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13738287 1111193502272989 1814559645776172511 oL’école de Fontainebleau est la favorite des grands cabinets, qui y sponsorisent une centaine de consultants tous les ans. Attention cependant : c’est un accélérateur de carrière, pas forcément un sésame pour ceux qui rêvent d’entrer dans le secteur.

 

« Meilleur MBA du monde » (selon Le Monde), un « ingrédient qui tue pour un CV McKinsey », « le MBA favori des cabinets de conseil » (comme le clament certains blogs)… Il suffit de faire le tour des articles et des forums pour se rendre compte que l’Insead (Institut européen d’administration des affaires) a la cote, tout spécialement dans le conseil.

Quelques chiffres généraux semblent confirmer la valeur du diplôme. Les promotions 2017 de son MBA ont encore fourni des cohortes aux leaders de la stratégie. 336 des 1 029 diplômés d’un MBA de l'Insead en 2017 ont trouvé un emploi dans le conseil en stratégie : 130 chez McKinsey & Company, 86 chez Bain & Company, 71 au BCG !

Ces chiffres sont en augmentation régulière : pour les MBB (McKinsey, Boston Consulting Group et Bain), c’est un tiers de plus que cinq ans plus tôt. Ces MBA sont loin d’avoir tous été sponsorisés par un cabinet. En 2017, une petite centaine d’étudiants ont été financés par des cabinets de conseil en stratégie. Ainsi, alors que 28 % des étudiants viennent du conseil en management au moment de commencer le MBA, 49 % ressortent vers le secteur (par comparaison, Harvard Business School livre « seulement » 23 % d’étudiants au conseil).

Il y a une première raison évidente à cela, sept des douze entreprises partenaires de l’institut sont des cabinets : Accenture Strategy, A.T. Kearney, Bain, BCG, Roland Berger, McKinsey et Strategy&.

Par rapport à ses concurrents américains et européens, l’école aux trois campus (Abou Dhabi, Fontainebleau, Singapour) offre donc un MBA de plus en plus orienté vers le conseil.

Le virage « stratégie » de l’Insead

Cette prégnance du conseil, l’Insead, elle, y voit son « atout ». En interne, on reconnaît que le MBA a perdu en 2017 sa première place dans le classement du Financial Times – mais on se flatte qu’il reste le chouchou des MBB. « Les Big Three connaissent une croissance phénoménale, et ciblent des profils de très haut niveau, défend Vimi Emraz, directrice adjointe du développement de carrière à l’institut. Il y a une synergie entre notre cursus et ce que recherchent ces cabinets : un mélange de compétences douces et dures, un programme accéléré, et surtout un environnement très international. Dans une promotion, les étudiants parlent plus de soixante langues maternelles différentes ! Les cabinets recherchent justement des profils qui pourront gérer un portefeuille de client global. »

En effet, la sélection de l’Insead est répartie sur les cinq continents (42 % en Europe, 29 % en Asie, 15 % en Amérique du Nord, 9 % en Afrique et 5 % en Amérique latine), alors que les MBA américains sont très centrés sur leur marché national (avec souvent plus de 80 % des étudiants qui viennent des États-Unis et restent y travailler).

À la sortie de l’Insead, l’Europe reste en tête, mais ne concentre pas non plus tous les recrutements : 49 % de ceux qui partent travailler dans le conseil restent en Europe, 19 % vont en Asie, 16 % en Afrique, 8 % en Amérique du Nord, 7 % en Amérique latine.

Enfin, le choix du conseil ne s’explique pas seulement par les besoins des cabinets. Les étudiants, aussi, privilégient le secteur, parce qu’il peut leur ouvrir des portes. « Ces profils à haut potentiel ne veulent pas rester toute leur vie dans une seule entreprise », explique Vimi Emraz. Ils préparent un MBA pour effectuer un changement de carrière. Certains vont passer trois ou quatre ans dans un cabinet, puis s’en servir comme d’un tremplin.

Par exemple, le MBA permet à ceux qui viennent d’une fonction opérationnelle dans une entreprise d’entrer dans un cabinet, qui les met en contact avec des clients. Ils intègrent ensuite le département de stratégie d’une de ces entreprises. » D’autres utilisent le MBA de l’Insead pour quitter le conseil : un gros tiers des étudiants qui viennent du conseil partent vers de nouveaux horizons.

