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marche du conseil 2015Avec 6,3 % de croissance en 2015, l’activité du conseil en stratégie et en management a connu une belle embellie, dont la profession souligne le « coût » inédit.

Le 1er juin, l’association professionnelle du conseil en stratégie et en management, Consult’in France (1), a présenté son étude annuelle sur le marché du conseil – les cabinets ayant obtenu des résultats dignes d’une mention pour l’année 2015, voire, pour certains, d’un Très Bien.

Réalisée via un questionnaire adressé à l’ensemble des acteurs français du conseil, allié à des entretiens personnalisés menés auprès de quinze dirigeants de cabinets de tailles variées, cette enquête présente des données quantitatives et qualitatives issues de 95 cabinets (52 % d’adhérents, 48 % de non-adhérents) – dont tous les « grands noms ». Outre le baromètre qu’elle représente, l’étude se veut également outil de réflexion.

Pour en savoir plus, Consultor a contacté Michel Noiry (associé-fondateur d’ORIGA Consulting & Advisory), qui compile et interprète ce type d’informations depuis une vingtaine d’années (2).

Rémy Ossmann, partner au bureau parisien de L.E.K. Consulting (spécialisé en distribution et grande consommation, stratégies de croissance et transactions), et Hervé Baculard – avec sa casquette d’associé-fondateur de Kea & Partners principalement (3) –, ont par ailleurs accepté de nous livrer leurs commentaires.

Retour vers un passé tout récent, riche en contrastes et en transformations.

Avec un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’euros pour l’année 2015 – contre 5,2 milliards en 2014 – et 32 000 personnes employées par les métiers du conseil, le marché affiche une bonne santé qui contraste avec la pâleur du PIB français, + 0,7 % en 2015. Alors, comment expliquer ce très bon cru – le meilleur depuis la crise de 2008 ?

Une année 2015 qui confirme la déconnexion entre l’activité des cabinets et le cycle économique national

Pour Michel Noiry, la transformation digitale « constitue une rupture qui génère des mutations profondes chez les clients du conseil » : ceux-ci recourent à des prestations que les fluctuations de l’économie influencent peu. Avec 39 % d’activités à l’international pour l’ensemble des cabinets – qui suivent ainsi l’évolution des grandes entreprises auprès desquelles ils interviennent majoritairement –, le cordon ombilical est presque coupé.

Chez L.E.K. Consulting, 40 % des projets impliquent plusieurs bureaux, en Europe ou à travers le monde. Kea & Partners s’intéresse quant à lui aux secteurs « assez fortement exposés à l’international, et plutôt de centres de décision français », indique Hervé Baculard.

Mais d’où vient la confiance – semble-t-il retrouvée – des donneurs d’ordres ?

Rémy Ossmann enregistre une « volonté de réinvestir dans des projets de croissance (recherche de cibles d’acquisitions ou de transactions) et de développement stratégique ». Les années de repositionnement ou de « retour aux fondamentaux » appartiennent peut-être au passé.

Hervé Baculard insiste pour sa part sur le type de croissance généré : « Pour 4 € de CA, il faut 1 € d’investissement ». Les compétences, les nouveaux métiers, le développement à l’international – dans tous ces domaines, « notre métier de prestations de services devient aussi un métier d’investissement ». L’heure est à la transformation des business models.

« Ouvrir le marché du conseil du côté des ETI » : le challenge du conseil hexagonal

Depuis 2006, le marché du conseil en Allemagne a connu une croissance quasi constante, le volume global du secteur y étant aujourd’hui deux fois supérieur à celui de la France. En raison de la « meilleure santé » de l’économie allemande ? Ce serait oublier que celle-ci « repose en partie sur le bon usage que l’économie fait du conseil ! » Michel Noiry voit plutôt l’explication du côté du « maillage régional très fin du territoire allemand en termes de cabinets, et du recours régulier du Mittelstand (l’équivalent des ETI, ndlr), au conseil ».

En France à l’inverse, les entreprises moyennes (qui sont en outre moins nombreuses) font peu appel aux consultants : « Seule 15 % de l’activité des cabinets se fait avec des entreprises de moins de 5 000 salariés », regrette Michel Noiry – un pourcentage encore plus faible chez les « grands » du conseil. Et pourtant, en investissant le marché des ETI, les cabinets renforceraient la stabilité du secteur.

Le conseil en stratégie, segment dominant dans un paysage très éclaté

De + 11,2 % pour les branches conseil des cabinets d’audit ou + 7,4 % pour les branches conseil des SSII, à – 2,8 % pour les « spécialistes », en passant par + 4,9 % pour la stratégie, les taux de croissance des métiers du conseil sont disparates.

Le conseil en stratégie représente la Ligne de services dominante du marché (28 %), devant l’Organisation & la Conduite du changement (18 %), les Performances opérationnelles (16 %) et le Conseil SI (15 %). Dans cette période de rupture où les entreprises « doivent reconfigurer leurs offres, les réflexions stratégiques en amont de projets de réorganisation » sont au cœur de leurs préoccupations, souligne Michel Noiry.

Quant aux résultats des branches conseil des cabinets d’auditeurs et celles des SSII, nettement au-dessus de la moyenne, ils sont portés par des facteurs externes : « La technologie et tout ce qui se passe autour du digital pour les SSII, des opérations de croissance externe pour les auditeurs ». Les Big Four ont en effet décidé de réinvestir le champ du conseil en achetant régulièrement de nouvelles entités.

À l’inverse, parmi les « spécialistes » (en restructuration d’entreprises, en réduction des coûts – tous ceux qui ne rentrent pas dans les autres catégories) et malgré leur – 2,8 % de moyenne, certains vont plutôt bien. En revanche, la réduction de coûts a cessé d’être porteuse.

