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AdobeStock 237032761Missions de crise ou de cash management non facturées, pro bono anticipé, chômage partiel : à chaque cabinet ses solutions dans l’immédiat pour faire face à des volumes d’activité qui dévissent.

Quelques-uns se disent préservés. D’autres assurent pouvoir encaisser sur fonds propres pour plusieurs mois. Tout le monde navigue à vue.

 « Ce sera une année de merde. L’objectif pour le moment est de survivre : on va baisser les rémunérations de tout le monde et les bonus des partners. »

Ambiance. Ces propos anonymes tenus à Consultor cette semaine par un associé d’un cabinet de la place traduisent bien une réalité qui, mécaniquement et sans aucune surprise, s’applique au conseil en stratégie comme au reste de l’économie : un arrêt brutal.

« Évidemment, nous constatons des effets significatifs depuis trois semaines. Une majorité de projets qui se faisaient en personne se font maintenant à distance. D’autres sont reportés », confirme Olivier Marchal, le partner et chairman de Bain & Company en France. « Rien n’est débooké, comme on dit, mais beaucoup de choses sont reportées. En mars, nous avons continué à produire. Pour avril et mai, on s’attend, en revanche, à une baisse très significative d’activité », dit aussi Stéphanie Nadjarian, senior partner chez Kea.

De – 50 % à so far so good : des ralentissements variables

Une réalité a priori commune à l’ensemble des cabinets dont il est difficile à l’instant T de juger l’étendue exacte d’une entreprise à l’autre : certaines évoquent  d'ores et déjà – 50 % quand d’autres nient toute variation d’activité pour le moment, même si leurs propos laissent quelque peu pantois dans la conjoncture.

Mais, peut-être que certains secteurs sur certains sujets continuent à acheter du conseil en stratégie : comme la pharma ou la banque. « Au sein de la Transformation Alliance (l’alliance internationale de cabinets de conseil en stratégie dont Kea est un des membres, ndlr), ce qui ressort est que les services financiers et les utilities sont les plus préservés », commente Stéphanie Nadjarian. A contrario, l’aérien ou le private equity affichent un encéphalogramme plat.

Hormis ces exceptions, le ralentissement est généralisé. Pour faire face, nombre de cabinets se saisissent déjà d’une des mesures de soutien aux entreprises annoncées par le gouvernement : le chômage partiel.

C’est du moins le cas chez Kea et dans un autre cabinet de la place qui n’a pas souhaité que son nom soit rendu public. Là, le patron du cabinet explique à Consultor que ne seront conservés sur la paie du cabinet que les consultants qui sont staffés sur des projets vendus. Ce seront tout de même 50 à 70 % de ses équipes de consultants pour lesquels il pourrait dans le court terme adresser une demande de mise en chômage partiel.

« J’ai assez de trésorerie pour garder tout le monde sur la paie pour trois ou quatre mois. Mais par expérience, des leads commerciaux prennent du temps à se reconstituer. Donc si je ne prends pas des mesures d’économie maintenant, nous serons dans le mur en juillet ou août », appuie-t-il.

Hors conseil en stratégie, ils sont beaucoup plus nombreux parmi les sociétés de conseil en management à envisager ou avoir déjà actionné des mesures de chômage partiel, ressort-il d’une conf call dédiée et organisée par le Syntec, l’organisation faîtière du secteur du conseil en France, à laquelle assistait Olivier Marchal en tant qu’administrateur du syndicat.

Comment mettre en œuvre le chômage partiel : la question à 1 000 euros

Et si nombre d’entreprises veulent y avoir recours, beaucoup se posent une kyrielle de questions sur la manière d’actionner le chômage partiel tel que voté au Parlement dimanche 22 mars dans la loi d’urgence sanitaire.

Des interrogations qui apparaissent dans un document de questions et réponses en date du 23 mars que le Syntec fait circuler à ses membres et dont Consultor a eu copie. Les entreprises de conseil y font part au syndicat de leurs doutes quant aux bonnes manières de procéder.

