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iziwork fondateurs medaillonAlexandre Dardy et Mehdi Tahri sont deux anciens de McKinsey et ont créé ensemble une plateforme mettant en relation par un principe algorithmique de « matching » des intérimaires et des employeurs.

Si on a d’abord pu croire à un crash total au début du confinement, certains secteurs et métiers ont multiplié par trois leurs demandes d’intérimaires (magasiniers, caissiers, employés polyvalents…) et ont généré une croissance significative de l’utilisation de leur solution.

Ce n’est pas le moment de « se rater » pour les deux anciens de McKinsey & Company. Il y a exactement deux ans, ils créaient une plateforme digitale d’intérim. Leur rêve : devenir un acteur qui change vraiment les codes du travail temporaire. Et puis le covid-19 est arrivé. Une catastrophe. Mais la période de confinement représente aussi une opportunité unique de prouver l’efficacité d’un modèle qui repose sur les outils numériques et la mise en relation rapide, facile, à distance.

Certes, aux premiers jours de la crise, le gros du marché du recrutement s’est effondré. La fédération professionnelle de l’intérim, Prism’Emploi, estime la perte d’emplois imputable au coronavirus à 557 500 équivalents temps plein, entre la première et la seconde moitié du mois de mars 2020.

Mais la brutalité n’a pas touché de la même façon tous les secteurs. Dans la grande distribution et la logistique, les besoins en intérimaires ont été multipliés par trois, pratiquement du jour au lendemain, pour assurer la continuité de service dans les magasins d’alimentation et le e-commerce. Le secteur de la distribution et de la logistique doit, en effet, faire face à deux phénomènes : d’un côté un pic des demandes clients totalement inédit en cette saison, avec des attentes importantes sur la réactivité ; de l’autre, des collaborateurs en arrêt de travail, qu’il faut remplacer en urgence. Résultat, pendant que d’autres réduisent drastiquement la voilure, Mehdi Tahri et Alexandre Dardy, les deux cofondateurs de Iziwork, affichent « hiring ! », et même « hiring, a lot ! » sur la devanture de leurs pages LinkedIn. L’épreuve du feu ?

Ils fourbissent leurs armes chez McKinsey

Mehdi Tahri n’en est pas à sa première boîte. Encore étudiant à l’EDHEC (dont il est diplômé en 2008), il crée Virtuadz, une agence de publicité sur les réseaux sociaux dont il restera CEO de 2006 à 2008, puis Betting On News, une plateforme marketing assise sur le site Pariactu.com, un site de paris gratuits sur l’actualité, qu’il dirige en 2009 et 2010. Mais avant de se lancer dans une troisième société, il souhaite mettre tous les atouts de son côté.

Il décide de s’armer d’une connaissance plus vaste et approfondie de l’entreprise. Il entre ainsi chez Mckinsey pour « couvrir un nombre important de problématiques rencontrées par les entreprises et perfectionner son apprentissage du leadership », reconnaît-il.

Consultant au sein du cabinet de 2011 à 2015, il se passionne pour le secteur de l’emploi et la digitalisation, élabore des feuilles de route dans le domaine pour des acteurs publics en France et des ministères de plusieurs pays, travaille sur des missions de transformation dans la banque et les télécommunications. Au total, il passe quatre années dans le cabinet de conseil en stratégie, pendant lesquelles il obtient un MBA à l’Insead et fait la connaissance d’Alexandre Dardy, son futur associé. Plus tard, il dira que cette expérience a « structuré la genèse d’Iziwork ».

Mais en 2015, il n’en a pas fini avec sa soif d’apprendre. Il veut pouvoir observer le business de l’intérieur et creuser, plus particulièrement, le fonctionnement d’une entreprise réputée pour l’utilisation de la technologie. Il jette ainsi son dévolu sur la référence du e-commerce et de la digitalisation à une échelle hors norme : Amazon. Là, il prend la direction du programme EU retail scaling, en charge notamment de l’automatisation au niveau européen.

Trois ans plus tard vient le moment de choisir l’associé avec qui il démarrera sa nouvelle aventure. Il connaît Alexandre Dardy et la robustesse de son parcours : après neuf ans chez McKinsey de 2004 à 2013, ce dernier participe au lancement et au développement – en tant que CEO Vietnam – de la place de marché Lazada, revendue plus de trois milliards d’euros à l’autre géant mondial du e-commerce, Alibaba. Aujourd’hui encore, désormais à la tête de leur plateforme digitale d’intérim, ils savent combien ces expériences leur sont utiles.

La force des profils BCG et McKinsey

« Le propre du conseil, c’est l’agilité. On apprend à aborder chaque nouvelle problématique de manière segmentée, explique Mehdi Tahri en pleine urgence covid-19. Peu importe la problématique, d’ailleurs. Les consultants ont cette capacité à toucher à tous les sujets et d’adresser des problèmes nouveaux quel que soit le secteur. Et cette faculté-là, on la garde pour la vie. »

Les dirigeants fondateurs d’Iziwork sont à ce point convaincus de la force de ces profils qu’ils recrutent volontiers au sein des équipes du BCG et de McKinsey. « On complète évidemment avec des profils d’expertises : des gens qui viennent du monde de l’innovation et du recrutement. Et puis, pour s’assurer que l’on prend bien le recul nécessaire sur notre propre activité, on s’appuie sur notre board », précise Mehdi Tahri.

