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Illustration CAC 40Le PDG d’Axa et le PDG d’EssilorLuxottica ont en commun d’avoir fait leurs classes au BCG.

Dans les comités exécutifs des plus grands groupes français, les anciens stratèges représentent jusqu’à un quart de l’effectif des hauts dirigeants qui tiennent le volant des plus grosses capitalisations tricolores.

 

C’est loin d’être le cas partout : ils sont moins de 5 % au global dans l’ensemble des comex du CAC. D’un côté, les grands groupes redoutent des esprits insuffisamment opérationnels. De l’autre, les partners des cabinets de conseil en stratégie qui pourraient les rejoindre ne veulent pas consentir de 30 à 50 % de baisse de rémunération. Découvrez notre cinquième étude sur les anciens du conseil en stratégie dans les comex du CAC 40.

Le phénomène se vérifie année après année : la présence d’anciens consultants en stratégie dans les instances de gouvernance des plus grands groupes français.

Des directeurs et directrices exécutifs modèles mais toujours aussi peu nombreux. Dans les comités exécutifs (comex) des entreprises du CAC 40, ils sont vingt-cinq à siéger après avoir passé une partie de leur carrière chez McKinsey, Boston Consulting Group, Bain & Company, Oliver Wyman, Roland Berger ou Kearney, selon la cinquième édition du classement Consultor des anciens consultants en stratégie des comex du CAC 40.

Sur un total de 583 directeurs et encore très peu de directrices, les ancien.n.e.s stratèges ne représentent que 4,3 % du contingent total. Un chiffre faible et en dessous des résultats auxquels nous étions parvenus dans nos précédentes études (relire celles de 2011, de 2013, de 2016 et de 2018).

Car certains de ces profils s’en vont et ne sont pas remplacés par d’autres anciens consultants. Ainsi en novembre, le personnel d’Airbus a été informé que Klaus Richter, responsable des achats du groupe, démissionnait de ses fonctions pour « relever d’autres défis professionnels ». L’ancien consultant de McKinsey, dix années durant de 1993 à 2003, travaillait aux achats d’Airbus depuis 2007 et avait rejoint le comex en 2015. Idem d’Isabel Marey-Semper qui fut consultante chez Kearney et siégeait chez L’Oréal : elle a pris avec grands bruits ultérieurement la présidence du jury d’entrée à l’École nationale d’administration.

Autre explication : les entrées et les sorties des entreprises dans l’indice. Valeo figurait dans la précédente édition de notre édition. Son ancien directeur commercial et développement était passé par Booz & Co. L’équipementier automobile a été remplacé par Thales. 

Ce n’est qu’une toute petite partie de l’explication. Car en même temps que certain.e.s descendent, d’autres montent à bord. Chez Carrefour, François-Melchior de Polignac, consultant au Boston Consulting Group entre 1997 et 2000, remplace Guillaume de Collonges au poste de directeur exécutif Europe du Nord et de l’Est (Belgique, Pologne et Roumanie). Chez Orange, Paul de Leusse, qui avait longtemps été consultant chez Oliver Wyman et chez Bain (partner), a est nommé au comex pour superviser le développement des services financiers sur mobile.

Plusieurs autres raisons expliquent que ces anciens stratèges ne soient pas plus nombreux dans ces comex. Alors même qu’ils ont a priori tous les arguments pour faire des recrues modèles. Question de niveau déjà : seuls les plus seniors des consultants en stratégie peuvent prétendre à un vol direct d’un cabinet à une instance de direction d’un groupe du CAC 40.

Des moves très confidentiels et ponctuels

On parle donc à tout casser de quelques centaines de personnes à Paris. Un tout petit monde où les sorties vers l’industrie sont confidentielles et ne peuvent intervenir qu’à certaines conditions. « Les partners chercheront toujours une porte de sortie de niveau comex. Sinon, le cut en termes d’exposition et de rémunération sera trop important. Ces moves interviennent quasi systématiquement par réseau personnel et restent très confidentiels, hormis quelques très beaux mandats de chasse de têtes très ponctuelles », étaye Axel Franco, associé au sein du groupe de recrutement Upward en charge des activités de consulting et ancien recruteur au BCG.