Exemples : « Où faire la déclaration d’activité partielle ? ». Réponse du syndicat : « En créant un compte sur le site https://activitepartielle.emploi.gouv.fr dans un délai de 30 jours à partir du début de l’activité partielle. » Ou encore : « Notre convention collective nous oblige-t-elle à compléter le salaire de nos collaborateurs en activité partielle ? » Réponse : « Oui, elle prévoit que le salarié en activité partielle bénéficie d’une indemnisation complémentaire conventionnelle prise en charge par l’employeur pour chaque heure chômée. »

Autre difficulté d’application du chômage partiel dans les secteurs du conseil en stratégie et management : celui des variations d’activité qui ne sont pas uniformes au sein même des équipes des cabinets (la banque continue ses missions, l’aérien a tout arrêté). Alors qu’« à date, la déclaration d’activité partielle ne permet pas d’individualiser les modalités d’activité partielle. L’activité partielle doit concerner tous les salariés de l’entreprise, d’un service, d’une unité de travail », indique la note adressée aux adhérents du Syntec.

Mais les vingt-quatre ordonnances d’application de la loi d’urgence sanitaire attendues en Conseil des ministres mercredi 25 mars devaient clarifier ce point, selon Jean-Marc Morel, associé chez RSM et spécialiste de la gestion sociale et des ressources humaines. « En attendant, le conseil que je donne aux nombreuses sociétés de consulting qui nous demandent comment appliquer les mesures de chômage partiel est de le répartir sur l’ensemble du personnel », détaille-t-il.

C’est d’ailleurs l’option retenue par Kea : « Nous avons commencé à prendre des mesures de chômage partiel que nous lissons pour un petit pourcentage sur l’ensemble des équipes du cabinet, qu’il s’agisse du staff de consultant ou des fonctions support », détaille Stéphanie Nadjarian. Une « philosophie » qui a aussi l’avantage de répartir d’éventuelles baisses de rémunération à l’ensemble du staff et d’éviter des jalousies entre consultants – quand bien même la compensation prévue par la branche doit en principe éviter ces disparités.

Mais tous les cabinets ne sont pas à la même enseigne. Certains, notamment les plus gros qui nous l’ont confirmé (BCG, Bain et Kearney), n’envisagent pour l’heure aucun recours à des mesures de chômage partiel.

Les MBB font face

« Notre priorité est de protéger nos équipes aux plans sanitaire et économique », explique Olivier Marchal. Une partie des consultants intervient sur des missions non facturées sur les plans d'urgence ou de cash management des clients du cabinet. Le cabinet avance également des missions pro bono dont il avait prévu qu’elles interviendraient plus tard : ainsi de la réflexion stratégique qu’il devait initier avec l’association Espérances Banlieues dès la semaine prochaine. « La recherche sur des sujets de management est aussi une façon d'investir le temps rendu disponible », ajoute Olivier Marchal

Combien de temps cela est-il tenable économiquement ? « Je vais vous répondre comme Fernand Raynaud : “un certain temps”. Pour l’instant, la situation ne nous inquiète pas. Bain est dans une situation financière saine avec zéro dette et du cash. Si la situation devait s’éterniser, la rémunération variable des partners dans le monde entier pourrait servir d’amortisseur. Mais nous en sommes encore loin », détaille encore Olivier Marchal.

Au BCG, à Paris, le cabinet est, pour pour le moment tout autant, voire plus, préservé. Car certes des missions de réflexion stratégique se sont arrêtées, mais la crise en a suscité de nouvelles : pour réviser des plans stratégiques qu’il faut donc à présent revoir de fond en comble, pour répondre aux questions de nombreux comités exécutifs sur la gestion de la crise, pour anticiper l’après-crise. Entre les missions qui se sont arrêtées et les missions qui ont démarré, l’activité serait iso, selon deux sources internes.

Et en cas de légère baisse d'activité, comme Bain, le BCG a augmenté la cadence en matière de pro bono, notamment auprès de certaines institutions publiques ou gouvernementales à qui le cabinet aurait proposé de l’accompagnement de crise.

De quoi voir venir. Car tout le monde dans le conseil comme ailleurs navigue à vue. Dans leur malheur, les entreprises de conseil ont la chance de n’avoir que les salaires pour principaux frais fixes – une charge que le chômage partiel permettra d’amortir dans l’immédiat.

Mais certains envisagent déjà de recourir également aux autres mesures incluses dans la loi d’urgence sanitaire : imposer des dates de prise de jours de congé ou de réduction de temps de travail, et décaler des échéances sociales ou fiscales. Comme le dit Annabelle Dazy, la responsable des ressources humaines chez Advancy : « Nous avons mis en parallèle toutes les possibilités qui s’offrent à nous. Pour l’instant, nous n’avons pas tranché. Tout est sur la table. »

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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