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jalix jf miami 1269 founders-page 600x338Jay Alix, le fondateur d’AlixPartners, a porté plainte contre McKinsey le 9 mai 2018 devant une cour de justice de New York pour des pratiques commerciales jugées anticoncurrentielles qui auraient évincé AlixPartners hors de son marché historique du conseil en retournement.

Déposée à titre individuel par Jay Alix, « la plainte a fait l’objet d’un accord avec AlixPartners », a indiqué à Consultor, Sean F. O’Shea, son avocat new-yorkais.

McKinsey devra répondre à la plainte déposée par le fondateur d’AlixPartners avant le 30 juillet. Passé ce délai, et à condition que les avocats de McKinsey (Selendy & Gay et Proskauer Rose) ne fassent pas rejeter la plainte, une période d’échange de documents et de témoignages suivra entre les deux cabinets.

Depuis quelques années, McKinsey développe fortement ses interventions de retournement auprès des entreprises en difficulté. Que ce soit à l’international auprès des autorités aéroportuaires indiennes ou en France. En 2015, dans l’Hexagone, McKinsey était allé jusqu’à assumer une forme de management de transition au sein du groupe Vivarte au moment d’un plan de restructuration prévoyant la suppression de 1 500 emplois.

Aux États-Unis comme à l’international, McKinsey décelait dans les entreprises en difficulté un potentiel de marché considérable, crises et innovations laissant nombre de sociétés dans un besoin urgent d’évolution de leur modèle. Et McKinsey n’était pas le seul cabinet de conseil en stratégie à opérer cette diversification, à l’instar de Roland Berger ou plus récemment du Boston Consulting Group.

Avec, pour ce dernier, la même stratégie de staffing que McKinsey : faire tourner à fond la machine à débaucher chez AlixPartners, cabinet historique du retournement, comme McKinsey l’avait fait au moment de lancer RTS. Est-ce cette nouvelle saignée qui a décidé Jay Alix a déposé plainte mi-mai contre McKinsey ?

Jay Alix envoie un message à la concurrence

Pour un ancien d’AlixPartners, la réponse est évidente : oui. Surtout que les trois débauchages français d’anciens d’Alix pour le BCGT Turn sont la face immergée d’un mouvement plus large globalement. Toutes régions confondues, une rapide recherche sur LinkedIn confirme le passage de plusieurs anciens consultants d'AlixPartners au BCG ces derniers mois.

« Le marché du Chapter 11 aux États-Unis ou du redressement judiciaire en France a une taille limitée comparée au restructuring globalement. Le message que veut envoyer Jay Alix est double : faire sortir McKinsey de ce segment du restructuring et dissuader ceux qui voudraient s’y positionner », commente notre source.

Et, clairement, le ton adopté par Jay Alix dans sa plainte déposée le 9 mai à New York est pour le moins incisif. On y lit que McKinsey a illégalement planifié de nuire à AlixPartners sur son marché du conseil en management de crise et dans les Chapter 11 (disposition du code de la faillite aux États-Unis qui permet aux entreprises en cessation de paiement de se placer sous la protection de la loi auprès d’une cour de justice, NDLR).

Que « par un schéma de racket, McKinsey a illégalement bénéficié de 101 millions de dollars sous forme d’honoraires de conseil en faillite », toujours selon le texte de la plainte.

Ce que dit la plainte

Concrètement, la plainte évoque trois dossiers qui prouveraient que Mckinsey dans le développement de RTS n’a pas respecté les strictes règles déclaratives prévues par la justice américaine.

« Aux États-Unis, les provisions sont maximales pour éviter les conflits d’intérêts. Si jamais un client d’AlixPartners a des liens avec American Express et que AlixPartners a des cartes American Express qui n’ont strictement rien à voir avec le dossier, elles doivent faire l’objet d’une déclaration. Dans un cas lambda de Chapter 11, des dizaines de pages décrivant tout conflit d’intérêts potentiel sont remises aux autorités administratives », dit encore notre source.

Or McKinsey, comme l’évoquait un article du Wall Street Journal du 27 avril 2018, mentionné dans la plainte de Jay Alix du 9 mai 2018, a déclaré aux autorités judiciaires américaines une moyenne de cinq conflits d’intérêts potentiels dans treize dossiers de Chapter 11 sur lesquels il a été mandaté et que le quotidien américain a passés en revue.

Quand les autres professionnels mandatés sur ces mêmes cas (avocats, comptables, conseillers spécialisés) ont, eux, signalé 171 connexions en moyenne pour chacun de ces dossiers. Déjà en 2016, pour deux de ces mandats (pour le producteur de charbon Alpha Natural Ressources et l’énergéticien Edison), tous deux rappelés dans la plainte de Jay Alix, la justice américaine avait signalé le caractère lacunaire des déclarations faites par McKinsey. Le différend avait été aplani à huis clos dans le bureau d’un juge.

Dans une réaction adressée au Wall Street Journal, McKinsey a fait savoir qu’il considère ses déclarations régulières et dûment approuvées par la justice. A fortiori McKinsey rejette la plainte de Jay Alix comme « la énième tentative de sortir McKinsey du conseil aux entreprises sous Chapter 11 ». Le cabinet récuse aussi la description faite par Jay Alix des discussions intervenues entre lui et Dominic Barton, le managing partner sortant de McKinsey, au sujet du marché du retournement et de la prospection commerciale de McKinsey jugée anticoncurrentielle par Jay Alix.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

30 05 2018 Encadré article JAy Alix McKinsey Bis

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