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C’était un cadeau de Noël que les opérateurs de téléphonie mobile attendaient depuis des mois : mardi 31 décembre, l’arrêté lançant la procédure d’attribution des fréquences 5G a été publié au Journal officiel.

Les acteurs du secteur ont jusqu’au 25 février 2020 pour candidater et les attributions finales interviendront d’ici le mois de juin. En coulisses, les consultants en stratégie sont mobilisés de manière croissante sur ce sujet et nombre de missions sont à prévoir au fur et à mesure de son déploiement.

 

La 5G est déjà une réalité en Corée du Sud, premier État à se lancer en avril dernier, et en Chine, qui déploie depuis novembre le plus grand réseau 5G au monde. De nombreuses expérimentations sont en cours dans le monde entier.

À ses débuts en 2020, la 5G ne sera en France guère plus qu’une 4G améliorée, avec des services restreints selon les zones géographiques. Mais il est certain qu’elle sera demain un sujet planétaire de premier ordre. Fin 2024, elle devrait couvrir plus de 40 % de la population mondiale selon l'équipementier Ericsson. Avec sa connexion à très haut débit atteignant jusqu’à 100 gigabits par seconde (soit 100 fois plus que la 4G) et une latence minime, elle permettra de connecter les objets entre eux et impactera toutes les industries. La plupart des acteurs fourbissent leurs armes depuis longtemps. Et les consultants suivent le mouvement.

Des missions particulièrement transverses

« La 5G implique des missions inédites de haut niveau, de plus en plus vastes, qui touchent au cœur des organisations et où les secteurs s’interconnectent », constate Mohssen Toumi, partner expert télécoms chez Oliver Wyman.

Les premiers donneurs d’ordres sont bien sûr les opérateurs télécoms et leurs fournisseurs. Ensuite, les fonds d’investissement et les industries telles que l’automobile (la voiture autonome) et la santé (l’hôpital du futur et la télémédecine).

Aussi bien techniques que stratégiques, les missions sont très diverses. Elles portent sur la préparation de l’achat aux enchères des fréquences, les investissements nécessaires au déploiement, la stratégie commerciale et le marketing. Mais aussi sur les applications en entreprises, les modèles économiques, les cas d’usages et leur maturité. Même si le sujet semble propice aux missions à long terme, leur durée resterait pour l’instant dans la moyenne, soit entre plusieurs semaines et trois à quatre mois.

Dans l’immédiat, suite au décret anti-Huawei du gouvernement français paru début décembre au Journal officiel, les opérateurs télécoms français sont particulièrement inquiets quant à l’interdiction possible des équipements du chinois Huawei, soupçonné d’espionnage.

Considéré comme le premier équipementier mondial de la 5G, l’absence de Huawei fait craindre aux opérateurs un retard dans leur déploiement et une inflation des coûts. De nombreuses demandes de conseil portent actuellement sur les perspectives de déploiement, selon les scénarios envisageables après l'entrée en vigueur de ce décret. Il prévoit que les opérateurs passent par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pour obtenir l'autorisation d'utiliser le moindre équipement réseau.

Avec ou sans Huawei, la concurrence entre cabinets dans les télécoms restera ce qu’elle est toujours : rude. D'ailleurs, l’arrivée prochaine de la 5G en France initie déjà des changements au sein des cabinets. Ceux plus largement présents à l’international bénéficient des retours d’expériences des premiers opérateurs sur la 5G.

« Cela ne va pas que dans un sens. Le rayonnement de la France dans les télécoms est mondial. Le marché français est suivi de près, car il connaît un grand dynamisme. Le modèle de Free et le déploiement de la fibre intéressent de nombreux observateurs », remarque Mohssen Toumi.

Le gâteau de la 5G sera-t-il suffisamment gros ?

