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Jacques-Galvani-par-Benjamin-Polle-le-4-4-2018L’énarque à la solide carrière dans le privé – et un tropisme dans le conseil prononcé – vient d’être élu pour deux ans à la tête du club aux 300 membres, dans les pas de Fleur Pellerin, Rama Yade, Rachida Dati, Jeannette Bougrab… Élu(e)s et chef(fe)s d’entreprise y sont tous coopté(e)s à l’aune de leur succès et parce qu’ils et elles sont « issu(e)s de la diversité » comme on dit en France. Un cache-sexe, paré des valeurs républicaines, que le nouveau président veut faire voler en éclats en donnant au Club XXIe siècle les moyens de mesurer les discriminations, pour mieux les corriger. « Le secteur du conseil ne me parait pas moins "minorités friendly" que les autres. Beaucoup de cabinets sont des firmes internationales qui accordent de la place et de l'importance à la diversité », dit-il. Portrait.

Égrainer le nom d’un haut fonctionnaire ou d’un grand patron du privé de sa connaissance à chaque minute qui passe et répondre à toute question par un plan en trois points. Peut-être est-ce à cela que l’on reconnaît une personne passée par l’École nationale d’administration (ENA) ? Jacques Galvani n’échappe pas à la règle.

À commencer par ceux connus sur les bancs l’ENA, où il est reçu à sa deuxième tentative en 1994 dans la promo Marc Bloch : Olivier Ferrand, le fondateur de Terra Nova, décédé prématurément en 2012 à l’âge de 42 ans ; mais aussi Philippe Heim, le directeur financier de la Société Générale, Julien Carmona, ancien conseiller économique de Jacques Chirac et aujourd’hui directeur général délégué de Nexity, ou encore un certain Édouard Philippe…

À la petite différence près qu’à sa sortie des Mines puis de l’École nationale d’administration, il fait un choix relativement atypique : le conseil en stratégie d’entreprise. S’il n’est alors pas rare que des énarques « pantouflent » dans des banques ou des grandes entreprises privées, le conseil est peu ou pas identifié par l’ENA.

McKinsey après l'ENA : « Même Laurent Fabius y est passé en stage ! »

Alors passer au service d’une société de conseil américaine n’a pas forcément été du goût de son directeur de l’époque, François Debré, d’autant moins que dans les sillages des cinquante ans de l’école, son élitisme, sa bourgeoisie et son inutilité sont régulièrement vilipendés.

« À l’époque, McKinsey est une société assez mystérieuse. Ils recrutaient des profils excellents, mais on ne savait rien sur leur fonctionnement : ils ne communiquaient pas. Pourtant, ils seront plusieurs à faire le saut à la même époque : Pierre-Yves Bonnet [aujourd’hui chairman de la Société Générale en Chine], Jean-Baptiste Fauroux [aujourd’hui directeur des services de la région Nouvelle-Aquitaine]… Même Laurent Fabius y est passé en stage ! », s’amuse Jacques Galvani.

C’est Yann Duchesne, le patron du bureau de Paris qui vient le chercher. Il a quarante-huit heures pour trancher entre le Quai d’Orsay, Bercy et McKinsey Paris. En cinq ans de maison, il passera de senior consultant à engagement manager, sur des dossiers aussi divers que la restructuration d’un groupe industriel ou une absorption dans le giron d’Euroclear, la société de règlements-livraisons d’opérations en actions et en obligations.

« Ensuite, il aurait fallu que je me décide pour le tunnel jusqu’au rang de partner. » Mais le jeune trentenaire a de l’appétit et ne se satisfait pas des équipes restreintes de consultants qu’il peut manager chez McKinsey. C’est le début de la vie côté entreprises : Hachette – via un ambassadeur ami que lui présente Gérald de Roquemaurel, l’un des descendants de Louis Hachette –, puis la foncière de Casino – après qu’il a été chassé par Alain Deniau, le missi dominici parisien du chasseur de têtes Heidrick & Struggles – et les relations institutionnelles chez Altarea Cogedim, une autre foncière.

Puis à nouveau le conseil au sein de l’agence de relations publiques APCO et, plus récemment, Alvian, une boutique dont il est le seul associé qui entend fournir aux dirigeants une solution unique cumulant stratégie, RSE, RH…

Macron ? « Un haut fonctionnaire maîtrisant ses dossiers, accessible et carré »

À 48 ans, il vient d’être élu à la présidence du Club XXIe siècle. Le groupe, créé à l’initiative d’Hakim El Karoui, normalien d’origine tunisienne qui fut conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon (2002-2005), se définit comme le laboratoire du renouvellement des élites. Son nom se veut un pied de nez et un contre-pied au Siècle, la fameuse association où se donnent rendez-vous les gothas de tout poil.

