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Visa MastercardDepuis avril 2019, le bureau parisien du cabinet de conseil a accompagné d’abord la Fédération bancaire française puis vingt banques européennes dans la constitution d’une solution de paiement européenne alternative à Visa ou Mastercard.

Avec l’ambition de capter une grosse part des paiements européens à terme et, par extension, de défendre la souveraineté européenne sur ce sujet. Coulisse d’une mission d’un an pas tout à fait comme les autres.

Quand, jeudi 2 juillet, seize banques européennes de cinq pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France et Pays-Bas) annoncent, dans un communiqué conjoint, « ouvrir la voie au futur lancement d’EPI, l’initiative européenne des paiements », le jalon est de taille pour Oliver Wyman.

Depuis un peu plus d’un an, en coulisses, le cabinet joue le chef d’orchestre de cette solution de paiement paneuropéenne qui entend devenir, selon les seize banques associées dans la démarche, « un nouveau standard de paiement pour les consommateurs et les commerçants européens pour tous les types de transactions, y compris en magasin, en ligne, pour les retraits d’espèces et le P2P (les paiements entre particuliers, NDLR) ».

Quand la FBF cherche un conseil pour tâter le terrain en Europe

Tout démarre au printemps 2019. La Fédération bancaire française (FBF) veut sonder ses pairs européens sur leur appétence au développement d’une solution européenne de paiement et cherche un cabinet de conseil pour l’y aider. C’est finalement Oliver Wyman qui est retenu.

Les banques sont convaincues de l’intérêt d’une telle solution et la Banque centrale européenne incite à la mise en place d’une solution européenne. De longue date, la BCE fait de l’indépendance vis-à-vis du duopole Visa-Mastercard un sujet prioritaire de souveraineté européenne. Visa détient 60 % du marché des paiements par carte dans le monde, Mastercard 30 % et American Express 8,5 % selon Reuters.

Dans ce contexte, la BCE regrette l’absence de solution véritablement européenne et indépendante et la persistance de la fragmentation des solutions, tant au niveau des cartes qu'au niveau des portefeuilles digitaux mono-pays.

Il y eut aussi le précédent du 1er juin 2018 lorsqu’une panne de Visa entraîna des abandons de courses dans les supermarchés britanniques, des files d’attente à Berlin et des touristes bloqués en Sicile faute de pouvoir régler leur location de voiture.

« Chaque année, les parts de marché relatives des solutions nationales perdent du terrain, au profit de Mastercard ou de Visa. On constate donc une perte de contrôle en Europe sur les paiements européens. Le paiement est à la base des échanges économiques et il semble inacceptable qu’il ne soit pas indépendant des solutions américaines ou chinoises », explique Martina Weimert, l’associée parisienne d’Oliver Wyman, en charge de la plateforme paiements d'Oliver Wyman en Europe.

C’est à elle avec l'appui d'un autre partner – et une équipe de dix consultants – qu’est donc revenue la mission initiale de tâter le terrain sur la faisabilité d’un schéma européen de paiement. Mission numéro un : identifier des banques européennes qui pourraient se rallier aux cinq banques françaises moteurs sur ce sujet (BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel et Société Générale), alignées et convaincues de la nécessité de faire de sortir de terre une solution à l’échelle européenne.

Le cabinet peut alors se prévaloir d'une lettre de Laurent Mignon, le président du directoire de la BPCE et alors président de la FBF, le client d’Oliver Wyman à ce moment-là. Dans ce courrier, il y invite ses pairs européens à les rejoindre et charge Oliver Wyman de leur faire la proposition. Initié en avril-mai 2019, cet appel donne lieu à la réponse favorable de vingt banques européennes (la Commerzbank, la Deutsche Bank, ING…) – avec l’ambition à terme d’agréger des volumes importants des paiements européens.

Défrichage et principe de réalité

À l’été 2019, ces accords de principe obtenus, Oliver Wyman et les comités de pilotage des banques jouent le rôle de défricheur. « Nous devions nous assurer que les différents établissements partageaient la même vision du marché du paiement, il fallait identifier les différents moyens de paiement en usage, commencer à dessiner les contours techniques et juridiques que la nouvelle solution pourrait adopter et envisager la migration potentielle des solutions locales vers une solution commune », détaille Martina Weimert.

À ce stade, Oliver Wyman n’intervient plus pour le seul compte de la FBF. Le cabinet a signé un contrat d’accompagnement avec chacune des banques engagées dans l’initiative européenne.

Ce travail préliminaire établi, le plus dur commence alors : aligner concrètement des banques, des technologies et des législations différentes. « La concurrence entre banques ne représente pas la difficulté principale. Le plus dur reste la différence d’un marché à l’autre : certains sont très digitaux, très carte comme la France, ou très cash comme l’Allemagne. Certains sont très centralisés, d’autres pas du tout. Certains n’ont aucun schéma type Carte Bancaire, et reposent déjà à 100 % sur Visa et Mastercard », témoigne Martina Weimert. 

Une hétérogénéité explosive. Surtout que tout le monde a en tête le précédent « Monnet », le projet de création d’une carte bancaire européenne sur lequel vingt-quatre banques européennes avaient planché entre 2010 et 2012. Avant de jeter l’éponge faute d’avoir trouvé un accord avec la Commission européenne permettant un business model viable.

« On demandait à un challenger de renoncer à toute rentabilité et d’être aussi efficace que des systèmes qui ont bâti leur position en quarante ans d’ancienneté. Aujourd’hui, il y a, me semble-t-il, une prise de conscience du régulateur que certains ajustements étaient nécessaires dans le marché. A fortiori, certains marchés, comme les Pays-Bas, ne participaient pas. Cette fois, ils y sont là », appuie Martina Weimert.

Oliver Wyman à bord potentiellement jusqu’à début 2021

Une configuration a priori plus porteuse qui n’a pas empêché quatre banques – portugaise, autrichienne et italienne – de se retirer pour le moment. Soit parce qu’elles estimaient être trop isolées sur leurs marchés nationaux pour engager leurs communautés dans un projet européen de cette ampleur soit parce qu’elles venaient de réaliser des investissements trop lourds pour en supporter de nouveaux.

Prochaine étape à présent pour Oliver Wyman : la constitution de la structure qui sera chargée d’échafauder la gouvernance de l’initiative européenne. Une société d’une cinquantaine de personnes domiciliée à Bruxelles dont Oliver Wyman accompagne la constitution. Lorsqu’elle sera fonctionnelle, potentiellement jusque début 2021, le cabinet pourra alors se retirer.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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