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Reports embauches conseil en strategie centrale paris sciences poComme ailleurs dans le monde, en France, certains cabinets reportent l’arrivée de recrues dont les contrats avaient été signés avant le confinement.

Pour l’heure, un petit nombre de personnes est concerné. Mais la rentrée de septembre reste très incertaine.

Avec le fort ralentissement global de l’économie, dans le conseil en stratégie, missions et process de recrutements ont été ou gelés ou très significativement réduits.

Ce qui pose la question du devenir de ceux qui avaient déjà signé un contrat avant l’entrée en confinement. Aux quatre coins du monde, le Landerneau des wannabe stratèges bruissent des rumeurs du report des entrées de contrats signés depuis plusieurs mois.

À l'international, ils sont nombreux, ces derniers jours, les étudiants qui avaient déjà signé un contrat avec un cabinet à faire état, sur le forum Reddit, de reports de leur date d’embauche : loterie au BCG pour fixer la durée du report d’un à quatre mois, annonce d’entrée de septembre à novembre pour des MBA en instance de rejoindre Strategy& en fonction des practices, report de douze semaines en moyenne des entrées chez Bain… Et ainsi de suite. Chez Bain, à Paris, on confirme d'ailleurs que certains bureaux ont reporté la date de démarrage de leurs nouvelles recrues, en précisant que les reports sont très variables d'un bureau à l'autre et que les reports sont systématiquement accompagnés d'un dédommagement financier.

James Wang compte parmi ces étudiants inquiets. À 28 ans, il boucle un MBA à la Booth School of Business de l’université de Chicago et a en main une offre d’embauche d’EY-Parthenon depuis le mois de novembre. Après des semaines de silence, il a récemment appris, a-t-il indiqué au Wall Street Journal, qu’il pourrait démarrer au sein du cabinet au mois d’août ou septembre. Un gros ouf de soulagement alors que nombre de ses camarades de promo ne pourront pas rejoindre leur cabinet avant l’automne ou, pire, le mois de janvier 2021.

Dans le quotidien économique américain, le Boston Consulting Group assure maintenir l’ensemble des contrats signés, mais repousser les dates d’entrée, avec le versement d’une indemnité spécifique si ce report dépasse les quatre mois.

Ces indemnités forfaitaires, par exemple de l’ordre de 4 000 dollars chez Deloitte ainsi qu’en témoigne sur le forum Reddit un étudiant en sortie de MBA aux États-Unis, sont versées aux futures recrues pour amortir une période d’inactivité non rémunérée qui n’avait pas été nécessairement anticipée et que tous ne peuvent pas assumer financièrement.

Dans le Wall Street Journal, McKinsey évoque de son côté des reports d’un à trois mois et Bain indique, sans autres précisions, réévaluer continûment les dates d’entrée en fonction du volume de business.

Des reports proposés ou imposés à CentraleSupélec et Sciences Po

En France, les recrues, les écoles et les cabinets interrogés par Consultor témoignent de quelques cas similaires, avec des réalités très divergentes.

À la sortie de CentraleSupélec, un étudiant dans le réseau des élèves destinés au conseil en stratégie témoigne du choix offert par le Boston Consulting Group à Paris : « Quelques profils sont concernés. On leur a donné la possibilité de choisir leur date de début. Ceux qui devaient démarrer en mai, on leur a laissé le choix entre mai et septembre. Ceux que je connais ont demandé à maintenir leur entrée en mai. » Interrogé par Consultor, le cabinet n’a pas confirmé l’existence de ce choix.

En revanche, toujours à CentraleSupélec, Guy Delcroix, le responsable des carrières à l’association des centraliens, confirme également un cas de report au BCG : une centralienne qui devait démarrer son contrat en avril et commencera finalement le 2 juin. 

Peu de profils concernés par des reports et des dates ultérieures très aléatoires : ces deux constats sont les mêmes à la sortie de Sciences Po. Le sujet des débuts de contrats dans le conseil en stratégie y empoisonne aussi quelques étudiants.

