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GrudzinskiAprès plusieurs années à faire le grand écart entre sa passion pour l’humour et le conseil en stratégie, Serge Grudzinski a fondé Humour Consulting, et intervient en entreprises pour attaquer les problèmes des employés… par le rire.

Quand on lui a suggéré de faire du conseil au sortir de Stanford, Serge Grudzinski s’est pincé le nez : « Merde, encore des études. »

Jusqu’alors, le jeune homme avait suivi un parcours tout tracé, dans l’excellence la plus studieuse.

Nantais émigré à Paris, élevé par des parents « classiques » dans le goût de l’effort et du dépassement de soi, il était parvenu, au terme d’une prépa à Stanislas, à intégrer l’École polytechnique sans trop se poser de questions.

Après quoi il s’était envolé pour Stanford pour plancher sur la thermodynamique et le nucléaire, « apprendre à faire des moteurs de bagnoles ». Les études sont ardues, « bovines ». Il s’en amuse, au début.

Consultant ou comique, il faut (pas) choisir

À l’époque, l’écart entre sa vie et ses aspirations lui semble encore tolérable. Aujourd’hui, il ne regrette pas d’avoir choisi. Du moins, à moitié. Car entre la scène et l’entreprise, Serge Grudzinski n’a jamais vraiment tranché. 

Comique prometteur et consultant, il dirige Humour Consulting, un groupe de conseil en management unique, qui l’a amené en vingt-cinq ans à intervenir dans 1 300 entreprises pour ressouder par le rire des équipes minées par des problèmes internes. Le fait est que Serge Grudzinski a toujours déconné. Le rêve était venu en prépa, après avoir vu Coluche briller à Bobino. Il s’était dit « ça, c’est la vie ».

À Stanford, il découvre le théâtre et monte sur les planches. Son professeur lui dit qu’il a sa place à Broadway. Il a la scène naturelle, une prise de parole facile, pas d’inhibition. « Les gens se marraient quand je l’ouvrais », raconte-t-il dans un café du boulevard Saint-Germain. Ses yeux tombants s’agitent au-dessus de son nez fort, on lui donnerait un air de Steve Carell. « C’était évident que c’était ma vocation, mais je me le cachais. »

La tension se fait jour lorsque, de retour en France au début des années 1980, il doit renoncer à la scène pour assurer les contraintes de la vie de couple. Les contingences matérielles l’emportent, il faut « rentrer dans le rang ».

Après quelques années chez Saint-Gobain à « jouer avec de grosses machines et faire l’ingénieur », il se résigne, à 29 ans, à passer les entretiens de cabinets de conseil. Au BCG, au terme d'un énième entretien, il est recalé par l’examinateur final. « Il a eu le nez creux, il a bien senti que je n’étais pas tout à fait à ma place », sourit-il.

Le comique prend la scène 

En 1984, il entre chez Mars & Co, où il passe un an à s’imprégner de la « méthodologie BCG » (Dominique Mars le fondateur de Mars & Co est un ancien du BCG, ndlr), puis rejoint Booz Allen Hamilton. Changement de culture. « C’était comme en direction générale : tu te démerdes. Tu es autonome, tu prends le problème du client et tu te débrouilles pour trouver des solutions. » Polyglotte, il est envoyé régulièrement à l’étranger, en Italie ou en Grèce, puis change encore de monture quand ses amis de Mars & Co fondent Strategic Partners. « J’y ai passé deux ans à me marrer comme une bête. »

Quand il parle de ses missions, Serge Grudzinski évoque d’abord les fous rires. En Italie, par exemple, auprès d’opticiens se targuant de ne jamais rouler leurs clients tout en dégageant des marges de 1 000 %, ou lorsqu’il faut sauver les apparences du consultant sérieux malgré l’accent à couper au couteau d’un directeur d’usine marocain. Le conseil lui plaît bien, en fin de compte. Il lui permet de voyager, c’est une forme d’aventure.

Mais son rêve est encore là, et l’écart entre sa passion et sa réalité ne cesse de se creuser. Car parallèlement au conseil, il a rejoint le groupe d’écriture Jalons, fondé par Basile de Koch, le frère de Karl Zéro. Tous ont des surnoms. Serge Grudzinski devient « Max de Bley ». Il écrit des pastiches de journaux, connaît un succès grandissant sur les radios libres, décroche en 1989 une chronique quotidienne sur Pacific FM, l’ancêtre de Rire et Chansons.

Une vie complètement déconnectée du conseil, dont il ne s’inspire jamais pour écrire ses textes. « Le conseil en stratégie m’a apporté de la rigueur, une capacité d’analyse, une vision exhaustive des enjeux, énumère-t-il, mais ce n’est pas comme faire rire une foule. » C’est pour se concentrer sur sa carrière comique qu’il s’éloigne du conseil. La réussite le porte jusqu’à Europe 1, puis Philippe Bouvard, longtemps directeur de la salle, l’intègre à Bobino. Un one man show suit.

Puis un jour, une amie lui souffle une idée. Et s'il employait ses talents pour aider les entreprises en difficulté ? Faire rire ne serait-il pas le meilleur outil pour rassembler des équipes démotivées, usées par des années de mésententes ? « J’ai fait quelques essais et ça a pris. Le comique est ravageur pour résoudre ces problèmes, pour remettre ensemble des gens qui se haïssaient professionnellement. »

Des réunions pour rire

Concrètement, comment ça marche ? « Une entreprise, c’est des gens qui doivent bosser ensemble, mais des murs psychologiques se dressent entre eux et les empêchent d’avancer : la frustration, la rancœur, le manque de bienveillance, l’appréhension, les émotions négatives. Et vous aurez beau faire intervenir McKinsey ou le BCG pour apporter une nouvelle méthode, rien ne changera si ces murs sont toujours en place. L'argent sera jeté par la fenêtre. »

En menant une série d’entretiens préliminaires dans l’entreprise, il tâche d’identifier les principaux problèmes, puis réunit les employés et les fait rire un bon coup. « Plusieurs fois des PDG m’ont dit “je ne comprends pas, McKinsey leur a pourtant balancé cinquante slides !” Ces murs sont faits d’émotions, on ne peut pas les démolir par la rationalité, il faut employer des émotions positives, et la plus forte d’entre elles : le rire. C’est seulement après qu’on peut avancer avec les conseils du BCG ou de McKinsey. »

En somme, Serge Grudzinski se félicite d’avoir « benchmarké » l’outil de motivation le plus puissant qui soit pour l’amener dans l’entreprise. « C’est le genre de vision venue du conseil qui m’a été utile. Le fait aussi d’avoir vu beaucoup de boîtes me permet d’intervenir partout. Mais surtout, le conseil m’a donné de la rigueur, et ma méthode, paradoxalement, est très rigoureuse. » Mais différente : partir de l’humain plutôt que d’appliquer un modèle uniforme, comme il reproche aux cabinets de conseil de le faire trop souvent. Des cabinets qui, d’après son expérience, ne sont pas très éloignés des autres entreprises où il est intervenu.

Des quelques missions qu'il a pu conduire auprès des équipes de consultants de Roland Berger, du BCG ou de BearingPoint, il ne note qu’une différence. « Ils peuvent avoir le cigare et penser qu’ils savent tout sur tout, s’amuse-t-il, après tout, c’est leur métier de résoudre des problèmes, mais cette culture d’entreprise peut être un frein à la résolution de problèmes personnels. Les gens restent des gens. »

Pierre Sautreuil pour Consultor.fr

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