Pourquoi lui ? Administrateur de Terra Nova et longtemps secrétaire général du think tank libéral Les Gracques, poste qu’il vient de quitter, il ne fait aucun secret de ses vues politiques et économiques : « social-libéral ». Il est donc parfaitement à l’aise avec la période actuelle.

Ce qu’il pense d’Emmanuel Macron ? Il ne tarit pas d’éloges à son sujet d’autant moins qu’il l’a côtoyé quand le futur Président était conseiller de François Hollande à l’Élysée et lui directeur délégué à la présidence de la société foncière Altarea Cogedim. « Un haut fonctionnaire maitrisant ses dossiers, accessible et carré », glisse-t-il.

« Je ne me définis pas comme noir. Comme ingénieur, entrepreneur et père de famille plutôt »

Pourquoi maintenant ? La période est propice, croit-il, pour faire avancer l’égalité des chances – l’étiquette affublée à toutes les mesures de discrimination positive déployées depuis trente ans et censées limiter le creusement des inégalités. Un sujet dont il ne s’est senti que tardivement investi, quand bien même il était régulièrement le seul Noir des nombreuses directions d’entreprise qu’il a fréquentées. Ou alors parce qu’il ne se souvient pas d’avoir été pénalisé par sa couleur de peau. « Je ne me définis pas comme noir. Comme ingénieur, entrepreneur et père de famille plutôt ».

Mêmes réticences chez McKinsey, quand il sera sollicité par le groupe des black consultants. Il cite pourtant l’évolution de cette entreprise en exemple : « C’était une entreprise WASP [White anglo-saxon protestant, NDLR] qui, très volontairement, a décrété que si elle voulait continuer à recruter les meilleurs, elle devait le faire véritablement partout. Viviane Hunt (managing partner pour le Royaume-Uni et l’Irlande, NDLR), Rajat Gupta (ancien managing partner ensuite éclaboussé par une affaire de délit d’initié, NDLR), Homayoun Hatami (nouveau managing partner de McKinsey à Paris, NDLR)… sont autant d’illustrations de cette volonté », diagnostique-t-il.

De là à dire que le secteur du conseil est un parangon de diversité, faut pas pousser. « A l’époque un consultant sorti de l’ESCP pouvait être affectueusement surnommé “l’autodidacte”. » La diversité peut sans doute aller chercher plus loin.

Le conseil, bon tremplin ?

Jacques Galvani recommande néanmoins le secteur : « Pour des jeunes diplômés de toutes origines, le conseil est un bon moyen de commencer sa carrière car les systèmes d'évaluation y sont en général très normés et permettent de progresser avec un minimum de biais liés à l'origine ».

« C’est plutôt en haut que cela bloque par peur ou par manque de confiance. Regardez Tidjane Thiam [Franco-Ivoirien né en Côte d’Ivoire en 1962, major de Polytechnique en France, ancien associé de McKinsey à Paris, NDLR]. Il pourrait être patron d’un grand groupe il est à la tête du Crédit Suisse. C’est du gâchis ! »

Réticences à nouveau au moment de rejoindre le Club XXIe siècle : « Je voyais dans ce cercle quelque chose de communautariste et élitiste, ce qu’il n’est absolument pas. » Le fils d’une mère institutrice et d’un père auxiliaire médical de Guadeloupe finit par voir dans le club un réel tremplin.

« Le modèle de promotion sociale à la française a des ratés, mais il fonctionne. » Une affirmation qui peut surprendre, d’autant plus lorsqu’elle n’est pas chiffrée. Ce sera un des premiers chantiers du nouveau président : chiffrer la discrimination, chose qui ne se fait pas en France, universalisme républicain oblige.

On naît et demeure libres et égaux en droits, point à la ligne. Pour aller contre ce statu quo, le Club XXIe siècle instaurera une mesure, qui se voudra pérenne, d’ouverture à la diversité d’abord des grandes entreprises, et peut-être aussi des administrations, des médias et des syndicats. Selon un périmètre qui reste à préciser.

Travailler sur les biais de recrutement

« Nous devons collectivement nous doter d’indicateurs puis nous en remettre aux décisions des individus. Si la situation n’évolue toujours pas, alors il faut envisager des politiques publiques, comme pour la parité », dit-il. Autres initiatives que Jacques Galvani a dans le viseur : la constitution de viviers de personnes en recherche d’emploi qui ne trouvent pas à s’insérer du fait d’un patronyme à consonance et la formation des recruteurs pour éviter les biais de jugement a priori.

Et aussi, un conseil aux cabinets de conseil : « Oser recruter des talents de tous les profils, c'est la condition pour s'adapter aux évolutions de leurs clients et des clients de leurs clients. » Bilan des courses dans deux ans, à la fin de son mandat.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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