Un cut, car il existe un certain prisme du côté des groupes sur les profils de stratèges dont ils ont besoin au sein de leur instance dirigeante. « Les entreprises du CAC 40 regardent le conseil en stratégie un peu comme les étudiants qui veulent y débuter leur carrière », dit Axel Franco. Comprendre : les MBB ou rien. Ce qui veut dire que pour des partners qui parfois ont des packages de rémunération annuelle d’un million d’euros ou plus, sauter dans un comex du CAC 40, c’est accepter une baisse de 30 à 50 %. Une toute petite minorité est prête à pareille concession.

Le plus gros des mouvements porte par ailleurs sur des profils moins seniors qui rejoignent des postes de direction hors comex pour commencer avant, éventuellement quelques années plus tard, de monter au comex.

Des profils qui ne font pas l’unanimité non plus. « Il peut y avoir une petite réticence du côté des entreprises du CAC 40 sur des stratèges qui seraient moins dans l’action et la mise en œuvre d’une stratégie. C’est la raison pour laquelle leur profil rentre mais au compte-gouttes et qu’ils n’ont pas vocation à être plus nombreux. Ils apportent beaucoup dans un monde complexe, volatile, incertain et aléatoire, notamment dans leur capacité à transformer les organisations et les business-model, mais on redoute qu’ils ne sachent que tenir la feuille pour dessiner de superbes machines sans savoir les faire tourner. Ils resteront contrebalancés par des profils à l’allemande, qui ont fait leurs preuves sur le terrain et au sein de différentes directions », analyse Lawrence Trefi, partner services financiers du cabinet de chasse de tête Heidrick & Struggles.  

La carte diplôme joue aussi. L’Institut français des administrateurs et Spencer Stuart rappelaient, en 2014, que « même si la formation des dirigeants des sociétés du CAC 40 est plus diversifiée qu’il y a douze ans où 50 % d’entre eux étaient diplômés de l’X, de l’ENA ou des deux, elle reste encore assez endogamique avec plus de 35 % sortant de ces deux écoles ».

Axa, EssilorLuxottica, LVMH : quand on s’arrache les BCG et McKinsey

Mais les choses seraient en train de changer. Axa est un bon exemple. Depuis que Thomas Buberl (un ancien manager du Boston Consulting Group, ndlr) a pris les rênes, il a réduit le nombre de polytechniciens.

Il n’y a qu’à voir l’arrivée de Georges Desvaux (CentraleSupelec 1983 et MIT 1985), senior partner chez McKinsey, dont il fut un consultant pendant trente ans : le 1er septembre dernier, il a rejoint le comité de direction d’Axa.

Le mouvement est parti pour durer. « Thomas Buberl est très friand des profils d’anciens du conseil en stratégie et a multiplié les mandats de chasse pour constituer un vivier d’anciens stratèges de middle management qui pourront, éventuellement, se faire une place dans la gouvernance de l’assureur », poursuit notre source.

Au-delà, certains groupes du CAC 40 se distinguent par le nombre des anciens du conseil en stratégie qui siègent chez eux. EssilorLuxottica, d’abord : Xavier Fontanet, le dirigeant emblématique du lunetier, était passé par le Boston Consulting Group, tout comme son successeur Hubert Sagnières. Trois autres anciens de McKinsey et d’Oliver Wyman siègent à ses côtés.

Puis vient LVMH et son tropisme McKinsey très prononcé. Il y a évidemment Jean-Baptiste Voisin, le chief strategy officer. Il a intégré McKinsey en 1996 et en est devenu partner en 2002 avant de rejoindre LVMH en 2006. Mais il y a aussi les enfants de Bernard Arnault : Delphine Arnault (Edhec et LSE, la directrice générale adjointe de Louis Vuitton) a passé deux ans chez McKinsey en début de carrière ; Frédéric Arnault, polytechnicien, a lui aussi fait quelque temps chez McKinsey en stage. Par ailleurs, le conseiller spécial de Bernard Arnault, Pierre-Yves Roussel, est lui aussi un ancien de la firme dont il a été senior partner.

Enfin, devant les étudiants de Polytechnique, Bernard Arnault confiait avoir, lui-même, fait un stage au sein de la firme. Où, racontait-il, il avait croisé un certain Laurent Fabius. D’ailleurs, à Paris, le fils de l’ancien Premier ministre, Victor Fabius, est toujours partner.

Par Benjamin Polle pour Consultor.fr

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