Marché, datas et business model

Résultat, Iziwork a récemment levé 12 millions d’euros, qui viennent s’ajouter aux huit millions la première année. Le marché global représente 25 milliards d’euros : « Chaque année, deux millions de Français passent par l’intérim. Mais c’est un marché qui n’a pas encore réalisé sa révolution numérique. Moins d’une mission sur cent passe par le digital. Or, selon Pôle emploi, neuf demandeurs d’emploi sur dix font leurs recherches sur mobile », égrène le cofondateur de la start-up. Iziwork aurait séduit 300 grands comptes et 2 000 clients depuis sa création.

Quelque 400 000 candidats sont inscrits sur la plateforme. Les fondateurs ne cachent pas qu’ils s’inspirent des pratiques du e-commerce pour transformer l’accès et l’expérience au travail.

Ils conçoivent Iziwork comme une marketplace et se targuent d’apporter plus de transparence dans l’accès à l’emploi. « Nous utilisons l’intelligence artificielle et un système de recommandation pour obtenir un meilleur matching entre intérimaires et offres d’emploi. »

Les entreprises qui ont recours à Iziwork pour trouver des candidats paient une commission. « Nous leur faisons économiser entre 10 et 30 % en supprimant les intermédiations inutiles et en leur permettant de trouver plus vite les profils dont elles ont besoin. Grâce à nos technologies de matching, le taux d’acceptation client est supérieur à 80 %, soit deux à trois fois plus haut que la moyenne du marché », avance Mehdi Tahri.

Des défis inédits à relever

À l’entrée de la crise, le modèle est mis à l’épreuve. « Il a d’abord fallu revoir nos mécanismes en place concernant la sécurité sanitaire. Redéfinir les processus de mise en poste des intérimaires. Communiquer avec eux sur les consignes, gestes barrière, symptômes. Imaginer des dispositifs originaux pour protéger tous les collaborateurs. Nous avons à ce titre instauré l’accès gratuit à des consultations de télémédecine en moins de 30 minutes, avant et pendant les missions. Ce fut la première chose, très importante pour nous : veiller à la santé des intérimaires et éviter la propagation du virus chez les clients », raconte Mehdi Tahri.

Au sein des équipes internes d’Iziwork, le télétravail tourne désormais à plein pour les 150 collaborateurs. Les intérimaires sont accompagnés si nécessaire sur le chômage partiel. « On a dû également s’organiser pour rester agiles et servir les secteurs qui ont besoin de nous. »

L’enjeu : absorber un afflux encore jamais vu. Quelque 30 000 candidatures débarquent sur l’appli en une semaine, et 10 000 nouvelles missions font leur apparition sur la plateforme : des offres de préparateurs de commandes, manutentionnaires, agents de caisse…

« Le fait que notre activité ait été développée pour le “mobile first” permet de répondre à des volumes de demandes importants en un temps record », assure Mehdi Tahri. Concrètement, photo, CV et tout document utile au recrutement sont dématérialisés. En cas d’offre d’emploi, les candidats qui correspondent aux profils recherchés reçoivent une notification push et peuvent postuler instantanément sur leur smartphone. Si besoin, les entretiens peuvent se tenir par visioconférence ou téléphone. Ainsi le « staffing » s’organise très rapidement et sans contact, un grand plus à l’heure où l’on doit éviter les rendez-vous physiques.

« Je vous donne un exemple : un vendredi, on a reçu une demande de 600 postes de la part d’une chaîne de supermarchés. Le groupe cherchait des employés polyvalents pour les mises en rayons et les caisses dans 300 magasins à travers la France. Eh bien, tous les postes ont été pourvus et les personnels étaient en place dès le week-end », se réjouit Mehdi Tahri. Toutes les annonces dans les domaines désignés comme essentiels par l’État pendant le covid-19 sont signalées d’un drapeau « héros du quotidien ». Et Iziwork s’est impliqué auprès de l’AP-HP pour les accompagner gratuitement dans la recherche de profils en pénurie, comme les infirmières ou les brancardiers.

Réflexe de consultant

Quel sera le bilan au sortir de la crise pour la start-up ? « Tout un pan de l’industrie est complètement arrêté. Je ne peux pas prédire l’avenir. Mais ce que je constate c’est que notre solution est adaptée au besoin de réactivité de beaucoup de clients et collaborateurs », nous dit Mehdi Tahri.

La mobilisation actuelle liée à la crise ne lui fait toutefois pas perdre de vue les objectifs de développement de l’entreprise.

La plateforme s’est ouverte en février aux professionnels du recrutement indépendants – souvent d’anciens directeurs d’agences d’intérim expérimentés – qui s’appuient sur les outils technologiques et le vivier d’intérimaires d’Iziwork pour délivrer un service de proximité partout en France. Deux mois plus tard, ils sont 50 partenaires de ce type à avoir rejoint Iziwork et la plateforme prévoit d’en ajouter  300 avant la fin de l’année.

« Nous avons redéfini notre build (plan de développement de produit, NDLR) pour livrer les projets technologiques de fond qui apporteront de la valeur demain. On investit beaucoup en R&D. Ce n’est que de cette façon qu’on arrivera à rester différencié et absorber la croissance », conclut-il. Une évidence, presque un réflexe, pour un ancien consultant en stratégie.

Delphine Sabattier, pour Consultor.fr

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