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chantierLe gouvernement envisage, dans le cadre de la réforme du Code du travail, l’extension des contrats de chantier – ou contrats de projet – à de nouveaux secteurs d’activité. Une perspective qui intéresse la filière du conseil en général et, dans une certaine mesure, celle du conseil en management et stratégie.

Le chantier est lancé. Présenté en Conseil des ministres le 28 juin dernier, le projet de loi d’habilitation autorisant le gouvernement à réformer le Code du travail par voie d’ordonnances entend « modifier les règles de recours à certaines formes particulières de travail » et, notamment, favoriser et sécuriser « par accord de branche, le recours aux contrats à durée indéterminée conclus pour la durée d’un chantier ou d’une opération ».

Ce type de contrat hybride, à mi-chemin entre le CDI et l’intérim, est un CDD qui a vocation à s’arrêter au terme de la mission pour laquelle le salarié est engagé. Un dispositif qui permet à l’employeur de ne pas recourir au CDD classique, plus rigide et qui donne lieu au paiement d’une indemnité de précarité (10 %). Aujourd’hui, le « contrat de chantier » est notamment utilisé dans le secteur du BTP, où les PME comme les grands groupes l’utilisent fréquemment.

Une négociation de branche

Pour étudier l’éventuelle extension de ce type de contrat à d’autres secteurs, le gouvernement a prévu de lancer des négociations par branche professionnelle. Pour les métiers du conseil, c’est la fédération Syntec (qui regroupe les activités du numérique, de l’ingénierie, des études et du conseil, de la formation professionnelle et de l’événementiel) qui sera à la table des négociations.

« Aujourd’hui, au sein de la famille Syntec, seule la branche Syntec-Ingénierie utilise les contrats de chantier, explique Matthieu Courtecuisse, CEO de Sia Partners, et vice-président de Consult’in France qui est adhérent du Syntec. Mais d'autres branches au sein de Syntec pourraient être intéressées par la possibilité d'y recourir. C’est donc un chantier important pour le Syntec, lequel s'est exprimé en faveur de l’extension de ce type de contrat à la filière du conseil. Il est tout à fait déterminé à aller dans ce sens."

Intégrer des profils à la marge du core business

Quid de la filière du conseil en management et stratégie ? « Elle est minoritaire au sein de la branche, et ce n’est pas un sujet majeur pour notre core business, répond Matthieu Courtecuisse. Aussi Consult’in France ne sera-t-il pas en lead sur ce dossier, mais nous l’accompagnerons, car cette perspective peut offrir quelques opportunités à nos métiers. Ainsi, je pense que cela peut être, pour nos cabinets, un vecteur d’intégration de talents qui sont hors du pipe de nos activités générales, des profils à la marge, mais que nous n’osons pas embaucher en CDI parce qu’il s’agit de répondre à des demandes ponctuelles pour certains projets. Nous avons souvent besoin, par exemple, d’UX designers et d’ergonomes, d’experts industriels, de psychologues… Aujourd’hui, pour ce type de profils, nous proposons des CDD ou recourrons à des prestataires spécialisés. Je pense qu’il serait intéressant de pouvoir leur proposer des contrats de projet pour mieux les intégrer et les tester, évaluer si la demande existe au-delà d’un projet ou deux, et étudier l’intérêt d’une collaboration qui peut devenir à terme un emploi plus permanent. »

Quel impact pour les consultants ?

Reste que si la possibilité de recourir aux contrats de projet est étendue aux cabinets de conseil, elle permettra de facto d’embaucher des consultants via ce nouveau CDI atypique. Et donc de les transformer, en quelque sorte, en intérimaires du conseil en management et stratégie. « Je ne pense pas que cela aurait un impact sur le volet mainstream de nos activités, car nous évoluons sur un marché où les talents sont rares et très recherchés, les consultants ont différentes opportunités d’embauche et, au final, la précarité n’est pas un problème dans notre métier », pointe Matthieu Courtecuisse.

Qui plus est, la possibilité de travailler « au projet », par intermittence, est déjà une réalité. « Certains consultants travaillent à leur compte et quelques plateformes proposent également ce type de prestations, poursuit-il. Cela concerne des profils assez expérimentés, avec au moins une dizaine d’années d’expérience dans le conseil, et qui vendent une journée d’intervention relativement cher. Dans la mesure où cela fonctionne déjà assez bien avec les modes de contractualisation existants, je ne pense pas que le contrat de projet aurait des répercussions. Il est possible que certains cabinets soient tentés d’utiliser ce contrat pour tester des consultants “atypiques” pour savoir si ces personnes, qui n’ont pas un profil classique, pourraient être des consultants, mais je n’y crois pas trop. Je crois que cela concerne surtout des profils de collaborateurs nouveaux pour nos cabinets, parce que nous avons nous aussi besoin de nous réinventer. »

Reste néanmoins l’éventualité que certains clients se saisissent de l’opportunité pour embaucher des consultants en contrat de projet en direct, sans passer par la case cabinet de conseil. « Il existe déjà des modes de contractualisation qui permettent de le faire et les entreprises ne le font pas… observe-t-il. Les cabinets d’une certaine taille interviennent toujours en équipe, et ces prestations un peu orphelines sont très limitées sur notre marché, car elles ne présentent pas de réel intérêt pour les clients. Là encore, de mon point de vue, cela ne présente pas non plus de risque particulier. »

Un calendrier très serré

Engagement de campagne d’Emmanuel Macron, premier gros chantier pour le Premier ministre Édouard Philippe, la réforme du Code du travail est engagée par voie d’ordonnances, une procédure qui va imposer un calendrier très serré à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et aux syndicats patronaux et de salariés.

Côté employeurs, le Medef milite depuis plus d’une dizaine d’années pour la généralisation des contrats de projet en droit du travail. Côté salariés, les syndicats sont opposés à l’instauration de ce type de contrat de travail pour l’ensemble des employés d’un secteur d’activité, car ils y voient la remise en question voire la fin du CDI, et la voie ouverte à l’extension des contrats courts et de la précarité.

La procédure ne prévoit pas de débat au Parlement, mais le projet de loi d’habilitation du gouvernement doit néanmoins être adopté par les parlementaires : aussi une session extraordinaire est-elle prévue entre le 24 et le 28 juillet prochain. Le gouvernement disposera alors d’un mois (jusqu’au 28 août) pour adresser les ordonnances au Conseil d’État pour validation. Enfin, la ministre du Travail a déclaré que l’adoption des ordonnances en Conseil des ministres était programmée pour le 20 septembre prochain et que les mesures adoptées seraient d’application immédiate.

Miren Lartigue pour Consultor.fr

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