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Marion-Bacquet-Casa-Leya-apres-le-BCGBoulangers, bouchers, fromagers, maraîchers… La fuite des cerveaux hors d’un secteur tertiaire jugé absurde et vers des métiers plus authentiques et manuels est connue. Le conseil en stratégie n’échappe pas à cet exode des CSP+ comme Consultor l’évoquait déjà au sujet de ces stratèges partis monter une brasserie ou faire de la coiffure. Marion Bacquet compte parmi eux. Portrait.

Après six ans passés au sein du BCG à Paris, où cette diplômée de Centrale Paris et de la London School of Economics se concentre par exemple sur des missions de réduction de coûts dans les biens de consommation jusqu’au grade de principal, un effet de saturation s’impose à Marion Bacquet. 

Ce qui n’est pas rare après quelques années dans ce secteur, comme en témoignent les hauts taux de renouvellement des effectifs… 20 à 30 % des équipes sont remplacés chaque année. « On passe son temps à faire des slides et des réunions. Cela manque de saveur. Il y a aussi de la frustration quand on revient chez les clients un an ou un an et demi après, et constater que rien n’a été appliqué pour de mauvaises raisons, alors que l’on s’est décarcassée à faire des propositions pointues de changement », raconte l’entrepreneure de 31 ans.

La trentaine sonnée, l’heure est au changement pour cette bonne élève qui a jusque-là coché toutes les cases. Ancienne préparationnaire dans le prestigieux lycée privé versaillais de Sainte-Geneviève, à sa sortie d’études supérieures elle passe par la banque d’affaires à la BNP et chez Goldman Sachs avant d’opter pour le BCG.

Saturation

Elle et son mari – salarié dans un groupe immobilier – sont des Parisiens de naissance et veulent changer d’air. À l’été 2016, elle quitte la rue Saint-Dominique et le chic siège parisien du BCG, avant, peut-être, de passer au grade de partner, pourtant le Graal de cette profession.

À la place, ce sera le Sud, Nice précisément. Mais les entreprises susceptibles d’accueillir le profil de Marion Bacquet à des conditions équivalentes à celles du BCG ne courent pas les Alpes-Maritimes et la Côte d’Azur. « En bon consultant, j’ai passé en revue toutes les possibilités d’entrepreneuriat et je me suis vite arrêtée sur la restauration. »

L’année et demie qui suit témoigne des compétences dont un ancien consultant en stratégie peut se prévaloir au moment de se lancer à son compte – même dans un domaine aussi éloigné que la restauration. Une entreprise reste une entreprise et a priori six années au BCG donnent des clés pour faire fonctionner un modèle économique, quel qu’il soit.

180 couverts à gérer midi et soir

En premier lieu, pour dénicher un pas-de-porte prometteur : en avril 2017, en marge du rachat du groupe Flo (Brasseries Flo, Hippopotamus, Taverne de Maître Kanter, Bistro Romain, Tablapizz…) par le groupe Bertrand (Quick, Le Procope, Le Pied de cochon…), l’ex-consultante reprend l’ancien Bistro Romain du très touristique cours Saleya en plein vieux Nice, et son fameux marché aux fleurs voisin.

À elle alors la prise en main d’un restaurant de 180 couverts. Ce qui là ne s’improvise pas, même avec des centaines d’heures de missions de conseil à haut niveau derrière elle. « Je me suis formée en faisant deux semaines de service à Paris dans un restaurant », dit-elle.

Puis auprès d’un des meilleurs pizzaïolos de France au Cap d’Agde, puisque le Bistro Romain nouvelle formule redeviendra un restaurant italien. Mais plus qualitatif. Pour ce faire, l’ensemble des menus est confectionné avec un chef consultant, des fournisseurs précieusement sélectionnés de part et d’autre des Alpes en Italie et en France et l’équipe héritée du Bistro Romain, conservée et renforcée.

Après six mois de rodage dans le décor de l’ancien Bistro Romain et une réfection confiée à un décorateur d’intérieur, la Casa Leya – le nom du nouveau restaurant – ouvre en décembre 2017. « En matière d’opérationnel, j’ai été servie. Mais j’ai appris mille fois plus, car, au BCG, je serai restée dans une forme de routine, même si tout y est fait pour que nous ne soyons jamais dans une zone de confort », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

Et le business plan ripoliné en amont – effet BCG là aussi – tient bon. Avant même sa première saison touristique, « nous sommes quasi déjà à l’équilibre. On vise d’abord la clientèle niçoise récurrente qui a horreur des attrape-touristes, puis la clientèle saisonnière suivra », assure-t-elle. Les feux au vert donc.

Ce qui ne veut pas dire que la transition se fait sans heurts. Le quotidien de Marion Bacquet a changé du tout au tout : de missions de conseil ronflantes, comme celle dont elle a eu la charge auprès du gouvernement marocain pour concevoir une ville nouvelle à la sortie de Casablanca, à la production quotidienne de dizaines de plats de mafaldine (pâtes rubans) à la truffe.

Pour les consultants en quête d’une nouvelle vie qui liraient ces lignes : assurez-vous simplement que la reconversion que vous envisagez correspondra concrètement à vos souhaits. On s’en doute aussi, la rémunération du Casa Leya ne s’aligne pas sur celle du BCG : Marion Bacquet est encore dépendante du chômage, en attendant de se rémunérer bientôt.

« Manager dans le conseil, ce n'est pas vraiment manager »

Enfin, les ressources humaines n’ont rien à voir. « Tout le monde le dit et c’est vrai : manager dans le conseil c’est très facile et ce n’est pas vraiment manager. Parce que les profils sont d’une certaine manière standards et homogènes. Les consultants vont travailler très tard au besoin. Des salariés en restauration font leur service et ne restent pas au-delà. Il me faut apprendre à gérer une équipe de dix-huit personnes – ce qui n’aurait jamais été le cas au BCG – et à ménager les susceptibilités. » Autant de difficultés qui feraient regretter l’autoroute du conseil ? La réponse est sans ambages : « Je suis heureuse de cette expérience de conseil. Et très heureuse d’en être sortie. »

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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