À plus long terme, « il est trop tôt pour savoir qui bénéficiera au mieux des opportunités offertes par la 5G. Entretenir une expertise télécom mondiale forte couplée à une connaissance profonde des verticales industrielles est primordial pour être pertinent auprès des clients télécoms. Mais aussi pour répondre aux attentes des acteurs industriels, pour qui la 5G représente une opportunité révolutionnaire de transformation et de développement de nouveaux business models », anticipe Victor Magny, manager senior chez PMP. Selon le dernier rapport de l'organisation professionnelle mondiale Global Mobile Suppliers Association (GSA), ce sont 201 opérateurs dans 83 pays qui seraient déjà en train de tester ou de déployer la pré-5G.

Avec du retard, l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms en France, a transmis fin novembre au gouvernement son cahier des charges pour l’attribution aux opérateurs télécoms des fréquences 5G. La procédure d’attribution aux enchères des futures fréquences mobiles 5G s’échelonnera jusqu’en juin 2020.

Son ouverture n'a pas été facile. Dès septembre, le programme d’attribution des licences 5G de l’Arcep était jugé incompréhensible par les opérateurs français. Selon certains observateurs, les prix des fréquences se seraient déjà envolés en France, restant encore en deçà des prix italiens et allemands.

« Il y a encore trop d’incertitudes sur les revenus liés aux nouveaux cas d’usage. Je ne suis pas persuadé que le retour sur investissement de la 5G soit attractif à court et moyen terme, car en plus des enchères, les déploiements nécessitent des investissements très importants », estime Samuel Galbois, directeur chez Monitor Deloitte.

Le son de cloche est le même ailleurs. « Nous devrons attendre 2023-2025, que les opérateurs déploient largement la 5G en France et que les équipements compatibles arrivent sur le marché, avant qu’elle n’impacte réellement les acteurs de la mobilité, de l’industrie et du retail », prévient Bertrand Grau, partner chez KPMG GSG.

En conséquence, les cabinets sont fortement attendus sur leur capacité à anticiper et à traiter la question de la rentabilité des nouveaux modèles économiques liés à la 5G. Parmi la panoplie habituelle du parfait consultant en stratégie, les cas d’usage internationaux du déploiement de la 5G et de ses applications industrielles sont particulièrement prisés.

La 5G suscite des recrutements

« La 5G nous pousse parfois à travailler sur un sujet télécoms connecté à plusieurs autres industries. Cette technologie de rupture nous fait revenir aux fondamentaux de notre métier de conseil, à savoir aider nos clients à résoudre des problèmes inédits avec des cadres de réflexion rigoureux, pragmatiques et créatifs », résume Mohssen Toumi.

Sur la 5G, l’attractivité des cabinets de conseil réside dans leur capacité à mobiliser en cross-secteurs des experts de practices éloignées, parfois sur plusieurs pays, ainsi qu’à mettre en contact leurs clients avec d’autres opérateurs, industries et start-up. Cela a pour effet de décloisonner les organisations.

« Il n’est pas rare que nous fassions appel sur les sujets liés à la 5G aux autres business units de KPMG comme la logistique, la production, le digital ou les systèmes d’information », précise Bertrand Grau de KPMG GSG, qui compte parmi ses fondateurs deux associés sur sept issus des télécoms. Idem chez Monitor Deloitte : des duos sont constitués d’un profil de consultant en stratégie expert de son secteur (issu de Monitor) et d’un profil plus opérationnel et technique (issu de Deloitte Consulting).

Pour accompagner les opérateurs télécoms dans la rédaction de leurs dossiers de candidature aux enchères de fréquences 5G, dans le cadre de missions de dix à douze semaines en moyenne, le cabinet fait appel à ses experts économiques, économétriques et à ses experts réseau, la plupart issus de son centre d’expertise réseau, le Deloitte Telecom Engineering Center of Excellence, créé au Portugal en 2015.

Autant d'éléments qui pointent dans une même direction : le printemps des télécoms, et ses premières mises aux enchères de fréquence, sera chaud. Dans le conseil aussi. PMP projette par exemple le recrutement d’une quinzaine de consultants sur les télécoms en 2020.  

Aurélie Brunet pour Consultor.fr

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