benchmarks », témoigne Jérôme Muffat.

Il s’occupe aussi des relations avec les investisseurs. « Tenir un micro devant un board » pour faire le point sur le développement de Renovation Man constitue un exercice auquel il est rodé, après des années de présentations devant les clients.

Et dans l’histoire de l’entreprise, « il existe un lien direct entre mon métier passé et la genèse de Renovation Man », précise Jérôme Muffat. À l’origine, en effet, un ami de promotion de HEC, Pierre Kosciusko Morizet qui cherche un projet à monter après avoir vendu Priceminister, lui propose de trouver une idée ensemble.

« Nous avons recruté des consultants de cabinets comme McKinsey, BCG, Bain, et pendant quinze mois, nous avons cherché des idées, en réalisant un travail très proche de celui que je faisais en conseil en stratégie. De cette réflexion est née Renovation Man », se souvient Jérôme Muffat qui remarque qu’à l’époque, la démarche d’associer un cabinet de conseil à la création d’entreprise était peu courante.

Une recherche de nouvelle activité née dans l’esprit de Jérôme Muffat en 2015 pour des raisons très personnelles.

« À l’approche de mes 40 ans, et avec l’arrivée de mon fils, j’ai eu envie d’un changement. C’était la fin d’un cycle. Le métier de conseil est très stimulant, on réalise des études très intéressantes, mais on ne les met pas en œuvre. Or j’avais besoin d’être plus utile, plus dans l’action, d’imprimer ma marque... Et je ne me voyais pas aller faire cela chez un client. Quinze ans après HEC, l’entrepreneuriat a résonné comme ce que je voulais faire pour les quinze années suivantes », analyse-t-il.

Car l’envie vient de loin... À 22 ans, en 1998, Jérôme Muffat commence par obtenir un master à l’ESTP, École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie. L’année suivante, désireux d’élargir sa vision du fonctionnement des entreprises, il obtient le master HEC entrepreneurs. À l’époque, l’idée de créer sa propre entreprise l’attire, mais la pratique est beaucoup moins courante qu’aujourd’hui, et le jeune étudiant a des prêts à rembourser. De plus, à HEC, il a découvert l’existence du métier de conseil en stratégie. « Cela m’attirait beaucoup. J’avais envie de me confronter à des problématiques de haut niveau et à la dimension conseil avec des sujets qui s’enchaînent, une diversité, une rotation des personnes avec qui vous travaillez. C’est vraiment ce que j’ai trouvé dans ce métier. »

Quinze années variées et stimulantes

Peu après avoir obtenu son diplôme, Jérôme Muffat intègre Mars & Co. C’est le début de plus de quinze années de collaboration. « Vous ne rentrez pas en vous disant, je vais faire quinze ans de conseil... Vous pensez y passer quelques années, puis partir en entreprise. À l’époque, c’est ce que je pensais. Et puis, très vite, je m’y suis beaucoup plu. »

De cette entreprise, un peu à part dans le monde du conseil, Jérôme Muffat conserve un bon souvenir. « C’est une société avec une dimension assez familiale dans son mode de fonctionnement, très différente des cabinets anglo-saxons, où on a l’impression d’être un consultant à la chaîne. »

Entré en septembre 1999 au bas de l'échelle, il passe consultant, puis, consultant senior, avant de devenir project manager, et enfin en 2012, vice-président de l’entreprise. « À chacun des échelons, c’était une nouvelle étape avec de nouveaux enjeux, des responsabilités que j’avais envie de prendre à bras-le-corps », se souvient Jérôme Muffat.

Le fonctionnement de Mars & Co, spécialisé dans le conseil stratégique de grandes entreprises et qui ne prend qu’un client par secteur, répond à ses attentes. Jérôme Muffat travaille donc avec des entreprises de secteurs très variés, en B to B, comme Alstom ou Imerys (pigments), ou alors en B to C, avec Sony et Nestlé... Pour suivre ces clients, basés partout dans le monde, il voyage beaucoup, aux USA, en Asie du Sud-Est, comme en Malaisie, mais aussi en Chine et au Japon.

De défi en défi

De ces quinze années très denses, plusieurs souvenirs de missions émergent en particulier, faits d’échanges intellectuels enrichissants, de passion et de défis personnels... Comme une mission réalisée dans une usine de kaolin, dans le Sud profond des États-Unis : après un an seulement, Jérôme Muffat, 24 ans environ, est envoyé évaluer le modèle de coût de l’établissement, chahuté par l’évolution de son marché.

« J’étais tout seul, parachuté dans cette usine. Ses managers, des Américains de la région, avaient un profil très différent du jeune consultant envoyé depuis Paris. ... Au final, j’étais très fier d’être parvenu à faire ce modèle de coût de l’entreprise. Ce type d’expérience vous apprend à s’adapter ! »

Bien plus tard, à Kuala Lumpur, une mission menée avec un manager grec venu de San Francisco a marqué Jérôme Muffat. « Il m’a ouvert les yeux sur des approches de problem solving, très différentes de celles que l’on pouvait avoir au bureau de Paris, très analytiques. Lui cherchait sans cesse des short cuts. C’était très instructif. »

Et puis, il y a les énergies renouvelables : « Nous avons cherché à faire plusieurs acquisitions (pour le compte de clients de Mars & Co, ndlr), étudié beaucoup de sociétés, réalisé quelques due diligences d’acteurs de l’éolien. J’y ai passé des nuits entières... Cela n’a jamais débouché, à mon grand regret. Mais c’était passionnant ! »

Aujourd’hui, avec Renovation Man, c’est lui qui choisit. Prochaines étapes : cette année, s’implanter dans une dizaine de nouvelles villes. Et en 2022, réaliser une importante levée de fonds, initialement prévue pour 2021.

Anne Daubrée pour Consultor.fr

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