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Sciences-Po-IllustrationTraditionnellement, les diplômés de Sciences Po rejoignent en masse le secteur privé (70 %), et tout particulièrement le conseil (lobbying, communication, management).

Le conseil en stratégie, qui n’était que ponctuellement un débouché, est de plus en plus identifié comme une bonne porte de sortie par l’école et les étudiants. Et offre aux recruteurs, qui saturent les écoles de commerce et d’ingénieurs cibles, un vivier de recrutement alternatif.

Héloïse et Charles ne dérogent pas au profil type des étudiants qui se destinent au conseil en stratégie : ils le voient comme une excellente porte d’entrée généraliste dans la vie professionnelle : elle, pour rejoindre les directions commerciales ou marketing de grandes entreprises ; lui, pour travailler dans le private equity. Leur seule différence : ils ne sortent pas des écoles cibles d’ingénieurs et de commerce dans lesquelles les cabinets de conseil en stratégie recrutent habituellement. Ils sont tous les deux étudiants en première année de master à Sciences Po Paris.

Sciences Po, dans le pool des écoles bis au BCG

C’est-à-dire hors « du top 7 » des écoles où, année après année, le bureau du BCG à Paris fait 85 % de ses recrutements de juniors. « Dans le top 7, il y a Polytechnique, les Mines, CentraleSupélec, les Ponts, HEC, l’Essec et l’ESCP. Ensuite, depuis quelques années déjà, nous recevons en entretien des candidats issus entre autres de l’EM Lyon et des meilleures formations internationales, telles que la London Business School ou l’université McGill de Montréal. Sciences Po a toute sa place parmi ces écoles », dit Joël Hazan, partner et managing director du Boston Consulting Group à Paris en charge des ressources humaines.

Avec d'autres, Sciences Po fait office de vivier bis auquel le BCG accorde moins d’attention qu'à ses écoles de prédilection. Ce qui ne l’empêche pas d’y effectuer « quelques recrutements » tous les ans.

Là, comme ailleurs, le conseil en stratégie ne relève pas de la vocation, mais bien d’un accélérateur de début de carrière, choisi empiriquement au moment de quitter les bancs de l’école comme la meilleure option pour commencer dans le privé. « J’ai découvert l’été dernier lors d'un stage que la banque d’affaires ou le conseil en stratégie sont un passage obligé lorsqu’on ambitionne de faire carrière dans le private equity. Nous avons eu des présentations au sein de l’école avec des professionnels des deux secteurs. D’un côté, des banquiers d’affaires avec des cernes jusque-là qui nous disent que quitter son travail à 2 heures est plutôt de bonne heure. Ça ne faisait pas vraiment envie », raconte Charles.

De l’autre, des réunions dans des cabinets de conseil en stratégie dédiées exclusivement aux étudiants de Sciences Po, notamment chez McKinsey et au BCG, où les élèves rencontrent des anciens de l’école en activité dans ces deux cabinets et sont initiés aux b.a.-ba du métier de consultant en stratégie. Comme cette fois où dans un cours consacré au conseil en stratégie, on leur présente une mission effectuée par un cabinet sur le marché de la bouteille en verre. « C’est inattendu mais illustre bien le côté multisujet, mouvant et toujours nouveau du conseil en stratégie. Cette diversité satisfait ma curiosité d’apprendre sur des secteurs variés », avance Héloïse.

Tous deux membres de la Junior Consulting Sciences Po, la junior entreprise de l’école, ils sont actuellement élèves des masters Economics & Business (renommé master in international management et sustainability en 2019) et Finance et Stratégie. De ces deux masters – sur les vingt-sept que totalise Sciences Po – sort le plus gros contingent des étudiants qui font leur début de carrière dans les sociétés de conseil en stratégie. Avec, aussi, celui des affaires publiques, « car tout le monde ne rentre pas à l’ENA et les places dans les cabinets ministériels sont chères », s’amuse Charles. Attention, hyper élitisme oblige : seuls sont concernés les étudiants qui ont passé le très sélectif concours d’entrée post-baccalauréat, les admis au niveau master n’étant pas la cible des cabinets de conseil en stratégie.

Difficile ensuite de chiffrer exactement une éventuelle inflexion à la hausse des recrutements des cabinets de conseil en stratégie rue Saint-Guillaume – dans le 7arrondissement de Paris où Sciences Po répartit son campus entre une dizaine de bâtiments.