« Le sujet a été beaucoup évoqué par les étudiants avec les professeurs de McKinsey et du Boston Consulting Group notamment qui viennent nous donner cours à Sciences Po. Certains contrats ont commencé comme prévu, notamment pour les personnes qui étaient déjà en stage. D’autres contrats dont la date de début avait été fixée au printemps ont été reportés en septembre. Globalement, il n’y a pas d’onboarding de CDI à distance », indique Gabriel Fonteneau, le président de la junior consulting de l’Institut d’études politiques.

Selon les informations de Consultor, au moins trois personnes signataires d’un CDI dans un cabinet de conseil en stratégie – notamment chez Kearney et EY-Parthenon – ont vu leur démarrage retarder d’un à plusieurs mois.

Cas exceptionnel plaide Frédéric Fessart, partner d'EY Parthenon. « Il s'agit d'un étudiant qui devait arriver hors de nos deux périodes de rentrées de consultants juniors, qui sont septembre et octobre, puis le mois de janvier. Nous avons discuté avec lui de la délicatesse d'un commencement de contrat à distance et sommes convenus de reporter son démarrage à septembre », détaille-t-il.

Quant à Kearney, le bureau de Paris explique à Consultor avoir « recruté plusieurs vice-présidents, principals et juniors depuis le début du confinement. Nous avons étalé leurs arrivées lorsque nécessaire afin de leur offrir les meilleures conditions d’intégration possibles malgré le contexte. Pour trois business analysts, l’arrivée effective a été décalée de mai à septembre pour cette même raison. Ce sont d’anciens stagiaires que nous aurons grand plaisir à retrouver, d’ailleurs sans période d’essai. Tout décalage a fait l’objet d’un leave of absence rémunéré très significativement. Tout cela s’est évidemment fait avec l’accord de chacun(e) et avec grand soin. »

Onboarding digitaux

La tendance aux reports n’est donc pas uniforme et généralisée. « Nous avons continué à faire passer des entretiens de recrutement pendant les deux mois de confinement. Nous avons réalisé 200 interviews sur cette période. Les offres, les dates d’entrée, tout est maintenu », défend Olivier Marchal, président de Bain & Company en France.

Chez Strategy& à Paris, les deux entrées de consultants ces dernières semaines ont eu lieu comme prévu, après un onboarding totalement digitalisé et paneuropéen en compagnie d’autres nouvelles recrues dans la même situation, quand, en temps normal, il se déroule sur une semaine dans une ville européenne.

« Nous nous sommes posé des questions sur l’opportunité de décaler ces entrées, qui ne s’en poserait pas dans le contexte actuel ? Nous en avons parlé avec les recrues. Finalement, quelques projets entrants nous ont rassurés sur le fait que nous pourrions les staffer à leur arrivée. L’un a commencé en mai, le prochain débutera le 15 juin », indique Romain Godard, partner et vice-président chez Strategy& en charge des ressources humaines.

Même son de cloche de son homologue Imane Thomas, en charge des recrutements chez L.E.K Consulting : « Nos deux pics de recrutements sont, chaque année, en mars et septembre. Nous avons eu la chance de pouvoir faire entrer tous les stagiaires et CDI attendus en mars avant le début du confinement. »

La rentrée de septembre, c’est une autre histoire. « On se donne encore le mois de juin pour se fixer des objectifs », dit Imane Thomas. Même incertitude chez Strategy& : en septembre, l’entrée de deux autres nouveaux contrats est prévue. « Ils viendront à cette date, assure Romain Godart. Après, c’est à moi que revient la responsabilité d’établir un plan de charge, ce que je n’ai pas eu le temps de faire encore. Il dépendra aussi de la forme de la reprise : V, W, L… ».

Tous se donnent du temps. Avec quelques précautions nourries par l’expérience, comme en fait état Gabriel Fonteneau à Sciences Po : « Plusieurs associés parisiens ont dit qu’après 2001, un faible niveau de recrutement dans les mois qui avaient suivi les attentats avait eu pour conséquence une pénurie de managers quelques années plus tard. Ils ne veulent pas réitérer la même erreur. »

EY Parthenon accueillera ainsi une dizaine de consultants juniors en septembre puis en octobre, en ligne avec les chiffres de l'années passée, tablant sur un volume d'activité en reprise à la rentrée.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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