« Beaucoup sont tentés par l’entrepreneuriat », confirme Jean-François Lahet, alumni, et responsable des partenariats avec l’école au BCG.

Le rêve du MBA et la réalité du conseil

Ce directeur associé au bureau parisien a le profil qui fait rêver les aspirants à l’Insead : des débuts chez Arthur Andersen, entrée au BCG en 2004, MBA à l'Insead en 2007 financé par son cabinet, partner en 2011. L’accélérateur de carrière a payé. « J’avais 31 ans, je voulais que ce soit un MBA court, et l’Insead est un sprint, mentionne-t-il d’abord pour expliquer son choix. J’en ressentais aussi le besoin en stratégie et en finance, qui manquaient à ma formation initiale. »

Que lui a apporté l’école ? Moins du réseau – il confesse participer peu aux réunions d’alumni, même si la solidarité entre anciens est selon lui très forte – ou de la théorie qu’un enseignement pratique, une « compréhension des situations business », et il y tient, un renforcement de son EQ (Emotional Quotient).

« L’objectif de l’école est la formation de leaders : développer leur capacité à mener une équipe, à être multiculturel, à prendre des décisions et à motiver ses troupes. Les grandes écoles donnent à des gens de 20-22 ans des compétences théoriques et du réseau. L’Insead s’adresse à des gens de 28-29 ans, qui veulent s’envoler et créer. » À juste titre, l’école fait sa promotion sur de telles ascensions.

Un « MBA dans une pochette-surprise » ?

Pourtant, certains anciens qui témoignent anonymement en ligne nuancent, voire s’agacent, assurant avoir eu du mal à trouver un poste à un niveau acceptable à la sortie. Faut-il pour autant y voir un « MBA dans une pochette-surprise » (comme on le lit sur certains forums), qu’on paie pour l’exhiber sur son CV ?

Ces témoignages amers, très rares, traduisent en fait une erreur dans le choix de l’école, ou même dans l’opportunité de faire un MBA. Pour éviter les déconvenues, il faut donc évaluer précisément, en fonction du poste visé, le potentiel retour sur investissement (l’école coûte tout de même entre 60 et 95 000 euros) et donc la plus-value en termes de salaire.

Ne vaut-il pas mieux rester dans son cabinet pour y progresser en interne ? Et l’école peut-elle donner une chance à un outsider qui veut rejoindre les MBB ? « L’Insead, comme d’autres MBA, est un outil très pertinent pour la banque et le conseil en stratégie », reconnaît d’abord Mariana Zanetti, auteur de Le MBA est-il un investissement rentable ? (Éditions Maxima, 2014).

Cette ancienne du MBA de l’IE Business School de Madrid a précisément décortiqué les statistiques des écoles et réuni des témoignages pour évaluer la rentabilité des formations. « Mon livre déconseille de faire un MBA, mais je dois reconnaître son utilité justement pour ceux qui veulent travailler dans le conseil en stratégie. Dans ce cas, il y a quand même une pertinence et une exigence des MBA. »

Le problème vient pour elle d’un malentendu, et même d’un « mensonge des écoles de commerce » : « Tout d’abord, un MBA ne permet pas de changement de carrière. En fait, ceux qui intègrent un cabinet en venant d’un autre secteur ont déjà une expérience dans le conseil, par exemple un stage de fin d’études. » Les cabinets ont beau recruter à tour de bras sur le campus, ils ne prennent pas n’importe qui.

Ensuite, l’idée que le MBA offrirait un « doublement de salaire » est à relativiser : « D’une part, vous doublerez peut-être votre salaire, mais vous travaillerez assurément deux fois plus », avertit Mariana Zanetti. « D’autre part, vous prenez un risque énorme, en investissant plus de 60 000 euros pour l’Insead, jusqu’à 150 000 dollars pour d’autres écoles, en Suisse et aux États-Unis. Il faut faire un calcul précis de ce que peut rapporter l’investissement. Or, ce n’est pas l’école qui va vous faire décrocher un poste de management, c’est votre parcours, votre schéma de carrière. Le management est un art, qui s’apprend en pratiquant. Même dans le conseil, aucun diplôme ne va vous convertir en leader. »

Jérémy André pour Consultor.fr

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