Certes, les liens entre Sciences Po et le conseil ne sont pas neufs. Ils étaient 21,3 % de la promotion 2016 (2 095 diplômés) à prendre un premier job dans l’audit et le conseil ; tout type de conseil, en communication, en management et en lobbying. Une proportion encore plus importante dans le master Finance et Stratégie : un tiers des 160 étudiants font le choix du conseil, selon les chiffres communiqués à Consultor par Marie Lizardo, la responsable du master Finance et Stratégie.

Hausse des recrutements des cabinets de conseil en stratégie à Sciences Po : certains indices ne trompent pas

Pour le conseil en stratégie en particulier, aucune tendance chiffrée et historique n'atteste d'une hausse des recrutements. Mais certains indices ne trompent pas. Sur les vingt-sept élèves du cours de conseil en stratégie et fonds de private equity qu’il donne pour le master Finance et Stratégie de Sciences Po, Henri-Pierre Vacher, senior partner chez EY-Parthenon, note qu’« une bonne moitié est déjà prise au BCG ».

Ils sont nombreux les consultants à venir faire cours. Rodolphe Chevalier, principal du BCG, diplômé de Sciences Po puis de l’ENA, venu au conseil en stratégie non pas à la sortie de l’école, mais après une première vie dans la haute fonction publique (ancien directeur de cabinet adjoint à Bercy notamment), donne lui aussi une introduction au conseil en stratégie dans le même master.

Plusieurs autres le font. « Actuellement, les cabinets sont très demandeurs de deux choses : donner des cours et participer aux forums », dit Marie Lizardo. Il y a le forum Carrières de Sciences Po, le forum d’entreprises généraliste de Sciences Po, qui a lieu chaque année en septembre. Un nombre restreint de cabinets de conseil en stratégie de la place y font le déplacement : A.T. Kearney, BCG ou Roland Berger lors du forum Carrières 2018.

Puis une déclinaison 100 % conseil en février : un second forum, celui des métiers du conseil où, en 2016, Kea & Partners et Vertone étaient venus. Pas de quoi attester d’un boom des recrutements. Voire plutôt confirmer que Sciences Po est un choix bis des recruteurs : l’affluence des cabinets de conseil en stratégie aux forums de l’Institut d’études politiques n’a rien de comparable à celle, par exemple, de Centrale Paris où pas un ne manque à l’appel.

« Ce qui est nouveau ce sont les recrutements de Sciences Po seuls »

Mais pour Henri-Pierre Vacher, une tendance se dégage cependant. « La proximité entre Sciences Po et le secteur du conseil en stratégie s’est énormément renforcée. En 2007, quand je suis rentré chez Roland Berger, il y avait des réunions pour se présenter. La personne qui se présentait avant moi avait fait Sciences Po, HEC et l’ENA ; la personne après moi avait fait HEC et des universités américaines. Il n’y avait pas beaucoup de Sciences Po seuls », dit-il.

Un seul passeport Sciences Po pour entrer dans le conseil en stratégie ? C’est en effet de plus en plus possible selon Nicolas Lioliakis, le chairman d’A.T. Kearney en France. « Une école de commerce et d’ingénieur avec un double diplôme à Sciences Po, cela a toujours été une très bonne combinaison pour rentrer dans le conseil. Ce qui est nouveau ce sont les recrutements de Sciences Po seuls. »

Une évolution qu’il fait remonter à la transformation du cursus de Sciences Po de trois à cinq ans, en 2000. « Il y a eu un avant et un après. Le master en cinq ans est beaucoup plus professionnalisant et parfaitement soluble dans les cabinets de conseil en stratégie », estime-t-il.

Autre cause possible, un peu comme au BCG où on s’autorise à aller piocher au-delà du « top 7 », la croissance globale de l’activité des cabinets de conseil en stratégie : « Les cabinets ont tous bien grandi et ont saturé les quelques écoles de commerce et d’ingénieurs dans lesquelles nous recrutons tous, ils ont besoin d’ouvrir le champ », estime Nicolas Lioliakis. « Les cabinets ont ouvert leurs chakras », appuie Henri-Pierre Vacher.

« Sciences Po est incontournable », vante Marie Lizardo qui explique qu’un de ses objectifs du moment est de référencer Sciences Po auprès de cabinets de plus petite taille, tel Ylios, qui offrent de nouvelles opportunités de placement des diplômés. Comme chez Ares & Co où deux des dix analystes – le premier grade de la pyramide hiérarchique du spécialiste des services financiers – proviennent de Sciences Po.

