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Illustration EDFPour l’heure, aux dires de plusieurs membres du comité exécutif d’EDF, les consultants en stratégie, auxquels l’entreprise a par ailleurs abondamment recours, n’interviennent pas sur le plan de séparation des activités de commercialisation et de production, alias « Hercule ».

En coulisses, ils sont déjà sollicités et affûtent leurs arguments pour plus tard.

 

Chez EDF, les achats de conseil en stratégie ne sont pas une petite affaire. La demande atteint plusieurs dizaines de millions d’euros par an pour l’ensemble du groupe. Un marché, valable entre 2016 et 2021, encadre actuellement le recours à ces prestations dans l’entreprise. Il référence une cinquantaine de sociétés de conseil en stratégie et management.

Hercule se passe de consultants

Pourtant, sur le dossier stratégique du moment, EDF n’aurait pour l’instant fait appel à aucun conseil externe. Neuf mois après qu’Hercule, le plan de séparation des activités de production et de commercialisation de l’énergéticien, a été révélé, « aucun cabinet n’est mandaté par EDF pour travailler sur ce dossier », indique à Consultor Alexandre Perra, le directeur exécutif du groupe EDF, en charge de l’innovation, de la stratégie et de la RSE. Même silence de Marc Benayoun, un autre directeur exécutif du groupe, lui aussi interrogé par Consultor : « Le dossier est très confidentiel. »

Il est vrai que le sujet est des plus touchy et avait donné lieu à plusieurs grèves l’automne dernier. Il consiste à scinder EDF en deux : le nucléaire, les barrages et RTE (les lignes à haute tension) d’un côté, les renouvelables, Enedis (le réseau de distribution), la vente d’électricité et les services (Dalkia notamment) de l’autre. EDF Bleu ici, qui serait nationalisée, EDF Vert là, dont un tiers serait privatisé.

Si la séparation était menée à terme, la Commission européenne à Bruxelles, qui milite pour une plus grande ouverture à la concurrence de l’entreprise française, accorderait en retour à EDF un relèvement du prix de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique).

Un prix pour le moment fixé à 42 euros par mégawattheure qui ne permet pas à l’entreprise de couvrir ses coûts de production et d’affronter un mur d’investissement (prolongement du parc de centrales nucléaires, construction de nouvelles centrales) de 100 milliards d’euros.

Sujet à gros enjeux stratégiques, dans un calendrier serré : la réorganisation est annoncée pour 2021.

Malgré cela, les consultants en stratégie en sont tenus à l’écart. « Pour le moment, c’est une discussion entre une entreprise publique et sa tutelle », dit anonymement un partner spécialiste de l’énergie, habitué d’EDF, dans un cabinet de conseil en stratégie parisien.

D’autant plus que cette discussion prend plus de temps que prévu. « Depuis que Jean-Bernard Lévy a annoncé le report de la présentation détaillée de la réorganisation, qui était attendue fin 2019, aucune échéance ne nous a été présentée », glisse Vincent Rodet, représentant CFDT des salariés qui siégeait au conseil d’administration jusqu’en novembre.

Jean-Bernard Lévy en appelle au BCG, comme Henri Proglio

Pourtant, quand Jean-Bernard Lévy avait été nommé PDG d’EDF en 2014, il n’avait pas dérogé à la règle qui veut que chaque dirigeant du groupe ait son cabinet de conseil chouchou. « Pour CAP 2030, il se dit que Jean-Bernard  Lévy s’est fait épauler par le Boston Consulting Group », pose une source syndicale qui a requis l'anonymat.

Proximité avec les clients, stratégie bas carbone via la pérennisation de la production électrique nucléaire et le développement de la production électrique renouvelable, développement à l’international : tels étaient alors les axes de la stratégie présentée par Jean-Bernard Lévy.

Sur les différents sites du groupe, au siège de l’avenue Wagram comme à la Défense, « le Boston Consulting Group est le nom de cabinet dont on discute le plus dans les couloirs », dit encore cette source syndicale.

À juste titre d’ailleurs, car le cabinet est probablement celui qui est le plus présent auprès de la direction générale. Le prédécesseur de Jean-Bernard Lévy, Henri Proglio, « a eu beaucoup recours au BCG, en binôme avec Lazard », avance Jean-François Raux, retraité qui a effectué toute sa carrière chez EDF à des fonctions aussi diverses que conseiller de la direction générale, directeur de la stratégie, directeur de holding, avec à sa main à une époque une enveloppe de 10 millions d’euros d’achats de conseil en stratégie par an.

Galaxie de consultants chez EDF

Il a par exemple connu Michel Frédeau. Le consultant au BCG depuis 1985, aujourd’hui senior partner du bureau de Paris, dont il a été le directeur de 2000 à 2007, fut des années durant le monsieur EDF du BCG à Paris.

