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AdobeStock 182796196Pour la sixième année consécutive, le chiffre d’affaires du secteur du conseil est en forte hausse, selon les derniers chiffres publiés par Syntec Conseil.

Temps au beau fixe aussi sur le segment du conseil en stratégie. Sauf soudaine inversion de tendance dont certains pointent les prémices.

Tout va très bien au royaume du conseil en stratégie. Selon son syndicat professionnel, Syntec conseil et son étude annuelle, le chiffre d’affaires de la profession a bondi de 12 % en 2018 (7,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé), par rapport à 2017.

Ce gain important s’inscrit dans un mouvement haussier qui a démarré en 2013. Depuis, chaque année, le chiffre d'affaires du secteur croît de presque plus de deux chiffres par an avec une expansion de 48 % depuis 2013.

La strat’ à la fête

Temps au beau fixe donc, voire à la fête sur le segment du conseil en stratégie. « La croissance de notre chiffre d’affaires a été de plus de 10 % entre juillet 2018 et juin 2019, confirme Pierre Péladeau, associé RH de Strategy&. 100 % de notre force de travail est bookée en cette fin juin 2019. J’ai rarement connu cela. »

Et les prévisions pour l’exercice fiscal suivant sont encore supérieures : + 25 % de chiffre d’affaires avec de nouveaux associés, de nouveaux secteurs et une cinquantaine de recrutements dans les équipes parisiennes de la marque de conseil en stratégie de PwC.

L’activité est à ce point soutenue que certains cabinets refusent en ce moment certaines missions faute de consultants à présenter à leurs clients.

Effervescence chez les grands cabinets et les moins grands

Idem dans les cabinets de taille plus modeste. Certaines sociétés de niche annoncent des développements stratosphériques. « Notre chiffre d'affaires a progressé de 20 % entre 2017 et 2018 », donne en exemple Jean Reboullet, le managing partner de Cepton Stratégies.

Et le son de cloche est le même dans deux autres cabinets de la place de taille analogue également interrogés par Consultor.

Les symptômes qui ne trompent pas : recrutements et attractivité

Autre signe d’une bonne santé quasi insolente : les recrutements. « Le secteur du conseil en stratégie des années 2010-2020 a remplacé la finance dans le cœur des ingénieurs des très grandes écoles », explique Gérard Duwat, administrateur de l’association Ingénieurs et scientifiques de France, qui représente quelque 180 associations d’anciens élèves d’écoles d’ingénieurs.

À HEC, McKinsey, BCG et Bain avaient capté 25 des 110 diplômés de la promo 2016-2017 du master en stratégie de la grande école, le conseil en stratégie reste un must. « C’est un secteur qui attire beaucoup mes camarades », confirme Thierry, étudiant en master 1.

Et ce qui est vrai à HEC n’est pas faux à l’Essec. « Il n’y a pas une semaine sans que les sociétés de conseil en stratégie comme McKinsey, BCG ou Bain ne me contactent pour embaucher des anciens, ajoute Nicolas Burckel, directeur du pôle entreprise du groupe Essec (1 350 diplômés en 2018). La demande est forte. Parmi nos vingt premiers recruteurs, il y a six spécialistes en stratégie : BCG, McKinsey, Roland Berger, Bain, Bearing Point ou Kea. »

Autre symbole à l’école de Cergy-Pontoise : le forum Essec sur les métiers du conseil accueille de plus en plus d’employeurs. Quarante sont prévus pour l’événement d’octobre 2019 contre trente en 2017.

Ciel sans nuages, ou presque

Chiffre d’affaires à la hausse, recrutements en pagaille, attractivité intense… Tutti va bene, assurent nos sources dans le conseil en stratégie, de concert avec le Syntec. Le syndicat promet + 12 % encore en 2019.

Dans ce contexte euphorique, rares sont les cabinets interviewés à jouer les Cassandre. Pourtant, certains bruits de couloir annoncent une légère « tension sur le marché ».

« Le nombre de mois avec missions est en légère baisse », avance le représentant d’un cabinet qui requiert l’anonymat.

Être au bon niveau

« Cette inquiétude s’explique, poursuit un administrateur du Syntec demandant aussi la plus grande des discrétions. Notre secteur connaît certes une croissance que de nombreuses branches économiques nous envient. Mais il est porté par des projets d’envergure se négociant à haut niveau. »

Le fameux conseil de direction générale : encore faut-il y avoir accès partout. Avoir derrière soi une marque incontestable est plus facile pour ce faire. Certaines sociétés de conseil peuvent connaître des difficultés à maintenir cette ligne et convaincre leurs clients de leur capacité à réaliser des missions de plus en plus complexes demandant de plus en plus d’experts.

Ce qui en bout de chaîne peut entraîner le départ des meilleurs éléments et favoriser des taux de turnover élevés.

Retournement au coin de la rue ?

Un scénario théorique ? En tout cas, la question du retournement de tendance est posée ici et là. « Pour le moment, nous sommes tout en haut de la vague et nos indicateurs nous laissent penser que notre développement est structurel, poursuit l’administrateur du Syntec. Mais nous avons aussi tous connu des retournements tendance… »

Car le marché peut être fluctuant et n’est pas à l’abri des conjonctures macroéconomiques. Une opposition en mer de Chine, ou ailleurs, entre l’Amérique de Donald Trump et la Chine de Xi Jinping, peut contrarier ce bel ordonnancement.

« Je constate un léger ralentissement en 2019, concède Jean Reboullet. C’est moins bullish et la conjoncture économique un peu plus tendue fait que les budgets conseils sont examinés avec plus de rigueur. »

D’autres accusent l’arrivée de nouveaux entrants, tels les Big Four, qui nécessairement challengent la part de marché des cabinets traditionnels. Mais ne pas oublier que les barrières à l’entrée sont nombreuses, tempère une dernière source, elle aussi anonymement.

« Il est toujours aussi difficile pour un nouvel arrivant d’intégrer le conseil en stratégie. Notre métier repose sur la confiance, des rapports très intuitu personae. Notre travail, s’il est mal réalisé, peut mettre en danger la santé économique d’une entreprise. »

Le conseil en stratégie serait donc un copieux gâteau de mariage. Seuls les invités seraient autorisés à s’en servir une part. Et les grignoteurs regardés d’un mauvais œil et priés de se conformer au dress code. Les uns et les autres espérant qu’une grosse pluie ne viendra pas gâcher la soirée.

Gwenole Guiomard pour Consultor.fr

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