Pourquoi le plan B Sciences Po séduit-il les recruteurs ?

Bref, elle est mal quantifiée, mais une certaine filière Sciences Po-conseil en stratégie est plutôt en accélération. Pourquoi ces profils-là y font-ils leur trou ? Attention, chaud devant la liste à la Prévert des qualités qu’on leur reconnaît : « Littéraires », « À l’aise dans le relationnel », « Doté de fortes compétences rédactionnelles », « Bonne prise de parole en public »…

« Pour rigoler, on dit qu’à Sciences Po on apprend à comploter et à dire tout et n’importe quoi sur n’importe quel sujet. En réalité, on y apprend une méthode solide pour aborder n’importe quel thème et rapidement structurer une pensée articulée sur celui-ci. C’est une méthode extrêmement proche de celle du conseil », analyse Henri-Pierre Vacher.

Puis viennent des affinités de secteur : les Sciences Po « voudront plus facilement aller vers les services publics, la politique publique ou toucher au développement durable », dit un ancien partner d’un cabinet de la place qui s’occupait des recrutements et qui a requis l’anonymat.

Comme quand Héloïse, la présidente de Junior Consulting Sciences Po, a récemment participé à une résolution d’un cas encadré par McKinsey Paris et organisé par l’Essec Consulting Club, le club des métiers du conseil de l’école de commerce de Cergy-Pontoise dont aucun équivalent n’existe encore à Sciences Po. Un exercice qu’elle a trouvé « hyper stimulant », notamment du fait de son sujet branché affaires publiques et développement : comment augmenter le taux de vaccination infantile dans un pays du Sud.

Faible analytiquement, niveau zéro de la préparation aux cas : ce qui disqualifie encore Sciences Po

De là à voir les diplômés de Sciences Po coloniser les staffs de consultants, assurément pas. Par un certain manque d’amour des chiffres d’abord : « Il peut arriver qu’ils soient moins formés à des travaux quantitatifs que leurs homologues commerciaux et ingénieurs. Ce qui se lisse très vite », dit Antoine Destombes, associé d’Ares & Co.

Puis, ce n’est pas tout de vouloir, encore faut-il y entrer dans ces cabinets tant convoités. Et pour l’instant la préparation à la résolution des cas, passage obligé du recrutement dans le secteur, est le talon d’Achille des étudiants de Sciences Po, aux dires mêmes de Marie Lizardo. Un point sur lequel certains recruteurs n’hésitent pas insister lorsqu’ils reçoivent des étudiants de l’école en entretien.

À l’instar de Yannig Gourmelon, un associé de Roland Berger, diplômé de Sciences Po en 1995, ensuite passé par HEC et la London Business School, qui donne aussi un cours au sein du master Finance et Stratégie sur les études de cas dans le conseil en stratégie : « Avec les Sciences Po, il insiste en priorité en entretien sur les tests quantitatifs pour vérifier leur niveau », raconte Charles, l'un des deux membres de la Junior Consulting Sciences Po qui a répondu à Consultor.

Sciences Po école cible du conseil en stratégie ? À moitié et avec beaucoup de bémols. Car comme commente un autre associé de Roland Berger anonymement : « Sciences Po fait partie de nos écoles cibles, mais, de fait, nous recrutons peu de “purs” Sciences Po. Souvent, ceux que nous recrutons ont une double formation type Sciences Po et une école de commerce parisienne. »

Pourquoi pareille réticence sur les profils pur beurre ? Personne ne le dit explicitement, mais en aparté, on leur reproche ce je-ne-sais-quoi de prétention aristo et d’intelligentsia old school. Un amour en demi-teinte tout à fait réciproque d’ailleurs. Dans les locaux de la junior entreprise, la minorité qui est résolue à faire du conseil en stratégie ne se fait aucune illusion sur ce qui les attend. « Pour le début de carrière, tant que nous serons de jeunes cadres dynamiques, ça ira », s’amuse Héloïse. Et Charles de renchérir : « Nous, ça va, on n’a pas fait de prépa, on a encore du souffle. »

Benjamin Polle pour Consultor.fr

Crédit photo : Etudiants a l'entree de l'amphitheatre E. Boutmy. 2015, Campus de Paris / Martin Argyroglo / Sciences Po

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