Marc Benayoun, qui est aujourd’hui membre du comité exécutif d’EDF, est lui aussi un ancien de la rue Saint-Dominique où il fut consultant en 1992, partner à partir de 2002, avant de rejoindre EDF en 2009.

La place de choix du BCG n’est pas exclusive, tant les opportunités des missions au sein du groupe sont nombreuses : McKinsey et Roland Berger y sont des habitués.

Avant Henri Proglio et Jean-Bernard Lévy, François Roussely, PDG d’EDF de 1998 à 2004, aurait, lui, eu une préférence pour A.T. Kearney. « Ce fut un peu l’invasion », s’amuse aujourd’hui Jean-François Raux. Au point d’aller chercher dans le cabinet son directeur de la stratégie, Gérard Creuset, un ancien chercheur au CNRS qui, après la case EDF, rejoignit AlixPartners en tant que senior advisor.

Sur des sujets plus ponctuels, certains cabinets ont pu se faire un trou. Comme le fondateur éponyme d’Estin & Co, Jean Estin, et son ancien vice-président Christophe Moret, sur le pricing de l’électricité ou l’ouverture à la concurrence.

E-Cube, le cabinet de conseil en stratégie spécialiste des sujets énergétiques, montée par des anciens de Roland Berger, qui avait recruté l’ancien président du conseil de surveillance de RTE, André Merlin, compte aussi parmi ces cabinets.

« Chez EDF, les consultants en stratégie ont ponctuellement fait du bon boulot, mais avaient deux ou trois tics récurrents : allez voir les meilleurs au sein de la boîte, leur piquer leurs idées et les revendre cher aux dirigeants ; vendre deux fois la même chose à deux directions différentes », estime Jean-François Raux.

Las ! Aucun de ceux-là n’intervient sur Hercule. Seuls Alexandre Perra et Louise Vilain, une HEC 2004, pur produit maison, ont la main sur le dossier et font la courroie de transmission avec l’Agence des participations de l’État (qui est actionnaire d’EDF à 70,73 %).

Ce qui ne veut pas dire que ces cabinets n’interviendront pas à l’avenir. Un certain nombre l’espèrent et y travaillent. « EDF pourrait avoir besoin d’aide pour formuler des arguments auprès de l’État », dit ce partner interrogé anonymement par Consultor.

E-Cube, de son côté, est sollicité depuis deux ans environ par plusieurs banques d’affaires qui cherchent à aiguiser les éléments stratégiques à présenter tant à la direction d’EDF qu’au gouvernement en vue de la mise en œuvre d’Hercule et d’une privatisation partielle.

Des banques d’affaires qui pourraient chiper les premiers rôles de conseil en stratégie sur le dossier Hercule. À commencer par Messier Maris & Associés qui a activement conseillé EDF sur la cession, finalisée en mars 2017, de sa filiale de transport d'électricité RTE à la Caisse des Dépôts et consignations (CDC) et CNP Assurances.

En 2015, la banque d’affaires fondée en 2010 par Jean-Marie Messier, l’ancien patron de Vivendi, avait enregistré l’arrivée d’un associé un peu hors du commun : François Roussely, l’ex-PDG d’EDF.

Dont l’ancien directeur de cabinet, Cédric Lewandowski, depuis passé par le cabinet du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, a pris en mai les fonctions de directeur exécutif groupe en charge de la direction du parc nucléaire et thermique.

Gare aux consultants tous azimuts

Cela dit, EDF sera sans doute très vigilante à ne pas multiplier tous azimuts les conseils extérieurs. En 2017, les conseils en communication et en gestion de crise d’Henri Proglio avaient eu droit à une perquisition de la Brigade de la répression de la délinquance économique (BRDE). La Cour des comptes avait signalé au Parquet national financier des soupçons de favoritisme et de contrats de complaisance.

L’un de ces consultants interrogés par Consultor confirme avoir été entendu par le parquet. « J’avais d’ailleurs communiqué le dossier concernant des interventions qui avaient été commencées avant Henri Proglio, suspendues pendant, et reprises quelques mois avant son départ. Je n’ai plus entendu parler de ce dossier depuis », dit Alain Bauer, expert de la sécurité, fondateur d’AB Conseil.

De plus, en juin dernier, Henri Proglio et André Merlin, l’ex-président d’ERDF et de RTE, ont été condamnés à des amendes par la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) pour un contrat de conseil entre les deux dirigeants jugé irrégulier.

Peut-être est-ce pour ce passé judiciaire récent que Jean-Bernard Lévy se montre prudent ? C’est ce que suggère le partner interrogé par Consultor qui explique que « Jean-Bernard Lévy n’achète pas lui-même, mais fait acheter par les directeurs du Comex, en les invitant à faire preuve de responsabilité sur ce qui est nécessaire ou pas ».

Benjamin Polle pour Consultor.fr

Commentaires   

0 #1 TORRION Philippe 19-12-2019 15:47
Mercer a été aussi un consultant de EDF à l'époque de François Roussely
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