Que l’on observe les taux de croissance, les TJM ou les modes d’intervention des cabinets, les disparités sont flagrantes, la profession étant faite « d’originalité et d’individualités, ce qui lui confère toute sa richesse », Michel Noiry insiste sur ce point.

L’industrie, en pleine forme pour la demande de conseil en stratégie, et l’automobile qui « renaît »

Avec 30 % de l’activité, les services financiers sont de nouveau seuls en tête des secteurs clients, comme c’était le cas traditionnellement. En l’occurrence, la banque, mais aussi l’assurance sont portées par des problématiques réglementaires. « Elles sont très concernées par des évolutions au niveau du big data et du numérique », ajoute Michel Noiry.

En deuxième position à 26 %, l’industrie est en croissance (perte d’un point dans un marché qui en gagne 6). Il existe une large surpondération du secteur – industries légères, manufacturières et de grande consommation – pour le conseil en stratégie. En son sein, l’automobile et les sciences de la vie sont en très nette progression relative (+ 14 et + 13 %). « Avec des acteurs mondiaux subissant une concurrence internationale, l’automobile n’a d’autre choix que de s’adapter ou de mourir ».

Quant au secteur de la santé, il est de plus en plus porteur – pour L.E.K. Consulting notamment –, à tel point qu’il a été segmenté en quatre par le bureau parisien (laboratoires pharmaceutiques, biotechnologies, services, instrumentation médicale).

Très actif depuis près de dix ans, le secteur de l’énergie et de l’environnement (11 %) résiste bien en dépit de la baisse des cours, tandis que le service public ne représente plus que 9 % de l’activité du conseil – son poids dans le conseil en stratégie étant en outre nettement plus faible que dans la moyenne générale. « En dépit des besoins de refonte de l’État/des collectivités et de quelques missions faisant référence, il n’y a pas de pressions fortes pour que les administrations se réforment rapidement », commente Michel Noiry.

Enfin, l’AMOA semble vouée à une disparition prochaine (au sein du monde du conseil) – à l’instar du Minitel, autre exception française ! Elle est passée de 25 % à 14 % en cinq ans.

Un marché porteur dans un monde paradoxal

À l’horizon 2016, le Brexit anglais « dont personne ne sait exactement comment il va tourner (4) crée une certaine nervosité », note Rémy Ossmann. Néanmoins, sa seule véritable « réserve » concerne L.E.K. et ses… 18 % de croissance en 2015 ! « Si nous terminons l’année entre + 5 et + 10 % par rapport à l’an dernier, nous serons très satisfaits, car nous aurons continué à croître plus vite et donc, à prendre des parts de marché ».

Quant à Hervé Baculard, il estime qu’avec « cette bonne perspective tirée par le digital et au niveau de croissance de Kea & Partners, le recrutement va déterminer la fin de l’année » ; le cabinet ne communique pas sur ses résultats.

De façon générale, la prévision de croissance 2016 est de l’ordre de 8 à 9 %, induisant une véritable « chasse aux talents » de la part des cabinets, tous niveaux d’expérience confondus (perspectives de recrutement > 25 %, dont la moitié de jeunes diplômés).

Durant la décennie 2005-2015, l’activité du conseil a connu « trois périodes de reprise d’une durée d’environ trois ans chacune, entrecoupées d’épisodes de récession assez brutaux », rappelle Michel Noiry – 2015 constituant « la deuxième année d’une reprise plus forte que les deux précédentes ». On est loin des fameux « cycles de dix ans » : huit ans de croissance relativement forte et linéaire, deux ans de dépression et une nouvelle dynamique de huit ans.

Si aucune des explications avancées par la profession n’est totalement satisfaisante selon Rémy Ossmann « l’évolution technologique et la transformation digitale, qui introduisent davantage d’à-coups dans le métier, provoquant des ruptures ; l’internationalisation, par exemple dans le cas de la crise financière… », la multiplication d’effets exogènes engendre indéniablement des incertitudes accrues qui suscitent elles-mêmes un regain de prudence.

Or selon Hervé Baculard, « les cabinets qui vont gagner dans les cinq ans à venir sont ceux qui auront l’agilité d’investir tout en prenant en compte les retournements économiques qui peuvent se produire ».

~ L’humanité vit l’une des grandes mutations du monde… « depuis l’invention de l’imprimerie, dirait Michel Serres ! » : le contexte s’avère donc très favorable pour le marché du conseil.

En guise de conclusion, cette boutade de Michel Noiry illustre bien le sourire actuel des consultants, qui l’associent toutefois à deux sages précautions : « raison garder » et « faire preuve d’humilité ».

Lydie Turkfeld pour Consultor.fr

(1) – Consult’in France compte 85 sociétés adhérentes, qui représentent près de 70 % du marché du conseil en France.

(2) – Michel Noiry exprime ses remerciements aux dirigeants des cabinets pour le temps qu’ils consacrent à l’étude sur le marché du conseil.

(3) – Hervé Baculard préside Consult’in France.

(4) – Les Britanniques se prononcent le 23 juin par référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la campagne électorale ayant été interrompue durant les trois jours de deuil national décrétés suite à l’assassinat, le 16 juin, de la députée travailliste pro-européenne Jo Cox dans la petite ville de Birstall, près de Leeds. D’après le premier sondage effectué après le drame, les 17 et 18 juin, 42 % des Britanniques se prononcent pour la sortie du Royaume-Uni contre 45 % en faveur du maintien dans l’UE ; la tendance semble donc s’être inversée, mais les sondeurs restent prudents.

 

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