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Matthieu CourtecuisseOù en sont les cabinets de conseil en stratégie six mois après le premier confinement et alors que vient de démarrer le deuxième ?

Les chiffres que publie le Syntec Conseil dans son rapport annuel – dont Consultor donne un aperçu en avant-première – montrent que le choc est bien tangible. Ce rapport annuel met en avant que les 250 cabinets de tout type de conseil adhérents du Syntec – dont 80 cabinets en management et stratégie, notamment Bain, L.E.K, MarsMcKinsey et Roland Berger  – enregistrent un recul de 10 % de leur activité, qui devrait perdurer jusqu’à la fin de l’année.

Le premier trimestre 2021, où les allers-retours confinement et déconfinement sont redoutés, est envisagé avec beaucoup d’incertitudes. Par ailleurs, la branche fait état d’une contraction des effectifs de 2 %. Consultor a interrogé le président du Syntec, Matthieu Courtecuisse.

Consultor : En plein confinement de mars à mai, votre syndicat faisait état d’une baisse moyenne d’activité de l’ordre de 30 à 40 % des cabinets de conseil en management et stratégie. Désormais, vous parlez d’un recul de l’ordre de 10 % en 2020. La crise du covid aura été moins rude que prévu dans la branche ?

Matthieu Courtecuisse : Effectivement, le choc a été un peu moins sévère que ce qu’on attendait en temps réel. Les cabinets ont repris 5 à 10 points d’activité par mois depuis le déconfinement de mai. On reste toujours à un niveau inférieur du rythme de février. L’économie française reculera d’environ 10 % en 2020. Les cabinets de conseil en management et stratégie sont dans le même étiage. Clairement, certains secteurs parmi les plus durement touchés, à l’instar du tourisme ou du transport aérien, ou directement visés par des mesures de fermeture administrative comme la restauration, n’achètent plus de conseil, ou si peu. Ce n’est pas le cas dans les secteurs qui ne sont que secondairement concernés par l’impact de la crise où les mesures de soutien à l’économie ont joué leur rôle.

Comment les cabinets envisagent-ils la fin 2020 ?

En mars, il y avait des airs de saut dans l’inconnu et les entreprises clientes allaient très loin dans l’anticipation. Rien de similaire cette fois-ci. Pour ce second confinement, les entreprises savent à quoi s’attendre. Les carnets de commandes restent bien orientés jusqu’à la fin 2020 quoique le confinement aille avec son lot de difficultés supplémentaires. Regardez dans le private equity : le premier confinement fut un vrai choc, et rien ne s’était passé pendant trois à quatre mois (relire notre article). Là, on est davantage sur des difficultés pratiques de management meetings qui peinent à avoir lieu, de process d’intégration ralentis ou des changements d’actionnariats annoncés par Zoom. Toutes ces difficultés ont pour conséquence un moindre nombre de missions de due diligence stratégiques achetées.

Et le début 2021 ?

Il règne davantage d’incertitude, avec la peur d’un stop-and-go permanent, et avec lui une l’incertitude qui se généralise. Les cabinets de conseil se sont redéployés dans l’agroalimentaire, dans les biens de consommation, dans les banques et les assurances. Pour eux, la crise marque une forte poussée vers la transformation digitale pour laquelle ils sont très souvent sollicités. Qui dit crise dit aussi consolidations où ils ont aussi un rôle à jouer.

Des consolidations pourraient-elles avoir aussi lieu dans le conseil en stratégie directement ?

Je ne vois pas de discussions avoir lieu en ce moment. En milieu d’année prochaine, pourquoi pas. Je ne vois en tout cas pas d’opérations d’ampleur se faire très rapidement.

Le 10 septembre 2020, la Fédération Syntec – dont le Syntec Conseil est l’un des membres – a signé un accord sur le dispositif spécifique d’activité partielle de longue durée. Quels en sont les impacts dans le conseil en stratégie ?

La Fédération Syntec représente un nombre important d’acteurs très liés à l’aéronautique. Il est normal que la fédération cherche à les accompagner dans ce cycle de crise, dans lequel ils souffrent durement. En revanche, peu d’entreprises de conseil en stratégie ou management auront recours à un dispositif d’activité partielle de longue durée. D’ailleurs, si 95 % des cabinets ont recouru au chômage partiel entre mars et mai, pour 30 % de leurs effectifs en moyenne, ils ne sont plus que 10 % à le faire à ce jour. Il s’agit de structures de petite taille ou spécialistes de missions de coaching, d’ateliers, de change management, dans lesquelles le volet présentiel est prédominant. 

Dans une récente interview au Figaro, vous alertiez sur les impacts de la crise sur la capacité de votre branche à embaucher les jeunes diplômés. Qu’en est-il dans le conseil en stratégie ? Faut-il anticiper un tarissement durable des embauches à l’entrée dans les cabinets ?

En règle générale, 20 % des effectifs de consultants en management et stratégie sortent chaque année vers l’industrie. Ce qui explique les volumes importants de recrutements de profils juniors qui interviennent dans la filière. Depuis le déclenchement de la crise sanitaire, la dynamique n’est plus la même.

Les cabinets de conseil en stratégie et management recrutent nettement moins – ils sont 10 à 20 % à le faire quand en temps normal ils sont 80 à 90 %. Même les plus gros cabinets de conseil en stratégie recrutent moins (relire notre interview avec le patron mondial des recrutements chez Bain). De plus, les clients de missions de conseil débauchent deux fois moins de consultants qu’en temps normal. Clairement, les gens n’ont pas pour premier réflexe en ce moment de changer d’employeur.

Pour toutes ces raisons, nous poussons auprès du gouvernement pour que la prime de 4 000 euros créée en juillet 2020 pour toute embauche de personne de moins de 25 ans effectuée entre août 2020 et janvier 2021 soit prolongée dans le temps et élargie au-delà de deux SMIC par mois. Ce qui pour le conseil en stratégie est limitatif : les jeunes recrues démarrent souvent au-delà de ce plafond. Nous instruisons cette demande auprès des ministères du Travail et de l’Enseignement supérieur notamment avec la Conférence des grandes écoles, car les conseils en stratégie et management sont les premiers recruteurs des grandes écoles françaises.

Propos recueillis par Benjamin Polle pour Consultor.fr.

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